>> Mobilisation pour protéger les enfants à l’ère numérique
>> Volontariat d’été : les jeunes au service des enfants défavorisés
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| Le Mois d’action pour les enfants au Vietnam 2026 a pour thème “Des enfants heureux, en sécurité et confiants dans le monde numérique”. |
| Photo : VNA/CVN |
Je me souviens encore d’une conversation avec une jeune fille lors d’une visite dans une communauté reculée. Avec une assurance tranquille, elle m’a confié qu’elle voulait devenir ingénieure. Elle commençait à peine à apprendre à utiliser un ordinateur, mais déjà, le monde numérique avait élargi le champ de ce qu’elle croyait possible.
À la maison, je retrouve ce même sentiment de possibilités chez mes propres enfants adolescents. Comme beaucoup de jeunes aujourd’hui, ils passent une part importante de leur temps en ligne : pour apprendre, faire des recherches sur des sujets qui les intéressent et rester en contact avec leurs amis. Leur expérience me rappelle chaque jour à la fois les opportunités et les risques de grandir à l’ère du numérique.
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| Silvia Danailov, représentante de l’UNICEF au Vietnam. |
| Photo : VNA/CVN |
Pour les enfants au Vietnam comme partout dans le monde, les technologies numériques représentent une promesse immense. L’intelligence artificielle (IA) transforme rapidement tous les aspects de notre vie. Pour les enfants et les jeunes, ces technologies offrent des possibilités extraordinaires : apprendre, se développer, tisser des liens et acquérir les compétences dont ils auront besoin demain.
Mais ces mêmes technologies engendrent aussi de nouvelles formes de préjudice, en particulier dans le domaine des abus et de l’exploitation sexuels d’enfants en ligne. Aujourd’hui, il n’est même plus nécessaire qu’un enfant partage une image pour devenir victime. Grâce à l’IA générative, il est désormais possible de produire des images ou des vidéos sexuelles d’enfants d’un réalisme saisissant, sans qu’ils en aient connaissance ni qu’ils y aient consenti. Ce n’est pas un risque futur. Cela se produit déjà, silencieusement, rapidement et à une échelle qui devrait tous nous alerter.
Une menace nouvelle et en constante évolution
Ce qui distingue la situation actuelle, ce n’est pas seulement la nature des abus et de l’exploitation, mais aussi la facilité avec laquelle ils peuvent se produire.
Des technologies qui exigeaient autrefois une expertise spécialisée sont désormais largement accessibles. En quelques clics, des images peuvent être manipulées, des identités détournées et des enfants ciblés d’une manière souvent difficile à détecter ou à retracer.
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| Pour les enfants au Vietnam comme partout dans le monde, les technologies numériques représentent une promesse immense. |
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| Pour les enfants au Vietnam comme partout dans le monde, les technologies numériques représentent une promesse immense. |
On observe une recrudescence de contenus abusifs générés par l’IA et de deepfakes, utilisés pour humilier, menacer ou contrôler. Une étude récente menée par l’UNICEF, ECPAT et INTERPOL dans 11 pays montre qu’au moins 1,2 million d’enfants ont déclaré que leurs images avaient été manipulées en deepfakes sexuellement explicites au cours de l’année écoulée. Dans certains cas, des enfants eux-mêmes créent ou partagent ce type de contenu sans en mesurer pleinement les conséquences. L’accessibilité croissante des outils de génération d’images et de vidéos alimentés par l’IA a entraîné une hausse de la production et de la diffusion de contenus d’abus sexuels impliquant des enfants. C’est ce qui rend ce défi si complexe : il évolue plus vite que la capacité de nos systèmes à y répondre.
On peut parfois être tenté de penser que si une image n’est pas “réelle”, alors le préjudice est moins grave. Mais ce n’est pas ainsi que les enfants le vivent. Pour eux, la peur, la honte et la perte de confiance sont bien réelles. Des images créées numériquement peuvent les hanter pendant des années, affectant leur perception d’eux-mêmes et la manière dont les autres les perçoivent.
Plus préoccupant encore, les enfants peuvent désormais être victimes sans jamais avoir interagi avec un agresseur, sans avoir envoyé le moindre message et sans même savoir que cela se produit.
Cela change fondamentalement la signification même de la protection, non seulement pour les gouvernements et les institutions, mais aussi pour les familles, comme la mienne, qui cherchent à comprendre comment assurer la sécurité des enfants en ligne.
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Lors de mes visites dans les programmes soutenus par l’UNICEF, j’ai pu constater à la fois les promesses et les risques du monde numérique.
Dans un club d’innovation, j’ai rencontré un groupe de filles en train d’apprendre à coder. L’une d’elles, âgée de 12 ans et issue d’une minorité ethnique, m’a montré avec fierté un jeu qu’elle avait créé, inspiré de la vie dans son village. La technologie lui avait donné confiance et une voix.
Mais dans une autre communauté, j’ai rencontré des enfants équipés de smartphones, sans aucun accompagnement. Ils naviguaient seuls dans les espaces numériques, sans savoir clairement ce qui était sûr ni vers qui se tourner en cas de problème. Un garçon m’a confié que lorsqu’un contenu le bouleversait en ligne, il préférait se taire. Il ne voulait pas inquiéter ses parents. C’est ce silence qui m’inquiète le plus, car les enfants les plus exposés sont souvent ceux qui sont connectés, mais non protégés.
Les enjeux pour le Vietnam
Au Vietnam, près de neuf jeunes sur dix âgés de 12 à 17 ans sont aujourd’hui connectés à Internet, beaucoup y passant entre cinq et sept heures par jour. Le numérique fait désormais partie intégrante de l’enfance.
Les risques liés à l’IA viennent ajouter une nouvelle dimension à des problèmes déjà existants, comme le cyberharcèlement et l’exploitation en ligne, tout en accentuant les inégalités entre les enfants qui bénéficient d’un accompagnement et ceux qui en sont privés.
Il ne s’agit pas simplement de technologie. Il s’agit de la manière dont nous protégeons les enfants dans un monde en mutation.
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Le Vietnam a enregistré des avancées importantes, avec un cadre juridique et politique solide en matière de protection de l’enfance, de cybersécurité et de gouvernance numérique, de plus en plus orienté vers la prévention et les approches centrées sur l’enfant.
Ce cadre continue d’évoluer. Un nouveau décret gouvernemental, entré en vigueur le 16 mai 2026, renforce le droit des enfants à la vie privée en interdisant la divulgation de leurs informations personnelles sans leur consentement, à partir de 7 ans, ainsi que celui de leurs parents ou tuteurs. Il s’agit d’un pas important alors que les risques numériques deviennent de plus en plus complexes.
Le Vietnam a également fait preuve d’un leadership international affirmé. En devenant le deuxième pays au monde à ratifier la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité, dite Convention de Hanoï, il a adressé un message fort : l’avenir numérique doit être sûr, sécurisé et protecteur pour les enfants.
Dans cette continuité, le gouvernement a approuvé le Programme national de protection et de soutien au développement des enfants en ligne pour la période 2026-2030, destiné à protéger les enfants et à les autonomiser en tant que citoyens numériques confiants, grâce à un cadre juridique renforcé, de meilleurs dispositifs, une éducation plus efficace et une action coordonnée.
Cependant, des lacunes subsistent dans le cadre légal, les mécanismes d’application doivent être renforcés, et une meilleure adaptation à l’évolution rapide de l’environnement numérique reste nécessaire. Ces défis continuent d’affecter l’efficacité de la protection de l’enfance.
Ce sont là des avancées essentielles, mais elles doivent désormais se traduire en actes. Les institutions publiques, la société civile, les partenaires internationaux et le secteur privé ont tous un rôle indispensable à jouer.
Un appel à une action décisive
Les entreprises technologiques ont une responsabilité claire : respecter et protéger les droits des enfants dans l’environnement numérique. Cela signifie concevoir, par défaut, des plateformes et des outils plus sûrs, mener des évaluations de risques rigoureuses et prendre des mesures proactives pour prévenir, détecter et traiter les atteintes.
Le rythme des changements ne laisse aucune place à l’attentisme : il faut agir maintenant.
Les pouvoirs publics doivent veiller à ce que les lois et leur application restent en phase avec l’évolution rapide des technologies, et investir dans le renforcement des systèmes de protection de l’enfance afin de prévenir, détecter et traiter les atteintes, aussi bien en ligne que hors ligne.
Les entreprises technologiques doivent intégrer la sécurité des enfants dès la conception de leurs plateformes.
Les écoles et les familles doivent être outillées, et non submergées, pour accompagner les enfants dans leurs usages numériques.
Et nous devons bâtir des systèmes auxquels les enfants puissent faire confiance, afin qu’aucun d’entre eux ne soit confronté seul au danger.
Par-dessus tout, nous devons écouter les enfants et travailler avec eux pour créer un environnement numérique plus sûr.
L’IA a le potentiel de transformer positivement la vie des enfants. J’en suis témoin dans les salles de classe, dans les communautés et chez moi, dans la curiosité et la créativité de mes propres enfants.
Mais la technologie ne se façonne pas d’elle-même. C’est nous qui la façonnons, à travers les choix que nous faisons, les protections que nous mettons en place et la responsabilité que nous assumons.
La question qui se pose à nous est la suivante : laisserons-nous l’innovation devancer la protection, ou agirons-nous dès maintenant pour garantir la sécurité de chaque enfant ?
L’avenir que nous construisons doit être un avenir où les enfants ne sont pas seulement connectés, mais aussi protégés, respectés et autonomisés.
Et c’est une responsabilité que nous partageons tous.
VNS/CVN







