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| Photos : Archives/CVN |
Il y a 65 ans, face à la montée du mouvement insurrectionnel dans le Sud lors de la guerre du Vietnam (1954-1975), le président américain John F. Kennedy décida de mener, parallèlement à la guerre conventionnelle, une guerre chimique sur le sol vietnamien. Plusieurs officiers britanniques, déjà impliqués dans des épandages en Malaisie dans les années 1950, tels que Gerald Templer, Rob Lockhart et Robert Thomson, furent invités à conseiller l’armée américaine.
Une quinzaine de substances furent déversées en quantités massives et à forte concentration, transformant le Vietnam en un gigantesque laboratoire d’expérimentation. L’armée américaine utilisa principalement des avions C-123 et UH-1 pour pulvériser ces produits sur les forêts, les axes de communication et les cultures vivrières “qui protégeaient les combattants ennemis”. Elle recourut aussi à des véhicules terrestres, des grenades, des mines et des pulvérisateurs à haute pression pour répandre ces agents autour des bases militaires, des zones de stationnement des troupes, ainsi que dans les abris et tunnels du Front national de libération.
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| Infographie : Truong Trân - Phuong Nga/CVN |
Pour tromper l’opinion publique, le département américain de la Défense donna à cette opération militaire le nom de code Ranch Hand (“ouvrier agricole”). Les autorités américaines affirmaient qu’il ne s’agissait que d’herbicides ordinaires, destinés à détruire le couvert végétal de l’adversaire, ses sources de nourriture et à sécuriser les abords des installations militaires américaines. Elles soutenaient également que ces produits n’étaient pas toxiques pour les êtres vivants, qu’ils n’avaient pas d’effet notable sur la santé humaine et qu’ils n’agissaient sur les femmes qu’au cours des premières semaines de grossesse.
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Les faits ont pourtant montré que la guerre chimique menée par les États-Unis au Vietnam fut la plus vaste, la plus longue et la plus dévastatrice de l’histoire. Entre 1961 et 1971, leur armée réalisa 19.905 missions aériennes et déversa plus de 80 millions de litres de défoliants sur la partie Sud du pays, dont 61% d’agent orange, contenant environ 366 kg de dioxine. Forêts, villages et terres cultivées furent touchés, soit 3,06 millions d’hectares - près d’un quart de la superficie du Sud - avec une densité d’épandage 17 fois supérieure aux normes agricoles américaines. Parmi ces zones, 86% furent aspergées plus de deux fois et 11% plus de dix fois.
“La dioxine est considérée comme l’une des substances les plus toxiques jamais connues de l’humanité”, souligne Pham Xuân Hung, vice-président de l’Association vietnamienne pour les victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA). Synthétisée en 1957, elle s’est révélée capable de provoquer cancers et malformations congénitales, même à des doses infimes. Selon les données citées, un simple picogramme peut entraîner cancers et troubles de la reproduction, tandis que quelques dizaines de nanogrammes suffisent à provoquer la mort.
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| Photo : Phuong Nga/CVN |
Rien que sur le champ de bataille d’A Luoi, dans la province de Thua Thiên Huê (aujourd’hui ville de Huê, au Centre), des documents du département américain de la Défense indiquent qu’environ 434.812 gallons d’agent orange y furent déversés entre 1965 et 1970, représentant près de 11 kg de dioxine.
Selon Pham Xuân Hung, 4,8 millions de personnes ont été exposées aux herbicides toxiques, provoquant 3 millions de victimes dont au moins 150.000 enfants recensés dans tout le pays. Les malades souffrent de pathologies cutanées, de cancers multiples et d’atteintes graves des systèmes nerveux, respiratoire et circulatoire.
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Chez les enfants et petits enfants des victimes, les affections les plus fréquentes incluent paralysie, cécité, mutisme, surdité, déficience intellectuelle, troubles psychiatriques, cancers et diverses malformations congénitales. Plus grave encore, les effets de l’agent orange se transmettent sur plusieurs générations. Au Vietnam, des séquelles ont déjà été constatées jusqu’à la quatrième. Le pays compte environ 75.000 victimes de deuxième génération et 35.000 de troisième, tandis que des enquêtes locales révèlent des cas dans la quatrième.
Les conditions de vie matérielles et psychologiques des victimes restent extrêmement précaires, surtout dans les familles touchées sur plusieurs générations ou confrontées à des cas graves. Maladies chroniques, rechutes, handicaps lourds et déficience intellectuelle entraînent l’impossibilité de travailler et l’absence de revenus. La majorité des foyers concernés appartiennent aux ménages pauvres, incapables de faire face au coût élevé des soins et de l’accompagnement médical.
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| Des visiteurs étrangers découvrent les ravages de l’agent orange/dioxine au Musée des vestiges de guerre à Hô Chi Minh-Ville. |
| Photos : VNA/CVN |
Les conséquences dépassent les frontières vietnamiennes. De nombreux anciens soldats américains, sud-coréens, australiens et néo-zélandais ayant combattu au Vietnam ont eux aussi développé des pathologies liées à l’exposition. L’amiral Elmo Zumwalt, ancien commandant des forces navales américaines au Vietnam (1968-1970), estime qu’au moins 2,6 millions de soldats américains ont été concernés. L’Association sud-coréenne des anciens combattants invalides de l’agent orange rapporte qu’environ 100.000 des 300.000 soldats sud-coréens déployés au Vietnam en auraient été victimes, dont plus de 20.000 décédés.
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Conscients de l’extrême gravité des conséquences provoquées par l’usage massif de produits toxiques au Vietnam, le Parti et l’État vietnamiens ont, dès la fin de la guerre, adopté de nombreuses politiques, ensuite déclinées en directives, décisions, résolutions et plans d’action, afin de panser les blessures du conflit. L’effort s’est concentré sur la mobilisation des ressources, l’amélioration du cadre institutionnel et le renforcement de la coopération internationale, avec pour objectif de réduire les effets durables de cette contamination, de soutenir les victimes et de protéger l’environnement.
L’attention portée par le Parti à la réparation de l’après guerre a été réaffirmée dans de nombreux textes adoptés lors de ses Congrès nationaux, puis traduite dans d’importants documents d’orientation émanant du Politburo et du Secrétariat. Parallèlement, l’Assemblée nationale s’est montrée active dans l’élaboration et le perfectionnement du cadre législatif et des dispositifs d’aide aux personnes contaminées ou souffrant de séquelles. Elle a également voté des crédits budgétaires et assuré le suivi des programmes nationaux consacrés à la réparation, tout en approuvant des décisions majeures en matière de coopération internationale, notamment pour le traitement des sols pollués à la dioxine.
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| Photos : VNA/CVN |
Du côté du gouvernement, plusieurs Comités nationaux de pilotage ont été créés afin de coordonner les efforts de réparation. Dans une dépêche officielle datée du 21 mars 2026 (référence 270/TTg KGVX), le Premier ministre a validé le principe d’un soutien destiné à remplacer les habitations précaires ou délabrées des enfants biologiques d’anciens résistants contaminés. Le texte souligne que l’amélioration des conditions de logement de la population, en particulier des personnes ayant rendu des services à la révolution, des ménages pauvres et des bénéficiaires de politiques sociales, demeure une priorité constante du Parti et de l’État. Cette orientation s’inscrit dans un esprit de solidarité et vise à garantir que toutes les familles concernées disposent d’un logement digne, conformément à l’objectif affiché de ne laisser personne de côté.
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Pour mettre en œuvre les orientations du Parti et les instructions du gouvernement, les ministères et organismes centraux ont décliné ces objectifs en circulaires, directives et plans d’action concrets. Le ministère de la Défense joue un rôle central dans la dépollution des terres, tandis que ceux du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales (aujourd’hui rattaché à l’Intérieur) ainsi que de la Santé pilotent l’application des régimes en faveur des victimes.
Chaque année, l’État consacre plus de 10.000 milliards de dôngs au versement d’allocations mensuelles, aux soins de santé, à la rééducation fonctionnelle, ainsi qu’au soutien des zones particulièrement défavorisées et lourdement touchées.
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| Photos : VNA/CVN |
À l’échelle nationale, plus de 250.000 anciens combattants de la résistance et leurs enfants biologiques contaminés bénéficient aujourd’hui du régime préférentiel accordé aux personnes ayant rendu des services à la révolution. Les foyers comptant une personne handicapée, y compris ceux des victimes de l’agent orange/dioxine, ont accès à l’assurance maladie ou à des soins gratuits. Des centaines de milliers de personnes lourdement handicapées ont bénéficié d’appareillage orthopédique et de rééducation fonctionnelle. Par ailleurs, des dizaines de milliers d’enfants handicapés, dont certains souffrent des effets indirects de l’agent orange, sont scolarisés dans des établissements inclusifs ou spécialisés.
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| Examen médical au Centre de soins, d’éducation et de traitement des victimes de l’agent orange/dioxine à Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
Les associations de victimes de l’agent orange/dioxine, à tous les échelons, mobilisent chaque année au Vietnam comme à l’étranger des ressources sociales représentant des centaines de milliards de dôngs afin de venir en aide aux victimes. Ces fonds financent la construction ou la rénovation de logements, les cures de désintoxication par sauna, la rééducation fonctionnelle et les soins médicaux. Ils permettent aussi de soutenir la formation professionnelle, l’accueil et la prise en charge des victimes, ainsi que l’octroi de bourses scolaires et de prêts destinés aux activités de production.
Ils servent également à la distribution de fauteuils roulants, de tricycles adaptés, de bicyclettes et de cadeaux à l’occasion des grandes fêtes nationales, de la Journée des invalides de guerre et des morts pour la Patrie du 27 juillet ou encore de la Journée pour les victimes de l’agent orange/dioxine du 10 août. À cela s’ajoutent de nombreux projets de construction de centres de protection sociale.
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| Photos : VNA/CVN |
Le pays compte aujourd’hui 12 Villages de la paix et de l’amitié, ainsi que de nombreux centres d’accueil pour enfants handicapés, fonctionnant en internat ou en semi internat, qui prennent en charge des milliers de victimes, principalement des enfants souffrant de malformations ou de handicaps. À travers le pays, les associations gèrent également 26 centres de protection sociale, où sont proposés cures de désintoxication, rééducation fonctionnelle, formation professionnelle et prise en charge régulière ou semi résidentielle.
À Hanoï comme à Hô Chi Minh-Ville, les deux plus grandes agglomérations du pays, les centres de conseil en santé reproductive et génétique poursuivent activement leurs activités afin de réduire le taux de naissances avec malformations. Dans plusieurs localités, des enquêtes sur les traumatismes psychologiques sont également menées, accompagnées de dispositifs d’assistance psychologique en faveur des victimes.
Phuong Nga/CVN

















