Recherche des martyrs : l’expérience de Lê Thi Riêng appelée à être généralisée

En combinant archives historiques, témoignages et objets retrouvés avec des méthodes scientifiques et technologiques, les opérations de recherche, d’exhumation et d’identification des dépouilles de soldats tombés au combat au parc Lê Thi Riêng permettent d’élaborer une méthodologie susceptible d’être étudiée et appliquée à d’autres sites de fosses communes où les informations disponibles sont insuffisantes.

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Les autorités recherchent et récupèrent les restes de soldats tombés au combat dans le secteur du parc Lê Thi Riêng. 
Photos : VNA/CVN

Croiser les sources pour mieux rechercher

Selon le Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville, dans le cadre de la campagne des "500 jours et nuits", les équipes de recherche ont découvert et exhumé, entre le 23 juin et le 14 août, les dépouilles de 321 soldats, dont 182 étaient accompagnées d’objets personnels, au parc Lê Thi Riêng.

Parmi ces dépouilles, 288 ont été retrouvées individuellement, tandis que 33 provenaient de huit fosses communes situées dans les zones A et B.

Le général de division Nguyên Thành Trung, commissaire politique du Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville, a indiqué que, sur la base de photographies fournies par l’agence AP, les autorités avaient initialement identifié trois tranchées funéraires. Des recherches ont depuis été menées sur deux d’entre elles. Concernant la troisième, les relevés ont révélé que son emplacement réel différait de l’estimation initiale, nécessitant de nouvelles recherches pour localiser précisément le site.

Quant aux quatrième et cinquième tranchées, la ville poursuit la vérification des informations fournies par des témoins. Toutefois, malgré l’utilisation de géoradars et de méthodes de résistivité électrique, ces deux tranchées n’ont pas encore pu être localisées sur la base des témoignages recueillis.

Cette situation démontre que, pour des sites de fosses communes datant de plusieurs décennies, il est impossible de se fier à une source d’information unique ou à une méthode isolée. Les témoignages doivent être recoupés avec les archives historiques, tandis que les indices souterrains doivent être vérifiés par des relevés de terrain. Les objets retrouvés doivent également être replacés dans leur contexte et confrontés aux rapports d’opérations, à l’historique des unités et aux parcours des combattants présents dans la zone.

Selon le général de division Nguyên Thành Trung, lors de l’examen des sites susceptibles d’abriter des fosses communes, les autorités ont intégré diverses sources d’information : rapports de combat, historiques des unités, listes de soldats tombés au combat, cartes, imagerie aérienne, témoignages et résultats des relevés de terrain.

Hô Chi Minh-Ville a également mis en place un comité de recherche spécialisé, mobilisant des chercheurs et des scientifiques et affectant du personnel au traitement des dossiers individuels. Les sites sont évalués en fonction de la fiabilité des informations disponibles afin de définir les priorités de recherche, conformément au principe consistant à "ne progresser qu’à mesure que les informations sont vérifiées".

Recherche et identification, un même processus

L'identification des restes des martyrs est au centre des priorités. 
Photos : VNA/CVN

L’un des principaux enseignements de l’opération menée au parc Lê Thi Riêng est que les recherches et les exhumations doivent être immédiatement associées à l’identification des soldats tombés au combat et au rétablissement de leur identité.

Le général de division Nguyên Thành Trung a souligné qu’à la découverte de restes humains, les autorités doivent impérativement sécuriser les objets retrouvés et prélever des échantillons biologiques destinés aux analyses ADN. Parallèlement, elles doivent croiser les listes de soldats tombés au combat des unités ayant opéré dans la zone et rechercher activement leurs proches afin d’obtenir des échantillons de référence. Toutefois, l’ADN ne constitue pas l’unique fondement de l’identification.

Lorsque les échantillons d’ADN sont trop dégradés pour être analysés, les objets découverts aux côtés des restes - qu’il s’agisse d’effets personnels ou d’autres traces matérielles - peuvent fournir des informations cruciales pour la vérification, dès lors qu’ils sont recoupés avec les archives, les témoignages et toute autre documentation pertinente.

Le cas du soldat Huynh Van Quên illustre l’intérêt de croiser les archives avec les éléments matériels. En synthétisant et en comparant les informations provenant de la famille, des dossiers militaires et d’autres sources, des données fragmentaires peuvent constituer une base solide pour l’identification.

Pour les membres de la Force d’action spéciale de Saïgon (Biêt đông Sài Gon), ce processus est particulièrement complexe en raison de la nature de leurs opérations, caractérisées par le secret, des chaînes de communication cloisonnées ainsi que l’usage de pseudonymes et de matricules codés. De nombreux officiers et soldats ne portaient sur eux ni pièce d’identité ni information concernant leurs proches lorsqu’ils étaient en mission.

Par conséquent, les archives militaires, les témoignages oculaires et les documents historiques constituent des éléments de preuve complémentaires essentiels au processus de vérification.

La technologie pour affiner les recherches

Chaque identification réussie n’est pas seulement une réussite scientifique, mais aussi un geste de reconnaissance envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour la Patrie. 
Photos : VNA/CVN

Les sciences et les technologies sont également mises à contribution pour soutenir les opérations de recherche. Au parc Lê Thi Riêng, des méthodes de géoradar et de résistivité électrique ont été déployées pour sonder le terrain et identifier d’éventuelles anomalies souterraines.

Toutefois, la technologie ne remplace ni les archives historiques ni les témoignages. Son rôle consiste à vérifier les informations recueillies, à réduire la zone de recherche et à aider à localiser les sites d’intérêt avant d’entreprendre les fouilles exploratoires.

Le général de division Nguyên Thành Trung a indiqué que le Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville avait collaboré avec l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville pour élaborer un projet scientifique consacré à l’application des technologies à la recherche et au rapatriement des restes de martyrs, en s’appuyant sur les enseignements pratiques tirés de l’expérience menée au parc Lê Thi Riêng.

Le général de division Nguyên Thành Trung, commissaire politique du Commandement militaire de Hô Chi Minh-Ville, sur le site de recherche et d’exhumation des restes de martyrs au parc Lê Thi Riêng.
Photo : VNA/CVN

L’objectif est d’étudier et d’affiner les méthodes de recherche modernes, tout en constituant progressivement une base de données numérisée utilisable à long terme, afin d’améliorer l’efficacité des opérations de recherche, de récupération et d’identification.

Sur la base de l’expérience acquise sur le terrain, le général de division Nguyên Thành Trung a dégagé plusieurs premiers enseignements : le croisement coordonné de sources archivistiques nationales et étrangères, l’exploitation des informations fournies par les témoins historiques, le recours aux sciences et aux technologies, ainsi que la combinaison de différentes méthodes de prospection géophysique pour localiser les sites d’inhumation présumés.

Il estime qu’une fois cette approche pleinement affinée et évaluée, elle pourrait servir de modèle à d’autres localités dans leurs propres opérations de recherche et de récupération des restes de martyrs.

L’expérience de Lê Thi Riêng appelée à faire école

L’expérience de Lê Thi Riêng appelée à faire école.
Photos : VNA/CVN

Forte de l’expérience acquise au parc Lê Thi Riêng, Hô Chi Minh-Ville examine et étudie actuellement 12 sites situés sur son territoire, soupçonnés d’abriter des fosses communes de martyrs.

Chaque site fait l’objet d’une évaluation fondée sur le croisement de documents historiques, de schémas, de cartes, d’images aériennes, de témoignages et de résultats de relevés. Ces sites sont analysés en fonction de la fiabilité des informations disponibles, de la probabilité de présence de restes, du nombre estimé de personnes inhumées et de la faisabilité des opérations de recherche, afin de déterminer les niveaux de priorité.

Les sites disposant d’éléments suffisamment probants feront l’objet de fouilles exploratoires, selon le principe consistant à "n’avancer qu’à mesure que les informations sont vérifiées". La ville poursuit également sa collaboration avec des scientifiques, des services d’archives ainsi qu’avec des partenaires nationaux et internationaux afin de combler les lacunes en matière d’information. Cette mission ne se limite pas à la collecte de documents supplémentaires : elle implique également leur exploitation, leur recoupement et leur analyse afin d’étayer les dossiers spécifiques.

Cette exigence s’applique également à l’effort plus large de recherche et de récupération des restes de martyrs. Alors que le volume d’informations augmente tout en restant fragmenté, la constitution des dossiers, la normalisation des données et le recoupement des sources sont devenus des tâches tout aussi cruciales que les recherches proprement dites sur le terrain.

Sur le site de recherche et d’exhumation des restes de martyrs au parc Lê Thi Riêng. 
Photos : VNA/CVN

Lors de la réunion du 13 août consacrée aux missions clés du Comité directeur national pour la recherche, la récupération et l’identification des restes de martyrs, la vice-Première ministre Pham Thi Thanh Trà a vivement salué les résultats obtenus au parc Lê Thi Riêng. Dans le même temps, elle a demandé à Hô Chi Minh-Ville de poursuivre ses opérations avec prudence, constance, minutie, rigueur et efficacité.

D’ici au 30 août, la ville devra achever l’évaluation de la première phase, en précisant les résultats obtenus, les atouts, les difficultés, les enseignements tirés ainsi que les tâches prioritaires pour la phase suivante.

Il convient tout particulièrement d’évaluer les résultats obtenus au parc Lê Thi Riêng afin qu’ils puissent servir de modèle et de référence méthodologique pour d’autres sites de fosses communes où les informations disponibles sont insuffisantes.

Cela montre que la valeur du projet mené au parc Lê Thi Riêng ne réside pas uniquement dans le nombre de restes localisés et exhumés, mais aussi dans la capacité à transformer l’expérience acquise sur un site précis en un processus reproductible.

La vice-Première ministre Pham Thi Thanh Trà préside, le 13 août, une réunion consacrée aux missions clés du Comité directeur national pour la recherche, la récupération et l’identification des restes de martyrs. 
Photo : Thu Giang/CVN

Ce processus comprend plusieurs étapes étroitement liées : la collecte et la vérification des informations ; la constitution et l’enrichissement des dossiers ; la prospection scientifique et technologique ; l’organisation des recherches exploratoires et des opérations d’exhumation ; la préservation des restes et des objets retrouvés ; ainsi que le prélèvement d’échantillons biologiques et la vérification de l’identité.

Mobiliser tous les efforts pour ramener les héros martyrs auprès de leurs familles et de leur terre natale.

Les enseignements tirés du projet mené au parc Lê Thi Riêng constitueront une base essentielle pour la campagne des "500 jours et nuits", permettant d’affiner la méthodologie, de normaliser les procédures et d’étendre les recherches à d’autres sites de fosses communes où les informations disponibles sont insuffisantes.

Nguyên Tùng/CVN

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