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| Vue aérienne sur la ville de Tlemcen. |
Notre visite de Tlemcen débute par une immersion mystique au cœur de la roche, dans les grottes de Béni Add. Nichée à une trentaine de kilomètres du centre-ville et à plus de 50 m de profondeur, cette cavité naturelle, vieille de plusieurs dizaines de millions d’années, s’impose comme l’une des plus grandioses d’Afrique du Nord.
Merveilles géologiques et mémoire révolutionnaire
Franchir son entrée étroite, c’est s’ouvrir à un univers surréaliste, où une fraîcheur soudaine vient balayer la chaleur sèche des hauts plateaux. Un éclairage artistique, subtilement agencé, y sublime de gigantesques stalactites et stalagmites aux silhouettes chimériques : ici, des draperies de pierre fluides comme de la soie ; là, des colonnes majestueuses défiant les cieux, ou encore des concrétions scintillantes de mille feux. Au fil du sentier souterrain, le clapotis régulier de l'eau tisse une atmosphère d'un calme olympien, donnant au voyageur l'illusion de s'égarer dans le palais de cristal des divinités de l'ombre.
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| Chef-d'œuvre du temps au cœur de la grotte millénaire de Béni Add. |
Mais Béni Add n'est pas seulement un miracle géologique ; elle fut aussi une forteresse naturelle, un sanctuaire ayant abrité les combattants de la révolution algérienne durant les années de lutte pour l'indépendance.
“C'est un véritable chef-d'œuvre de la nature”, s'extasie un visiteur venu de Chine, le regard perdu dans l’immensité de ces sculptures de pierre façonnées par les millénaires.
Quittant ces profondeurs mystérieuses, nous remontons le temps jusqu'au XIIIe siècle en faisant halte devant les ruines de la tour de Mansourah. Dressée fièrement au milieu d'un espace infini, cette tour de briques rouges patinée par les siècles est l’ultime vestige d’une cité fortifiée, érigée par la dynastie mérinide lors du siège de Tlemcen.
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| Les ruines du minaret de Mansourah, un vestige résilient de près de 40 m témoignant d'une dynastie révolue. |
“On l’appelle la cité de la victoire (Mansourah), mais pour nous, elle incarne une leçon de résilience. Bien qu'il ne reste que la moitié de la tour, elle se tient debout, à l'image de la volonté des habitants de Tlemcen à travers les âges”, confie un guide local, le regard tourné vers les lézardes creusées par le temps.
Bien que la majeure partie du site ait été ravagée par les guerres et les outrages des siècles, la tour de guet, haute de près de 40 mètres, conserve une aura de dignité et de fierté. Ses pans de murs fissurés et ses arches béantes tournées vers l’azur s’érigent en témoins silencieux d’un âge d’or marqué par les affrontements et les conquêtes. Au pied de l’édifice, alors que le vent siffle entre les pierres, impossible de ne pas méditer sur la marche inexorable du temps et la force du patrimoine humain.
Musée national, mémoire vivante de Tlemcen
Pour saisir pleinement la richesse culturelle de cette région, le Musée national d’art et d’histoire de Tlemcen s’impose comme une étape incontournable. Situé au cœur de la ville, ce haut lieu culturel abrite des milliers d’artéfacts couvrant une période allant de la Préhistoire et de l’époque romaine jusqu’aux grandes dynasties musulmanes : Almoravides, Almohades et Zianides.
L’espace d'exposition, résolument moderne, respecte scrupuleusement les lignes architecturales traditionnelles. Nous y découvrons des collections de pièces de monnaie anciennes en or et en argent, des cartes manuscrites tracées à l’encre de safran, de délicates sculptures sur bois et, surtout, les parures de la Chedda, le costume traditionnel de la mariée tlemcénienne, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.
Grande Mosquée, joyau de l’art hispano-mauresque
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| La Grande Mosquée de Tlemcen, l’un des monuments islamiques les plus anciens d’Afrique du Nord. |
À quelques pas de là se dresse la Grande Mosquée de Tlemcen, l’un des monuments islamiques les plus anciens et les plus remarquables d’Afrique du Nord. Érigé au XIIe siècle sous le règne des Almoravides, cet édifice est un chef-d'œuvre de l'art hispano-mauresque.
Une fois les lourdes portes en bois franchies, le tumulte urbain s'évanouit instantanément pour laisser place à une atmosphère d'une profonde spiritualité. La cour centrale, baignée de lumière, dévoile un bassin d'ablutions en marbre magistral. Dans la salle de prière, des dizaines de colonnes de marbre soutiennent des arcs outrepassés, typiques de cette architecture. Les pièces maîtresses restent sans conteste le monumental lustre en bronze suspendu sous la coupole centrale, ainsi que les stucs finement ciselés de calligraphies arabes.
Saveurs algériennes et accueil en musique
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| Dans un restaurant local, un accueil chaleureux, typiquement algérien, gravé à jamais dans les mémoires des voyageurs. |
Après une matinée d'immersion historique, notre véhicule s'arrête devant un restaurant traditionnel. C’est là que nous attend un véritable feu d'artifice d'émotions : un accueil chaleureux, typiquement algérien, gravé à jamais dans les mémoires des voyageurs.
Dès le seuil franchi, le lieu semble vibrer au rythme d'une musique entraînante. Une troupe de musiciens en habit traditionnel nous accueille. Les notes aiguës et vibrantes de la ghaïta s'élèvent, portées par les rythmes syncopés et puissants de la derbouka et du bendir.
Les musiciens, tout en jouant, enchaînent des pas de danses folkloriques ancestrales. Leurs sourires radieux et leur hospitalité balaient instantanément la barrière de la langue et la fatigue du voyage. Même les plus timides d'entre nous se laissent emporter par le tempo, rejoignant cette ronde festive sous des applaudissements nourris.
Le déjeuner se révèle être un véritable festin pour les sens. D'immenses plats de couscous fumant sont dressés : la graine, d'une légèreté de velours, est surmontée d'un ragoût de poulet fondant et de légumes savoureux. Pour clore ce banquet, un thé à la menthe brûlant nous est servi, accompagné de cacahuètes grillées sucrées-salées. Plus qu'un repas, c'est un rituel culturel où la générosité s'élève au rang d'art de vivre.
El Mechouar, splendeur des palais zianides
L’après-midi, notre route se poursuit vers le Palais d'El Mechouar, l'ancien cœur du pouvoir de la dynastie zianide. Construit au XIVe siècle, El Mechouar était autrefois un vaste complexe palatial fortifié, abritant de somptueux jardins royaux.
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| Architecture mauresque restaurée au cœur du palais royal d'El Mechouar. |
Bien que la structure d'origine ait subi d'importantes modifications au fil de l'histoire, la zone principale du palais, récemment restaurée, restitue avec brio la splendeur de l'art maure. En arpentant les galeries ventilées, en admirant les murs de stuc blanc ciselés à la main comme de la dentelle, et en contemplant les colonnes élancées entourant des bassins d'eau claire où se reflète le ciel, on croit deviner le faste de la vie de cour d'antan. La lumière de la fin de journée s'infiltre à travers les arcs, déposant un voile d'or sur les zelliges bleu et vert, composant un tableau palatial empreint de nostalgie et de poésie.
La Ville de Tlemcen ne cherche ni à impressionner ni à imposer son rythme. Elle conquiert le cœur du voyageur par la force tranquille de son patrimoine séculaire, par la grandeur de sa nature et, surtout, par la chaleur humaine de ses habitants. Plus qu’une simple étape sur la carte de l’Algérie, l'endroit devient un fragment de mémoire que quiconque a su écouter n’oubliera jamais.
Texte et photos : Dang Huê/CVN








