Nguyên Dang Chê : l’âme des couleurs de Dông Hô

L’“Artisan Émérite” Nguyên Dang Chê consacre sa vie à la sauvegarde des peintures populaires de Dông Hô, dans la province de Bac Ninh (Nord). Par son engagement passionné, il redonne vie à un héritage séculaire récemment inscrit au patrimoine culturel de l’UNESCO.

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Dans la fraîcheur du début de l’hiver à Dông Hô, province de Bac Ninh, un son familier résonne comme le battement de cœur d’un village artisanal ancien. C’est le bruit rythmique du pilon broyant les coquilles de nacre, une mélodie qui accompagne le travail acharné de l’“Artisan Émérite” Nguyên Dang Chê. Au milieu du silence de son atelier, il s’affaire sur des planches gravées, entouré des couleurs de la terre et du ciel, s’efforçant de préserver le souffle d’une forme d’art qui a bien failli tomber dans l’oubli.

Réveil d’un héritage en péril

Ayant grandi au rythme du polissage des couleurs et du maniement des blocs de bois, M. Chê appartient à cette terre de Dông Hô comme s’il en était une partie intégrante. Pourtant, les aléas du temps ont failli briser ce lien. Autrefois éclatantes sur chaque marché de printemps, ces peintures sont devenues rares. Les habitants ont délaissé le métier, les planches gravées ont été abandonnées et les couleurs vibrantes ont commencé à s’effacer des mémoires collectives.

C’est à son retour au village, après de nombreuses années passées à enseigner loin de chez lui, que le choc survient. En voyant les planches gravées dévorées par les termites et le papier de riz couvert de poussière, l’artisan reste pétrifié. Une pensée l’habite alors : si lui aussi abandonne, le métier disparaîtra à jamais. Dès lors, il entame un long voyage pour faire renaître cet artisanat, un périple aussi discret que persistant.

Pour reconstituer ce patrimoine, il a parcouru le village, fouillant les vieux placards et les recoins des cuisines des familles locales à la recherche de souvenirs enfouis. Il a retrouvé des planches intactes, d’autres en morceaux. L’émotion fut immense lorsqu’il a redécouvert la planche de la célèbre œuvre L’enfant embrassant un poulet. En ouvrant les couches de papier, il a constaté que les couleurs étaient restées fraîches et que les traits de gravure étaient aussi souples qu’autrefois. Pour lui, ce n’était pas seulement une image, mais une partie de l’âme du village qui refaisait surface.

L’atelier de l’artisan est un véritable conservatoire des essences naturelles. On y trouve des paniers de nacre blanche comme le sable marin, des fleurs de Sophora jaune vif, des cailloux de cinabre rouge ou des feuilles d’indigo d’un vert profond. Chaque élément est traité avec respect, considéré comme une quintessence de la nature.

Le support de ces œuvres, le papier dó, recouvert d’une couche de poudre de nacre scintillante appelée điêp, constitue l’âme de la peinture. Les pigments, issus de minéraux et de végétaux, offrent une robustesse exceptionnelle. L’artisan explique d’ailleurs que si les peintures conservent leur éclat pendant des siècles, c’est grâce à cette origine naturelle.

Au-delà de la technique, Nguyên Dang Chê accorde une importance capitale au maintien de l’esprit traditionnel. L’objectif n’est pas seulement de produire une belle image, mais de faire résonner les récits des Vietnamiens d’autrefois, afin que chaque œuvre soit ressentie par le cœur et non seulement vue par les yeux.

Une reconnaissance internationale


Pour cet homme de passion, la préservation d’un métier ne peut être l’œuvre d’une seule personne. Elle ne prend tout son sens que lorsque le savoir-faire est transmis à travers les générations. Aujourd’hui, sa plus grande joie réside dans le fait que ses enfants sont devenus ses successeurs. Dans la maison familiale, le bruit du pilon et les conversations se mêlent, créant une atmosphère à la fois chaleureuse et sacrée. Ses enfants manipulent désormais avec la même dextérité que lui le papier et les pigments naturels, assurant ainsi la pérennité du métier.

En avril 2024, la famille a ouvert un espace d’exposition dédié aux peintures de Dông Hô. Conçu comme un cadeau pour la communauté, ce lieu ne poursuit aucun but commercial. En l’espace de deux ans, cet espace est devenu un point de rencontre inattendu. Des écoliers s’y pressent pour observer la préparation de la nacre, des étudiants s’intéressent aux techniques d’impression et des touristes étrangers s’émerveillent devant ces couleurs rustiques. Ce regain d’intérêt fait sourire l’artisan : l’estampe de Dông Hô n’a jamais été oubliée.

Les efforts de la famille Nguyên Dang Chê s’inscrivent dans une dynamique nationale et internationale de sauvegarde. Ngô Hông Thuy, directrice du Centre culturel et sportif du quartier de Thuân Thành, souligne que cette contribution est essentielle pour faire rayonner les valeurs culturelles de la nation.

Le 9 décembre 2025, lors de la 20e session du Comité intergouvernemental de l’UNESCO à New Delhi, en Inde, le métier de la peinture populaire de Dông Hô a été officiellement inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Cette décision, marque une étape historique dans la reconnaissance de cet art.

Parallèlement, la promotion de cet art se poursuit à travers des événements majeurs, tels que l’exposition célébrant les 80 ans du voyage vers l’indépendance ou le programme “Quintessence de la culture de Bac Ninh - Couleurs de Dông Hô”, organisé à Hanoï en mars dernier.

Malgré cette renommée croissante, l’essentiel reste inchangé dans la petite maison au bord de la rivière Duông. Le pilon continue de battre la nacre régulièrement. Grâce à des figures comme Nguyên Dang Chê, les couleurs de Dông Hô, continuent de briller sur le papier dó, racontant l’histoire de la culture vietnamienne d’hier à aujourd’hui.

Dan Thanh/CVN

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