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L’île Bach Long Vi est un symbole de pérennité et de résilience au cœur de l’immensité maritime. Située à 110 km de Hòn Dâu (Hải Phòng) et à 15 milles marins de la ligne de démarcation du golfe du Tonkin entre le Vietnam et la Chine, Bach Long Vi est l’île la plus éloignée du pays dans cette région.
Le district de Bach Long Vi a été officiellement créé le 9 décembre 1992 et placé sous l’administration de la ville de Hải Phòng (Nord), d’aujourd’hui la zone spéciale Bach Long Vi. Situé en première ligne du pays, il joue un rôle crucial en matière d’économie, de défense et de sécurité nationale.
Sur l’île recouverte de roches, au cœur du Golfe du Tonkin, beaucoup appellent Trần Văn Hiên simplement “patriarche” - le vieux chef du village. Ce titre, presque familier, cache pourtant un destin hors du commun : celui d’un homme qui, à 22 ans, est parti servir sur cette île lointaine et y a semé les racines d’une vie entière.
La fougue de la jeunesse
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Originaire de Tiên Hai, dans l’ancienne province de Thai Binh (Hung Yên au Nord d’aujourd’hui), M. Hiên est arrivé à Bach Long Vi en 1992, avec la fougue de la jeunesse et un engagement patriotique. Il se souvient d’une île sauvage : “lorsque j’ai débarqué, il n’y avait que du sable, des pierres, des cactus, pas un arbre vert”. Son plan initial n’était pas fait pour durer : il souhaitait accomplir son service militaire puis repartir chez lui. Mais le destin en a décidé autrement.
En mars 1993, peu après la création du district insulaire, il rejoint l’unité des jeunes volontaires - Thanh niên xung phong (la force de choc des jeunes qui participent à la mise en œuvre des tâches de développement socio-économique, de résolution de l’emploi, d’éducation, de formation et d’entraînement des jeunes), un groupe de 62 membres venus du continent contribuer à bâtir l’île.
Dans des conditions extrêmes - sans électricité, sans eau courante -, ils ont littéralement façonné l’île de leurs mains. “Chaque jour, je portais jusqu’à 90 seaux de matériaux sur le toit, je montais puis redescendais jusqu’à 180 fois”, se souvient-il. Parfois, ils travaillaient jusqu’à deux ou trois heures du matin, pour reconstruire leur habitat.
La vie quotidienne était rude : l’eau douce manquait tellement que M. Hiên et ses camarades se rasaient le crâne pour économiser des gouttes. L’approvisionnement en nourriture était irrégulier ; il se souvient que les ravitaillements ne venaient “qu’une fois tous les trois mois”, ce qui obligeait à inventer des recettes de survie : “on cuisait du riz, puis on y ajoutait de l’eau de nouilles instantanées pour faire une soupe”.
Outre les difficultés matérielles, ils souffraient aussi d’un profond manque sur le plan moral. L’île ne disposait ni de télévision ni de téléphone, mais elle était en revanche exposée à de nombreux dangers. “Parfois, des centaines de bateaux étrangers encerclaient l’île pour intimider”, dit-il. Mais, avec le temps, l’alliance entre les forces armées et les volontaires de la jeunesse est devenue la colonne vertébrale de Bach Long Vi, “des jalons vivants de la souveraineté”, et ont contribué à faire de Bach Long Vi la première “île de la Jeunesse du pays”.
Fonder une vie, donner un visage à l’île
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À un moment où beaucoup auraient pris le chemin du retour, M. Hiên choisit de rester. Il fonde une famille avec Vu Thi Hai Yên - elle aussi volontaire, arrivée parmi les 62 pionniers. Leurs noces furent modestes : les seules voix présentes étaient celles de leurs camarades, la mer et les vagues comme témoins. “Le jour du mariage, il n’y avait que le chant qui rivalisait avec le fracas des vagues”, confie-t-il. Les parents restés sur le continent n’avaient pas pu venir, mais leur absence n’a pas entamé la ferveur collective.
Depuis plus de trente ans, M. Hiên consacre son énergie à l’île de Bach Long Vi. Chef de l’unité des jeunes volontaires de localité, il a participé à de nombreux ouvrages qui ont transformé l’île : routes, écoles, port, pagode, phare et éoliennes.
Parmi les réalisations marquantes figure le mât des Jeunes Volontaires, construit en 1998 pour affirmer la souveraineté nationale. Inauguré en présence de la vice présidente Truong My Hoa, il est devenu un lieu symbolique où chaque visiteur assiste à la cérémonie du drapeau.
Pour M. Hiên, “c’est l’un des ouvrages les plus emblématiques, à la fois témoignage de l’engagement des jeunes volontaires et preuve de l’attention particulière du Parti et de l’État envers la souveraineté maritime. Récemment, le secrétaire général Tô Lâm est venu visiter et travailler sur l’île. C’est un immense honneur et une grande fierté pour l’île des Jeunes Volontaires de Bach Long Vi et pour toutes les générations de volontaires”.
Au-delà des bâtiments, M. Hiên s’est employé à verdir l’île. “Grâce à l’attention du Parti, de l’État, de l’Union de la Jeunesse et aux efforts des jeunes volontaires, l’île de Bach Long Vi s’est transformée jour après jour. Les jeunes volontaires ont planté 68 hectares de nouvelles forêts et protégé plus de 390 hectares existants, apportant une verdure précieuse à l’île, préservant ses rares ressources en eau douce et améliorant l’environnement naturel”, partage-t-il.
Le bilan humain est tout aussi saisissant. Parmi les anciens volontaires, plusieurs générations se sont installées durablement. Plus de cinquante sont passés dans des administrations insulaires locales. Aujourd’hui, la “maison des volontaires” compte près de quarante foyers, et près de cinquante enfants sont nés sur ce petit bout de terre au milieu de la mer.
Mais, pour tout cela, pourquoi M. Hiên reste ? Il tente de répondre simplement : “Je ne sais pas vraiment pourquoi, on me demande encore : +pourquoi tu restes ?+”. “Je n’ai pas de réponse. Peut-être que j’ai fini par considérer cette île comme ma maison”. Ce n’est pas un choix calculé - c’est une intime conviction, le fruit d’un amour profond pour la mer, mais aussi pour la nation.
Son engagement ne passe pas inaperçu. Comme le dit Nguyên Bich Hop, dirigeante de l’équipe des volontaires de la ville de Hai Phong, “M. Hiên a une passion rare pour la mer et un dévouement sans faille”, rappelant combien son parcours est “un gage de responsabilité et de fierté”.
Le portrait de Trân Van Hiên n’est pas seulement celui d’un homme. Il est un symbole - de la jeunesse de la nation, de la responsabilité citoyenne, du sacrifice tranquille et persévérant. Il incarne la fierté de ceux qui font le choix de rester au-delà des tempêtes, pour édifier, préserver et transmettre.
Sur cette île isolée, il est devenu une figure rassurante pour les nouvelles générations. Les jeunes volontaires qu’il a guidés puis formés se sentent à leur tour dépositaire d’un rêve plus grand : faire de Bach Long Vi non seulement un avant-poste stratégique, mais une véritable communauté, à l’image de sa propre vie.
Dan Thanh/CVN


