Une nouvelle génération de groupes économiques vietnamiens

Quarante ans après le Dôi moi (Renouveau), les groupes vietnamiens deviennent des acteurs clés de la croissance et de l’innovation. Leur montée en puissance nécessite des adaptations institutionnelles pour consolider leur rôle dans la modernisation du pays et garantir un développement pérenne.

Dans l’usine automobile Vinfast à Hà Tinh (Centre). 
Photo : VNA/CVN

À l’aube d’une nouvelle phase de développement, le renforcement des groupes économiques est présenté comme un levier essentiel de croissance durable. Lors d’une conférence organisée à la mi avril par le magazine Nhà đâu tu (L’investisseur), décideurs, spécialistes et chefs d’entreprise ont discuté des 40 ans de Renouveau, évalué la contribution des groupes au développement national et formulé des recommandations pour lever les obstacles et mobiliser davantage de ressources en leur faveur.

Quarante ans après le lancement du Dôi moi (Renouveau), le Vietnam a accompli une transformation remarquable. D’un pays à faible revenu, il est devenu l’une des économies les plus dynamiques d’Asie, selon un rapport publié le 2 juin par la Direction générale du Trésor du ministère français de l’Économie et des Finances, en enregistrant des avancées significatives dans de nombreux domaines socio économiques.

Dans ce parcours, les groupes économiques ont joué un rôle majeur. Ils ont stimulé la croissance, accéléré la transformation technologique, renforcé les chaînes d’approvisionnement et encouragé l’innovation.

Des ouvriers de montage automobile au complexe de THACO. 
Photo : VNA/CVN

Le Politburo du Parti a adopté plusieurs Résolutions stratégiques : la N°57 sur la science, la technologie, l’innovation et la transformation numérique ; la N°68 sur la promotion du secteur privé ; et la N°79 sur le développement du secteur public. Toutes convergent vers un objectif commun : bâtir des groupes économiques de premier plan, capables de s’étendre à l’échelle régionale comme mondiale et de jouer un rôle pivot dans l’orientation, la promotion et l’appui aux petites et moyennes entreprises (PME), tout en renforçant la résilience interne de l’économie.


Mais les spécialistes estiment que la mise en œuvre de ces textes clés exige des politiques plus concrètes et opérationnelles, afin de transformer les ambitions affichées en résultats tangibles.

D’après Nguyên Duc Hiên, chef adjoint de la Commission centrale des politiques et des stratégies du Parti, le secteur privé représente aujourd’hui environ 50% du Produit intérieur brut (PIB) et joue un rôle essentiel dans la création d’emplois, avec plus d’un million d’entreprises en activité et cinq millions de ménages engagés dans le commerce. Pourtant, l’économie nationale reste dépourvue de conglomérats privés suffisamment puissants pour entraîner le développement et rivaliser sur la scène internationale.

Il a réaffirmé la nécessité de finaliser les cadres institutionnels pour libérer les ressources privées, notant que le Vietnam aurait besoin d’un investissement total de quelque 38,5 billions de dôngs au cours des cinq prochaines années, dont environ 8,51 billions proviendront du budget de l’État, le reste étant attendu du secteur privé et des investisseurs étrangers.

Une autre question clé est de savoir comment renforcer les liens entre les entreprises publiques, privées et celles à capitaux étrangers, ainsi que de déterminer quels mécanismes et politiques sont nécessaires pour construire un écosystème de sociétés unifié et intégré. “Le rôle des entreprises à investissements étrangers et la manière dont elles devraient être liées aux sociétés nationales doivent être redéfinis alors que le Vietnam cherche à renforcer son autonomie économique”, a martelé Nguyên Duc Hiên.

Le secteur privé constitue l’un des moteurs les plus importants de l’économie nationale.
Photo : CTV/CVN

Ðâu Anh Tuân, secrétaire général adjoint et directeur du Département de la législation de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Vietnam (VCCI), a souligné qu’après 40 ans de Renouveau, le secteur privé est passé d’une reconnaissance juridique limitée à l’un des moteurs les plus importants de l’économie nationale. Dans le même temps, le pays s’est hissé à la 32e place mondiale en termes de PIB en 2025 et figure désormais parmi les 15 premières puissances commerciales mondiales.

Cependant, Ðâu Anh Tuân a mis l’accent sur des faiblesses structurelles persistantes, notamment une intégration limitée dans les chaînes de valeur mondiales et une concentration importante dans la finance et l’immobilier, qui représentent environ la moitié de l’activité principale du secteur privé.

La plupart des entreprises restent de petite taille, environ 70% d’entre elles employant moins de dix travailleurs, tandis que la productivité et la capacité industrielle demeurent limitées, a-t-il déploré. Le Vietnam devrait encourager l’émergence d’une nouvelle génération de sociétés privées, dotées de solides atouts technologiques, aptes à piloter les industries stratégiques et à transformer la croissance en véritable modernisation nationale”.


Nguyên Quang Thuân, président de FiinGroup, a souligné que le pays entrait dans une nouvelle phase marquée par une forte demande de capitaux. Le défi majeur ne réside pas seulement dans la capacité à lever des fonds, mais surtout dans leur utilisation efficace.

L’usine VinFast de Hai Phong (Nord) dispose de lignes de production modernes et hautement automatisées.
Photo : VNA/CVN

L’important est de garantir que chaque unité de capital génère davantage de valeur”, a-t-il analysé, avertissant que cette efficacité déterminera la place des groupes économiques vietnamiens dans les décennies à venir. Il a noté que, malgré une croissance soutenue du PIB, les revenus des entreprises nationales n’ont pas progressé au même rythme. D’où la nécessité de politiques visant à développer des sociétés locales compétitives à grande échelle.

Soulignant que le crédit bancaire seul ne suffira pas à répondre à la demande, Nguyên Quang Thuân a insisté sur la nécessité d’élargir les sources de fonds à moyen et long termes, d’améliorer la bancabilité des projets et d’accélérer les réformes du marché des capitaux.

Chaîne de production de pompes à eau à l’usine de Bao Long Co., Ltd., dans le quartier de Ky Lua, province de Lang Son (Nord).
Photo : VNA/CVN

Selon l’économiste Trân Ðình Thiên, la construction de groupes solides est essentielle pour que le Vietnam devienne une grande puissance. Les économies modernes reposent sur des chaînes de valeur menées par de grandes entreprises. Il a affirmé que le pays avait besoin de conglomérats privés robustes, capables de rivaliser à l’échelle mondiale et de se transformer en multinationales. Il a ajouté que le soutien politique devrait être plus ciblé, plutôt que dispersé sur l’ensemble des secteurs.

M. Thiên a également souligné la nécessité de renforcer les liens entre les sociétés leaders et les petites entreprises, notamment dans des secteurs clés comme l’automobile, où les sociétés “ancres” peuvent stimuler le développement de chaînes d’approvisionnement entières.

Bùi Thanh Minh, directeur adjoint du Conseil de recherche sur le développement du secteur privé, a insisté sur l’importance d’aligner l’essor des entreprises sur la stratégie nationale, en identifiant les secteurs où les sociétés locales peuvent prendre la tête, notamment les infrastructures ferroviaires, les véhicules électriques, les énergies renouvelables et les technologies émergentes.

La première vague de réforme a permis de sortir le pays de la pauvreté en mobilisant les ressources de travail, a-t-il rappelé. La prochaine phase devrait se concentrer sur la libération de l’innovation et du potentiel technologique, plutôt que de compter uniquement sur l’expansion de la main-d’œuvre et du capital”.

Thúy Hà/CVN


Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top