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| Le Pr. associé-Dr. Bùi Hoài Son. Photo : CTV/CVN |
La Stratégie de développement des industries culturelles à l’horizon 2030 et vision 2045 marque un jalon historique. En érigeant la culture en moteur économique de premier plan, elle ambitionne une contribution de 9% au PIB. “Le Vietnam tient là une occasion en or”, indique le Pr. associé-Dr. Bùi Hoài Son, membre permanent de la Commission de la culture et de l’éducation de l’Assemblée nationale.
Selon lui, cette feuille de route exhaustive marque une rupture majeure, incarnant un véritable changement de paradigme : dans un Vietnam en pleine industrialisation, la culture s’affranchit de son statut de simple “socle spirituel” pour devenir un puissant vecteur de croissance.
Cette vision est concrétisée par des indicateurs précis : taux de croissance, part du PIB, exportations et développement du capital humain. En somme, la culture est désormais placée à sa juste place, celle d’une industrie stratégique de la nouvelle ère.
La force de ce document réside dans la création d’un nouveau référentiel. Il définit la culture comme une économie fondée sur la créativité, le talent et la technologie, tout en préservant sa mission originelle : nourrir l’âme et l’identité nationale. Cette approche impose une synergie inédite à travers tout l’appareil politique, impliquant des ministères allant de l’éducation au commerce, en passant par le numérique et la diplomatie.
Dans un monde où la compétitivité se joue sur l’expérience et l’émotion, le Vietnam possède des atouts majeurs : patrimoine séculaire, arts contemporains et scène créative bouillonnante. Ce réservoir culturel est prêt à être converti en produits à haute valeur ajoutée.
Plus encore, la stratégie place le citoyen au centre, à la fois comme créateur et bénéficiaire. En faisant de la culture un levier pour l’emploi et la qualité de vie, le pays bâtit un modèle de développement durable, inclusif et profond.
Trois piliers : identité, créativité, technologie
Pour M. Son, les dix secteurs identifiés - du cinéma au tourisme culturel, en passant par l’artisanat d’art et les logiciels et jeux de divertissement - se trouvent à l’aube d’un essor sans précédent. Ils convergent vers les trois piliers de l’époque : identité, créativité et technologie.
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| Le Vietnam ambitionne de porter la contribution des industries culturelles à 9% du PIB à l’horizon 2045. |
| Photos : VNA/CVN |
Deux opportunités majeures se présentent. Primo, la révolution des consciences : la clarté des objectifs gouvernementaux permet de mobiliser les ressources sociales et de libérer l’esprit d’entreprise des jeunes. L’unicité de la culture vietnamienne devient ici un avantage concurrentiel décisif, une véritable “mine d’or”.
Secundo, le levier technologique : la fusion entre art et numérique aide le Vietnam à s’affranchir des limites des infrastructures traditionnelles grâce à la virtualisation et à la flexibilité créative.
Le tableau ne serait pas complet sans mentionner les défis. La concurrence internationale est féroce : les produits venus de la République de Corée, du Japon ou des États-Unis dominent déjà largement le marché intérieur. Seuls les produits authentiques, bénéficiant d’un investissement rigoureux et d’une stratégie de marché globale, pourront s’imposer.
Enfin, le climat des affaires reste perfectible. Les barrières administratives, les mécanismes d’investissement et la protection de la propriété intellectuelle demeurent des chantiers prioritaires. Pour que le design, l’artisanat ou le tourisme culturel puissent rivaliser à l’international, le Vietnam doit encore structurer des chaînes de valeur robustes et résilientes.
Abordant l’ambition de porter la contribution des industries culturelles à 9% du PIB à l’horizon 2045, Bùi Hoài Son estime qu’une croissance annuelle de 10% est un objectif de haute volée mais impératif pour libérer le plein potentiel du pays. Toutefois, il souligne la nécessité d’un constat lucide : malgré des avancées notables, le secteur peine encore à répondre aux attentes de rupture.
Écosystème créatif : conditions de réussite
D’après l’expert, le principal verrou réside dans le cadre institutionnel et les dispositifs de soutien à la création. De nombreux segments culturels ne disposent toujours pas d’un arsenal juridique adapté à leur nature économique hybride. Les procédures administratives - allant de l’octroi de licences à la gestion des droits d’auteur, en passant par la fiscalité - demeurent fragmentaires et peu synchronisées, engendrant des coûts d’opportunité élevés pour les entreprises.
Le deuxième obstacle concerne le capital humain. Ce secteur repose sur le talent, l’innovation et l’excellence managériale. Or, la main-d’œuvre locale, bien qu’en devenir, manque encore de qualifications aux standards internationaux. Si les écoles d’art, de cinéma et de design s’efforcent de se moderniser, une stratégie plus vigoureuse est nécessaire, misant sur la coopération internationale, l’investissement technologique et des mécanismes d’attraction pour les talents de la diaspora.
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| Danse traditionnelle des Hà Nhì à Lai Châu (Nord). |
| Photo : VNA/CVN |
Troisièmement, la question du marché et de la compétitivité reste entière. Face à l’afflux massif de produits culturels étrangers, les marques vietnamiennes peinent à s’exporter, faute d’une stratégie de promotion nationale cohérente et d’entreprises leaders capables d’organiser et de dynamiser la filière.
Enfin, un frein structurel persiste : la culture n’est pas encore pleinement perçue comme un véritable secteur économique de pointe. Si la Stratégie nationale a tracé la voie, sa mise en œuvre exige une synergie de tout l’appareil politique, intégrant les industries créatives au cœur de l’aménagement urbain, de la transition numérique et des programmes de développement socio-économique.
Pour un véritable saut qualitatif, le Pr. associé - Dr. Bùi Hoài Son place la réforme institutionnelle au premier rang des priorités. Elle doit créer un environnement favorable à la créativité et à la croissance des entreprises.
L’explication est simple : cette économie de l’immatériel ne peut rayonner que dans un écosystème ouvert, agile et transparent. Sans fluidité institutionnelle, même les talents les plus brillants et les technologies les plus avancées restent freinés. Ce changement de paradigme impose de redéfinir le rôle de l’État : non plus simple gestionnaire, mais facilitateur, coordinateur et garant de la propriété intellectuelle.
Parallèlement, l’essor des infrastructures créatives est crucial. Sans studios modernes, centres de design de pointe ou scènes aux normes internationales, il sera impossible de produire des œuvres d’envergure ou d’attirer des productions mondiales.
De plus, la transformation numérique constitue un levier majeur. En accélérant l’adoption de l’intelligence artificielle (IA), des mégadonnées (big data) et des technologies de simulation, le Vietnam peut combler son retard et rattraper les nations pionnières.
Mais pour M. Son, l’essentiel demeure : “ Quelle que soit l’importance de la technologie, l’humain reste le pivot. C’est la jeunesse créative qui forge l’identité culturelle. Investir dans la formation, renforcer les passerelles entre universités et entreprises et multiplier les échanges internationaux sont les clés d’une percée durable et souveraine”.
Huong Linh/CVN







