>> Coopération avec les entreprises américaines dans les technologies stratégiques
>> La diplomatie scientifique et technologique au service du développement national
>> Le Vietnam lance un programme national consacré aux technologies stratégiques
>> Mobiliser l’intelligence de la diaspora vietnamienne
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| Session sur la diplomatie scientifique et technologique, le 5 août à Hanoï. |
| Photo: VNA/CVN |
La diplomatie vietnamienne doit désormais élargir son champ d’action. Pour plusieurs ambassadeurs et chefs de représentations vietnamiennes à l’étranger, rencontrés en marge de la 33e Conférence diplomatique, le pays doit parvenir à maîtriser les technologies fondamentales et les technologies de base, plutôt que de se limiter à leur réception ou à leur transfert.
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Depuis plusieurs années, l’expression "accueillir les aigles" résume la volonté du Vietnam d’attirer les grandes multinationales. Mais dans le domaine technologique, accueillir les grands groupes ne constitue qu’une première étape.
La véritable question est désormais de savoir s’ils vont s’implanter durablement, entraîner avec eux leurs chaînes d’approvisionnement, créer des emplois hautement qualifiés et surtout permettre aux entreprises vietnamiennes d’apprendre à prendre part aux segments les plus sophistiqués de la chaîne de valeur.
Il ne suffit donc plus de "préparer le nid pour accueillir les aigles". Il faut aussi apprendre à "voler avec eux".
Cette évolution exige une préparation beaucoup plus active du pays. Une collectivité souhaitant développer un centre consacré aux semi-conducteurs doit ainsi s’interroger non seulement sur le partenaire à rechercher, mais aussi sur sa propre capacité à accueillir un tel projet.
De même, une université qui souhaite former des ingénieurs spécialisés dans l’intelligence artificielle doit examiner ses programmes d’enseignement, ses experts et ses laboratoires. Une entreprise vietnamienne désireuse d’intégrer une chaîne d’approvisionnement de haute technologie doit, au-delà de ses capacités actuelles, déterminer quel peut être son véritable avantage compétitif.
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Lors de la session consacrée à la "diplomatie scientifique et technologique contribuant à la création des capacités de développement national", le 5 août, le ministre de la Police, Luong Tam Quang, vice-président permanent du Comité directeur central pour le développement de la science, de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique, a insisté sur la nécessité de considérer la diplomatie scientifique et technologique comme une responsabilité de l’ensemble du système politique.
Il a appelé à faire évoluer la conception de cette diplomatie dans la nouvelle période, en passant d’une logique consistant à rechercher des financements et des aides à une approche fondée sur une coopération mutuellement bénéfique entre le Vietnam et ses partenaires.
Cette approche doit également permettre d’identifier avec souplesse et réactivité les domaines dans lesquels le Vietnam est le mieux placé pour faire valoir ses capacités.
Pour Luong Tam Quang, la priorité doit progressivement passer de l’attraction des capitaux à celle des talents et des technologies. Les engagements et accords conclus au plus haut niveau doivent être accompagnés de plans de mise en œuvre concrets, avec des résultats et des produits clairement définis.
Les représentations vietnamiennes à l’étranger sont, dans ce cadre, appelées à développer des réseaux associant partenaires technologiques, instituts de recherche, universités, entreprises et experts. Elles doivent également constituer des bases de données recensant les spécialistes de premier plan dans les secteurs technologiques stratégiques.
Il s’agit notamment de dresser une véritable cartographie des opportunités dans chaque pays ou territoire : grands groupes, fonds d’investissement, instituts de recherche et universités de premier plan susceptibles d’offrir des possibilités de coopération.
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Cette nouvelle orientation suppose aussi de renforcer les mécanismes de coordination et de commande entre les représentations vietnamiennes à l’étranger et les ministères, administrations, collectivités et organisations du pays.
Car l’opportunité extérieure ne peut devenir une ressource nationale que si le Vietnam est prêt à la recevoir.
Les ministères, collectivités et entreprises doivent donc préparer en amont leurs projets, leurs mécanismes de coopération, leurs terrains, leurs ressources humaines et les autres conditions nécessaires à l’accueil des partenaires étrangers. Dans le même temps, ils doivent pouvoir formuler leurs propres demandes auprès des représentations vietnamiennes à l’étranger.
Le travail diplomatique ne consiste ainsi plus seulement à rechercher des investisseurs. Il faut également savoir lire la carte technologique mondiale : identifier les laboratoires à la pointe de leur domaine, les groupes qui réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement, les universités disposant de compétences particulières et les politiques locales susceptibles d’ouvrir de nouvelles possibilités de coopération.
Le cas de Singapour illustre cette évolution. Le marché vietnamien est depuis longtemps connu des investisseurs de la cité-État. Il continue néanmoins de susciter un intérêt croissant auprès des entreprises technologiques singapouriennes. Parmi les facteurs mis en avant figurent l’abondance des ressources humaines, la richesse des ressources naturelles et, surtout, la clarté croissante des orientations et des politiques de développement du Vietnam.
Selon Trân Phuoc Anh, ambassadeur du Vietnam à Singapour, certaines entreprises prennent elles-mêmes contact avec l’ambassade afin de solliciter son rôle de mise en relation.
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| Le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, visite le modèle d’usine pour les technologies de production avancées de Singapour, le 30 mai. |
| Photo : VNA/CVN |
Il cite notamment le cas d’une entreprise américaine spécialisée dans la fabrication de composants destinés à de grands groupes technologiques mondiaux. L’entreprise prépare actuellement la construction d’une usine au Vietnam.
Au cours de la préparation de son projet, elle s’est tournée vers l’ambassade du Vietnam, qui l’a ensuite mise en relation avec Hô Chi Minh-Ville. Elle travaille actuellement avec les autorités de la ville afin de finaliser les démarches nécessaires. L’entreprise souhaite construire et mettre son usine en activité à partir de 2027 pour répondre aux exigences de ses clients.
Singapour offre également au Vietnam des modèles susceptibles d’être étudiés. L’ambassade vietnamienne a ainsi élaboré un rapport sur les activités de l’Agence pour la science, la technologie et la recherche de Singapour, A*STAR, considérée comme un modèle permettant de transformer rapidement une idée en produit.
Le modèle repose sur une première étape de recherche technologique fondamentale, suivie de l’implication des instituts de recherche et des entreprises. Des centres de R&D sont installés sur place avant le passage à la commercialisation des produits.
Lors de sa visite d’État à Singapour en mai, le secrétaire général du Parti et président de la République Tô Lâm s’est rendu dans la Model Factory d’A*STAR, consacrée aux technologies de fabrication avancée.
La partie vietnamienne a également échangé avec A*STAR sur la possibilité d’étudier la création, au Vietnam, d’un centre de recherche avancée similaire.
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Avec le Japon, puissance scientifique et technologique majeure, les formes de coopération entre entreprises évoluent également.
Les entreprises vietnamiennes ne se limitent plus à recevoir des technologies. Elles commencent aussi à fournir des services et à développer des solutions directement sur le marché japonais.
Des entreprises telles que FPT, Sumitomo ou SPI Holding développent ainsi des services et des solutions au Japon. Cette évolution montre que les entreprises vietnamiennes commencent progressivement à passer de la sous-traitance logicielle à la conception et au développement de leurs propres produits.
Pour accroître l’efficacité de la coopération, l’objectif est désormais de privilégier certains projets concrets et de concentrer les ressources afin de permettre aux entreprises, universités et instituts de recherche vietnamiens de travailler ensemble au développement de produits et à leur mise sur le marché.
Le Vietnam dispose par ailleurs d’un atout important : sa communauté mondiale de scientifiques, d’ingénieurs, d’intellectuels et d’entrepreneurs vietnamiens.
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Ces compétences sont présentes dans des laboratoires, des universités, des groupes technologiques, des fonds d’investissement et des centres d’innovation de nombreux pays développés.
L’entreprise américaine évoquée par l’ambassadeur Trân Phuoc Anh est elle-même dirigée par un Vietnamien de l’étranger. Son cas illustre l’intérêt que portent certains entrepreneurs et intellectuels vietnamiens à leur pays d’origine.
Ils peuvent apporter non seulement des technologies et une expérience de gestion, mais aussi une volonté de contribuer et d’investir à nouveau au Vietnam.
À Singapour, plusieurs intellectuels vietnamiens sont déjà revenus contribuer au développement du pays. Selon Trân Phuoc Anh, plusieurs centaines de Vietnamiens travaillent actuellement à A*STAR et dans les grandes universités singapouriennes.
Pour mobiliser davantage cette ressource, une rémunération attractive ne suffit pas. Il faut également créer un environnement professionnel permettant à ces experts de percevoir la valeur de leur contribution à leur pays d’origine.
La simplification des procédures relatives aux visas et aux permis de travail constitue également une mesure concrète pour leur montrer que le Vietnam souhaite les accueillir.
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La diplomatie scientifique et technologique vietnamienne se trouve ainsi face à une nouvelle exigence : ne plus considérer la technologie comme un simple produit à recevoir ou à transférer, mais comme une capacité à construire.
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Attirer les grands groupes reste important. Mais l’enjeu va désormais plus loin : créer les conditions permettant aux entreprises, aux universités, aux instituts de recherche et aux experts vietnamiens de travailler avec eux, d’apprendre à leurs côtés et de progresser vers des activités à plus forte valeur ajoutée.
Le défi de la diplomatie technologique n’est donc plus seulement de "préparer le nid pour les aigles". Il est d’aider le Vietnam à apprendre à "voler avec les aigles".
Thao Nguyên/CVN












