Une catastrophe sanitaire multigénérationnelle

La Une du numéro 32 mettait en lumière le rôle essentiel de l’antenne de l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine à Hô Chi Minh-Ville, en hommage aux 65 ans de cette tragédie provoquée par l’armée américaine au Vietnam (10 août 1961).

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Le dimanche 2 août au matin, plus de 5.000 personnes se sont rassemblées sur la rue piétonne Nguyên Huê, dans la mégapole du Sud, pour participer à la marche solidaire “Pour les victimes de l’agent orange”. Cette mobilisation rappelait qu’entre 1961 et 1971, l’armée américaine avait déversé environ 80 millions de litres de défoliants sur le Sud du Vietnam, dont une majorité de ce puissant herbicide.

Cette guerre chimique, la plus longue et la plus dévastatrice de l’histoire, continue de marquer durablement des milliers de vies. En dix ans, “forêts, villages et terres cultivées furent touchés, soit 3,06 millions d’hectares - près d’un quart de la superfi cie du Sud”. Sur le champ de bataille d’A Luoi, dans la province de Thua Thiên-Huê (aujourd’hui ville de Huê, au Centre), “des documents du département américain de la Défense indiquent qu’environ 434.812 gallons d’agent orange y furent déversés entre 1965 et 1970, représentant près de 11 kg de dioxine”.

Les conséquences se transmettent sur plusieurs générations. “Le pays compte environ 75.000 victimes de deuxième génération et 35.000 de troisième, tandis que des enquêtes locales révèlent des cas dans la quatrième”.

Présente sur la Une du numéro 32, aux côtés de victimes de tous âges, Trân Tô Nga était aisément reconnaissable grâce à ses cheveux blancs. Elle-même y fut exposée en 1966, à Cu Chi, en banlieue de Hô Chi Minh-Ville.

Née en 1942 à Sóc Trang (Sud), la Franco-Vietnamienne conserve une énergie intacte dans son combat devant la justice française contre quatorze géants américains de l’agrochimie, producteurs de ce défoliant.

Aujourd’hui âgée de 84 ans, elle poursuit inlassablement cette bataille, menée avant tout pour les orphelins, les enfants en situation de handicap et toutes les personnes dont la vie a été irrémédiablement bouleversée.

En mai 2009, elle témoigna à Paris devant le Tribunal international d’opinion consacré aux victimes vietnamiennes. Soutenue par plusieurs avocats et militants français, elle décida ensuite d’assigner en justice les entreprises chimiques américaines.

Même si cette procédure n’a pas encore produit les résultats espérés sur le plan judiciaire, le parcours de Trân Tô Nga, comme celui de celles et ceux qui l’accompagnent, revêt une portée considérable. Il a durablement replacé la question de l’emploi des substances chimiques en temps de guerre au cœur du débat international.

C’est “un immense encouragement pour toutes les victimes, qui continuent chaque jour à lutter contre la maladie, les malformations et les séquelles laissées par la guerre”.

HERVÉ FAYET/CVN

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