Vietnam et Inde : des stratégies semi-conducteurs complémentaires

L’Inde ne se concentre pas seulement sur le renforcement de ses capacités nationales, mais considère également la coopération internationale comme un pilier essentiel de sa stratégie de développement de l’industrie des semi-conducteurs.

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Pour la période 2025-2030, le secteur des semi-conducteurs de la province de Bac Ninh devrait avoir besoin de quelque 6.300 travailleurs. 
Photo : VNA/CVN

Le Vietnam est considéré comme un partenaire disposant d’atouts complémentaires, notamment à la suite de la visite d’État en Inde du secrétaire général du Comité central du Parti communiste du Vietnam et président de la République, Tô Lâm, en mai dernier, a estimé un expert indien.

S’adressant à l’Agence Vietnamienne d’Information (VNA), Sudhanshu Mittal, directeur des solutions d’ingénierie de l’Association nationale indienne des sociétés de logiciels et de services (Nasscom), a indiqué que lors de cette visite, les deux pays avaient signé plusieurs accords de coopération, les semi-conducteurs ayant été identifiés comme un domaine prioritaire, aux côtés de l’intelligence artificielle (IA), de la cybersécurité et des technologies avancées.

Selon Sudhanshu Mittal, le Vietnam et l’Inde disposent d’atouts complémentaires plutôt que concurrents. Alors que l’Inde représente environ 20% des ingénieurs spécialisés dans la conception de semi-conducteurs dans le monde, le Vietnam est en train de devenir un important pôle de fabrication de produits électroniques et d’assemblage destiné à l’exportation. En combinant efficacement leurs atouts, les deux pays pourraient mettre en place une chaîne de valeur régionale, l’Inde mettant à profit ses capacités en matière de conception, de recherche et de technologies, tandis que le Vietnam se concentrerait sur la fabrication, l’assemblage et les tests.

L’expert a également souligné que la connexion entre l’interface de paiement unifiée (UPI) de l’Inde et la Société nationale de paiement du Vietnam (NAPAS) illustrait le potentiel d’élargissement de la coopération dans les technologies numériques, les normes techniques et la recherche et développement (R&D).

Les terres rares et les minéraux critiques constituent également un domaine offrant un important potentiel de coopération bilatérale. Sudhanshu Mittal a indiqué que le Vietnam disposait d’environ 22 millions de tonnes de réserves de terres rares, soit les deuxièmes réserves mondiales, tandis que l’Inde en possédait environ 6,9 millions de tonnes, se classant au troisième rang mondial.

Toutefois, ces atouts en matière de ressources ne pourront être transformés en capacités industrielles sans technologies adéquates d’extraction, de séparation et de raffinage.

Il a qualifié le protocole d’accord entre IREL (anciennement Indian Rare Earths Limited) et l’Institut vietnamien de l’énergie atomique (Vinatom) d’initiative stratégique majeure, permettant de mettre en commun l’expertise indienne dans le traitement des terres rares et les importantes ressources dont dispose le Vietnam.

Ce partenariat revêt une importance non seulement pour l’exploitation minière, mais aussi pour l’industrie des semi-conducteurs, les terres rares et certains matériaux tels que le gallium étant essentiels à la fabrication d’aimants à base de terres rares, de semi-conducteurs composés et de composants électroniques de puissance.

Des enseignements utiles pour le Vietnam

Concernant les enseignements que le Vietnam pourrait tirer de l’expérience indienne, l’expert a estimé que le pays devrait identifier les segments présentant le meilleur potentiel de développement, plutôt que de chercher à couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur des semi-conducteurs.

Le Vietnam devrait notamment déterminer clairement les domaines dans lesquels il dispose d’avantages, tels que l’assemblage final, les tests de puces ou encore le développement de matériaux spécialisés.

Le développement des ressources humaines constitue une autre priorité. Le Vietnam et l’Inde doivent investir suffisamment tôt dans des programmes de formation spécialisés afin d’anticiper la demande croissante de l’industrie. Parallèlement, les deux pays pourraient coopérer au développement de chaînes d’approvisionnement pour les intrants essentiels, allant des gaz spécialisés et des matériaux ultra-purs aux terres rares et aux équipements technologiques.

Sudhanshu Mittal a également souligné que les protocoles d’accord ne pourront produire pleinement leurs effets que s’ils sont concrétisés par des projets spécifiques. Alors que les groupes technologiques mondiaux accélèrent la restructuration de leurs chaînes d’approvisionnement, le Vietnam et l’Inde devraient saisir la "fenêtre d’opportunité" actuelle pour accélérer la mise en œuvre de projets communs.

Pour le Vietnam, qui considère les semi-conducteurs comme une industrie stratégique, l’expérience de l’Inde pourrait constituer une référence utile alors que le pays développe son écosystème des semi-conducteurs et cherche à s’intégrer plus profondément dans les chaînes de valeur mondiales, a-t-il conclu.

VNA/CVN

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