Santé
Trân Thị Bích Huong : la néphrologue qui refuse de dire «c’est fini»

Elle compare parfois ses patients à Juliette feignant la mort : des reins «faussement morts» que l’on abandonne trop tôt. À 64 ans, la Professeure agrégée Trân Thị Bích Huong poursuit inlassablement son combat pour offrir une seconde chance à ceux que la médecine croyait condamnés.

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La Professeure agrégée Trân Thi Bich Huong.

Témoignages de malades

L'histoire de H.T.T.X, une jeune femme de 23 ans, témoigne du remarquable «retour à la vie» orchestré par la Professeure agrégée et Docteure Trân Thị Bích Huong. Atteinte d’un lupus érythémateux avec complications cardiaques, rénales et défaillance multiviscérale, la jeune femme ne semblait plus avoir qu’1% de chances de survie. Pour rester en vie, elle devait subir une hémodialyse régulière à l’Hôpital Cho Rây.

Après avoir surveillé son état, forte de ses connaissances approfondies et grâce aux résultats d'une échographie montrant une taille rénale normale, Bích Huong a estimé que les reins de la jeune femme étaient encore viables. Elle a poursuivi l'hémodialyse pour la maintenir en vie, tout en traitant avec persévérance la cause sous-jacente et les complications associées.

Les résultats ont été remarquables : après trois mois, les premiers signes de récupération apparurent, tels que le retour de la diurèse et l’amélioration de l’insuffisance cardiaque. La fréquence de dialyse diminua progressivement, passant de 5 à 6 séances par semaine à 3, puis à 2 séances hebdomadaires après 6 à 8 mois. Après deux ans de dialyse, H.T.T.X a officiellement pu se passer de la machine, sa fonction rénale s'étant complètement rétablie, à la grande surprise de beaucoup.

Une autre récupération spectaculaire sous la main « magique » de la Docteure Trân Thị Bích Huong concerne un jeune homme de 25 ans. Rentré au pays après de longues années d’études à l’étranger, en surpoids et obèse, son débit de filtration glomérulaire (DFGe) avait chuté à environ 60%.

Dans d’autres établissements, il avait déjà été intégré à un programme thérapeutique en vue d’une future dialyse. À sa prise en charge, cette médecin choisit de ne pas suivre l’approche conventionnelle. Elle réévalua entièrement son mode de vie, lui recommanda de perdre du poids et de modifier son régime alimentaire, puis réalisa une biopsie rénale afin de déterminer la cause précise de la pathologie.

Mme Bích Huong étudie attentivement les dossiers des patients afin de déterminer la stratégie thérapeutique.

Grâce à un plan de traitement personnalisé, combiné à l'expertise de professeurs japonais en néphropathie à IgA et à l'utilisation d'immunosuppresseurs puissants, elle a obtenu un résultat remarquable. Après deux ans de suivi étroit, la fonction rénale est passée de 60% à 100%. "Si nous avions suivi la voie classique, ce jeune homme serait aujourd’hui en attente d’hémodialyse. Mais nous avons voulu lui offrir un avenir lumineux : travailler, fonder une famille, mener une vie normale", a confié la Dre. Huong.

Au fil de ces restaurations rénales, Mme Bích Huong a pris conscience d’une réalité : lorsque le patient atteint le seuil de dialyse, médecins et familles concluent trop souvent que le rein est "mort" . Cette résignation coupe prématurément le faible apport sanguin résiduel, transformant un rein «faussement mort» (de taille normale à l’échographie) en rein «réellement mort» si l'hémodialyse se poursuivait sans autre soin.

Elle compare cette méprise à la tragédie de Roméo et Juliette de Shakespeare : "Si Roméo avait su que Juliette faisait semblant d'être morte, il ne se serait pas suicidé. De même, si l'on découvrait qu'un rein simulait la mort, la tragédie serait évitée, et la restauration de la fonction rénale pourrait changer la vie et le destin d'une personne, voire d'une famille ou d'une lignée."

La «cheffe d’orchestre» et sa passion 

En 2018, le projet de recherche intitulé « Diagnostic des causes et traitement de la réhabilitation rénale chez les patients atteints d'insuffisance rénale rapidement progressive », dirigé par la Professeure agrégée et Docteure Trân Thị Bích Huong, a été honoré par le Prix KOVA dans la catégorie Innovation et application scientifiques et technologiques (un prix annuel encourageant la recherche scientifique appliquée, les actions humanitaires et la formation de jeunes talents). Cette étude a permis d’éviter l’évolution vers la dialyse chez près de 80% des patients atteints d’insuffisance rénale rapidement progressive.

Chez ceux dialysés depuis moins de 3 mois et atteints de néphrite lupique, le taux de récupération atteignait 60%. "Nous avons consacré plus de 4 ans à chercher des solutions pour soustraire les patients à une condamnation à mort, prolonger leur espérance de vie et surtout améliorer significativement leur qualité de vie. Car une fois la dialyse installée, la qualité et l’espérance de vie diminuent considérablement", a déclaré la Professeure agrégée Trân Thị Bích Huong.

La Docteure Bich Huong examine la santé de patiente.

Interrogée sur le secret de ces taux de récupération élevés, elle répond que la restauration rénale ne peut suivre un modèle standardisé ni une approche conventionnelle : chaque patient nécessite un protocole personnalisé, avec des posologies adaptées, car le degré, la cause de l’insuffisance rénale et la réponse au traitement varient d’une personne à l’autre.

Cela exige une grande patience et des connaissances approfondies, ce que tout le monde ne peut accomplir. Cependant, sans s'attribuer tout le mérite, la Professeure agrégée Trân Thị Bích Huong se compare à un chef d'orchestre coordonnant un ensemble symphonique, réunissant médecins intensivistes, néphrologues, spécialistes de l'hémodialyse, cardiologues, immunologistes, biochimistes, hématologues, spécialistes en imagerie diagnostique et microbiologistes.

Cette coordination a notamment permis de sauver Mme Nguyên Thị Bích Xuân, 42 ans, renvoyée d’un hôpital de Singapour où elle était suivie depuis plusieurs années. Il s'agissait d'un cas très grave de lupus érythémateux, compliqué d'une insuffisance rénale aiguë, d'une insuffisance cardiaque, d'une défaillance multiviscérale, d'un épuisement extrême et d'une pneumonie, ne lui laissant quasiment aucune chance de survie.

Pourtant, Trân Thị Bích Huong, ainsi que toute l'équipe d'élite de l'hôpital Cho Rây, ont réussi à la ramener à la vie. Ayant célébré son troisième Têt depuis son retour de Singapour, Mme Xuân, profondément émue, a évoqué les efforts héroïques de l'équipe médicale : "Je suis infiniment reconnaissante. La Docteure Hương et l’équipe de l’hôpital Cho Rây m’ont offert une seconde chance de vivre. Chaque jour, je me sens chanceuse d’avoir rencontré des médecins à la fois talentueux et humains."

À 64 ans, Trân Thị Bích Huong continue de se consacrer aux cas les plus complexes - ceux que d’autres établissements refusent. Elle s'attache également à former des générations de médecins spécialisés en néphrologie afin de lui succéder. Depuis 2021, elle représente le Vietnam dans un programme de coopération internationale visant à faire de l’hôpital Cho Rây un centre régional de formation de la Société internationale de néphrologie.

"J'espère toujours former davantage d'excellents médecins, faire de l'hôpital Cho Rây un centre de traitement de référence pour que les Vietnamiens n'aient plus besoin de se faire soigner à l'étranger pour une maladie rénale, et même pour soigner des patients étrangers", confie la Mme Huong.

Par le passé, la Professeure agrégée Trân Thị Bích Huong a reçu une formation spécialisée approfondie à l’hôpital Brigham and Women’s, affilié à l’université Harvard (États-Unis), avec la possibilité d’y rester. Mais elle a choisi de rentrer au pays. Aujourd’hui encore, elle ne regrette pas cette décision, car pour elle, servir sa patrie et ses compatriotes prime sur tout.

Texte et photos : Quang Châu/CVN

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