Cần Giờ, vitrine du Vietnam bas carbone

Poumon vert de Hô Chi Minh-Ville, la commune de Cần Giờ illustre une autre manière de penser le développement côtier. Entre mangrove, énergies renouvelables et économie verte, la localité expérimente déjà des solutions concrètes pour concilier croissance, résilience climatique et neutralité carbone.

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À l’extrémité maritime de Hô Chi Minh-Ville, Cần Giờ apparaît depuis longtemps comme un territoire singulier. Bordé par un vaste réseau de rivières, d’estuaires et de zones humides, ce district côtier se trouve également parmi les espaces les plus exposés aux effets du changement climatique dans le Sud du Vietnam.

Les épisodes de salinisation, l’érosion des berges et la montée des eaux y rappellent régulièrement la fragilité des écosystèmes littoraux. Face à ces défis, la transition vers le Net Zéro ne se limite pas à une question énergétique : elle repose d’abord sur la préservation du capital naturel qui constitue la principale force du territoire.


Au cœur de cette stratégie se trouve la forêt de mangrove de Cần Giờ, reconnue comme l’un des écosystèmes les plus précieux du pays. Véritable rempart naturel contre les aléas climatiques, elle protège les populations côtières des intrusions salines, limite les phénomènes d’érosion et contribue à maintenir l’équilibre environnemental de toute la région.

Selon le Dr. Huỳnh Đức Hoàn, directeur du Comité de gestion des forêts de protection de Hô Chi Minh-Ville, la mangrove de Cần Giờ constitue un ''bouclier écologique'' réduisant les impacts du changement climatique et préservant le cadre de vie des habitants du littoral.


Au-delà de ce rôle protecteur, elle possède également une remarquable capacité de captation du carbone. Une part importante de ce carbone reste stockée durablement dans les sols inondés et les sédiments naturels, faisant de la mangrove un puits de carbone particulièrement efficace. Cette ressource représente un atout stratégique pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre ainsi que pour le développement futur du marché des crédits carbone.

Cân Gio s’oriente vers un développement économique durable et respectueux de l’environnement.
Photo : VNA/CVN

Le spécialiste souligne néanmoins qu’aucune transition écologique ne peut être durable si elle se fait au détriment de l’environnement. ''Le développement des énergies renouvelables ou de l’économie verte est une tendance inévitable, mais ce processus doit toujours respecter les limites de conservation des écosystèmes naturels et préserver l’harmonie avec les intérêts des communautés locales. Si l’on sacrifie l’environnement au profit de la croissance, le développement durable perd tout son sens'', affirme-t-il.

Maintenir l’intégrité de la mangrove

Cette approche résume la philosophie qui guide aujourd’hui les choix de développement de Cần Giờ : créer de nouvelles activités économiques tout en maintenant l’intégrité de la mangrove qui constitue la première ligne de défense contre les risques climatiques.


Pour les experts, le principal défi du Net Zéro dans les villes côtières ne réside pas tant dans les technologies disponibles que dans la capacité à concilier développement économique, protection environnementale et moyens de subsistance des populations locales. Cần Giờ cherche précisément à répondre à cette équation complexe par la mise en place de modèles économiques fondés sur l’exploitation durable des ressources naturelles.

Parmi les initiatives déjà visibles figurent l’installation de panneaux photovoltaïques au-dessus des bassins d’élevage de crevettes, l’exploitation raisonnée du nectar de palmier nipa ou encore le développement de services écotouristiques. Ces activités ont pour point commun de générer des revenus tout en limitant leur impact sur la forêt de mangrove.


Le modèle développé autour du palmier nipa illustre particulièrement cette logique. Pour Phạm Minh Tiến, directeur général de Vietnipa, la valorisation économique de cette ressource permet de transformer la relation entre les habitants et leur environnement. ''Lorsque le palmier nipa acquiert une plus grande valeur économique, les habitants protègent spontanément l’écosystème au lieu de rechercher des bénéfices à court terme comme auparavant. Les habitants ne préservent réellement la forêt que lorsqu’ils peuvent en vivre. C’est aussi la voie la plus durable pour Cần Giờ'', explique-t-il.

Cette vision place les communautés locales au centre de la transition écologique. La préservation de la nature ne repose plus uniquement sur des mesures administratives ou des réglementations, mais également sur la capacité à créer des activités économiques compatibles avec les exigences environnementales.


Le tourisme constitue un autre pilier de cette économie bleue émergente. Grâce à ses paysages de mangrove, ses voies fluviales et ses espaces naturels préservés, Cần Giờ dispose d’atouts uniques dans la métropole du Sud. L’Île aux Singes, destination emblématique du district, est devenue l’un des produits touristiques les plus caractéristiques du territoire. À travers l’écotourisme, les autorités cherchent à promouvoir une forme de développement capable de valoriser le patrimoine naturel tout en sensibilisant les visiteurs à la protection des écosystèmes.

Au-delà des bénéfices environnementaux, ces expériences ouvrent également de nouvelles perspectives pour l’économie maritime de Hô Chi Minh-Ville.


Les ambitions de Cần Giờ s’inscrivent dans un cadre stratégique plus large. Conformément à la Résolution N°09 du Politburo sur le développement de Hô Chi Minh-Ville dans une nouvelle ère, la métropole est appelée à devenir une métropole mondiale, un centre de l’Asie du Sud-Est pour l’économie, la finance, la science et les technologies, tout en étant pionnière au Vietnam en matière de croissance verte, d’économie circulaire et de développement durable.

Dans cette perspective, Cần Giờ est désormais considéré comme le nouvel espace de développement maritime de la ville. Le territoire réunit simultanément plusieurs atouts : un patrimoine écologique exceptionnel, un potentiel pour les énergies renouvelables, des perspectives de développement de l’économie maritime et une capacité d’adaptation aux changements climatiques.

Cần Gio, porte d’entrée maritime de la mégapole du Sud. 
Photo : VNA/CVN

Pour le Professeur Lê Thanh Hải, directeur de l’Institut des ressources et de l’environnement de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville, l’intérêt majeur de Cần Giờ ne réside pas uniquement dans son potentiel éolien ou solaire. Ce qui retient surtout l’attention est la manière dont le territoire construit progressivement un modèle de développement fondé sur son écosystème naturel.

De nombreuses villes côtières vietnamiennes sont aujourd’hui confrontées à des pressions croissantes liées à la montée du niveau de la mer, à la pollution et à l’épuisement des ressources naturelles. Dans ce contexte, l’expérience menée à Cần Giờ pourrait servir de référence à d’autres localités littorales.

Modèle de ville côtière à faibles émissions de carbone

Le professeur estime ainsi que ''Cần Giờ peut être considéré comme un lieu d’expérimentation pour un modèle de ville côtière à faibles émissions de carbone, utilisant les énergies renouvelables tout en préservant les écosystèmes naturels. Si cette expérience réussit, elle deviendra un modèle important pour de nombreuses autres localités''.


La transition est d’ailleurs déjà perceptible dans de nombreux aspects de la vie quotidienne. Transports plus respectueux de l’environnement, modes de production plus propres, développement de l’écotourisme ou encore sensibilisation croissante à la protection de la nature : les objectifs climatiques commencent à se traduire par des transformations concrètes.

Pour Hồ Văn Bình, vice-président du Comité populaire de la commune de Cần Giờ, la réussite de cette évolution dépend avant tout de la mobilisation collective. Les autorités, les entreprises et les habitants doivent avancer ensemble. La transition verte n’est pas l’affaire exclusive des pouvoirs publics ou du secteur privé. Elle suppose une évolution des comportements et une adhésion de l’ensemble de la communauté afin que les objectifs de développement durable deviennent une réalité quotidienne.


À la tombée du jour, lorsque les palétuviers se reflètent dans les eaux des estuaires et que la mangrove se teinte des couleurs du soleil couchant, Cần Giờ offre l’image d’un territoire en pleine mutation. Longtemps perçu comme une périphérie éloignée du centre urbain, le district affirme aujourd’hui une identité nouvelle, associant protection de la nature, énergies propres et développement durable.

La plage de Cần Giờ, avec son espace éco-touristique vert, est une destination incontournable pour les touristes.
Photo : VNA/CVN

Plus qu’un simple district côtier, Cần Giờ apparaît désormais comme l’un des symboles vietnamiens de la transition écologique. Son expérience montre que la neutralité carbone ne relève plus uniquement d’objectifs lointains. Elle peut prendre forme à travers des choix concrets, enracinés dans les réalités locales. De la mangrove aux énergies renouvelables, des moyens de subsistance durables à la mobilisation citoyenne, le territoire esquisse une voie possible pour l’avenir des villes côtières vietnamiennes et accompagne, à son échelle, le long chemin du pays vers le Net Zéro.

Minh Quân/CVN

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