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Sous le toit incurvé d’un thủy đình (pavillon traditionnel installé sur l’eau), les tambours et les claquements de bois donnent le signal. Les figurines apparaissent, disparaissent et se déplacent à la surface de l’eau. Apparue dans l’espace culturel des villages, cette forme de théâtre est intimement liée à la riziculture et à la vie des agriculteurs du Nord du Vietnam.
Le spectacle puise d’abord dans le quotidien. Les scènes évoquent les travaux des champs, la pêche, le pilage du riz, l’élevage des canards, le tissage, ainsi que les jeux et les fêtes villageoises. Courses de bateaux, combats de buffles, luttes, danses du lion et du dragon figurent également parmi les nombreux numéros.
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À ces scènes de la vie ordinaire s’ajoutent des récits historiques, des croyances et des personnages issus de la vie spirituelle. Les marionnettes donnent notamment vie aux immortels, aux quatre animaux sacrés - dragon, licorne, tortue et phénix -, ainsi qu’à des héros nationaux.
Cette diversité fait de chaque spectacle un véritable tableau de la vie rurale, de ses pratiques et de ses aspirations. Le vocabulaire scénique reste proche du quotidien, mêlant proverbes, chants populaires, musique, danse, humour et personnages comiques.
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Le thủy đình constitue lui-même une composante essentielle de cet univers. Dans les villages, un simple étang pouvait se transformer en scène. Les artistes se plaçaient dans l’eau, derrière un rideau, tandis que le public s’installait autour du bassin.
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Derrière ces personnages colorés se cache un savoir-faire artisanal long et minutieux. Les marionnettes sont traditionnellement sculptées dans du bois de figuier. Selon l’artisan Nguyên Van Phi, spécialiste de leur fabrication au village de Đào Thuc, en banlieue de Hanoï, ce bois présente deux avantages : il est léger et résiste à l’eau, permettant aux figurines de rester longtemps immergées. Le mot “sung” (figuier) possède une valeur symbolique : les anciens y associaient le souhait d’une vie prospère et abondante.
Une marionnette se compose de plusieurs parties du corps, ainsi que d’articulations et de mécanismes permettant ses mouvements. Les personnages portent des costumes recouverts de laque traditionnelle vietnamienne. Leur apparence répond à des conventions esthétiques héritées du passé : visage ovale et taille fine pour les personnages féminins, visage carré pour les personnages masculins, avec des détails comme les dents noircies.
Les figurines mesurent généralement entre 30 et 70 cm. Pourtant, aucune ne ressemble exactement à une autre. Le créateur peut modifier certains détails selon le scénario, le lieu de représentation ou le public. “Il n’existe pas de concept de marionnette ratée, rien n’est jeté. Chaque marionnette, chaque personnage possède une âme”, explique Nguyên Van Phi, également responsable de l’atelier de fabrication des marionnettes sur l’eau de Đào Thuc.
La fabrication d’un ensemble de seize numéros demande généralement quatre à cinq mois, sans compter les périodes de séchage, plus longues lorsque le temps est humide. Avant de façonner la figurine, l’artisan doit étudier le scénario et définir le caractère du personnage, sa silhouette, sa taille et son mode de mouvement.
Sur scène, le mouvement repose essentiellement sur le travail manuel. Quôc Vu précise : “Les marionnettes sur l’eau sont entièrement manipulées à la main par les artistes, sans l’aide de machines”. Quelques éléments peuvent toutefois bénéficier d’un soutien mécanique rudimentaire pour certaines scènes particulières.
La musique complète ce travail. Tambours, claquements de bois, flûtes, cors, chants et effets de pétards accompagnent les mouvements des personnages. Artistes et musiciens doivent coordonner leurs rythmes avec précision pour assurer la continuité de la représentation.
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La virtuosité visible sur scène repose sur un entraînement exigeant. Les artistes doivent maîtriser le chant, la danse et le théâtre avant de transposer ces compétences à la manipulation des marionnettes. Ils doivent mobiliser pleinement leurs capacités pour maîtriser le rythme, l’espace et la précision des mouvements.
L’eau ajoute une difficulté physique supplémentaire. Le poids des figurines et la résistance de l’eau compliquent les gestes. En hiver, les artistes peuvent rester plusieurs heures dans une eau froide. Lors de tournées à l’étranger, lorsque les températures descendent très bas, ils utilisent des protections thermiques, des vêtements imperméables et plusieurs paires de chaussettes. Dans certaines situations, ils vont jusqu’à boire de l’eau de poisson fermentée pour se réchauffer.
Ce savoir-faire repose avant tout sur la transmission directe. Le texte source souligne que certaines techniques relèvent d’une forme de “secret professionnel”, transmis d’une génération à l’autre et difficile à consigner dans les livres. Chaque région peut ainsi conserver ses propres gestes et ses caractéristiques.
Aujourd’hui, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à préserver les marionnettes ou les spectacles. Il concerne aussi la transmission des connaissances, des techniques et du sens culturel de cette pratique aux jeunes générations. L’ouverture internationale a permis aux marionnettes sur l’eau de quitter les étangs des villages pour se produire au Vietnam, en Asie et en Europe. Il s’agit ainsi de préserver une pratique qui, au fil des siècles, a conservé ce que le texte source décrit comme “l’âme des rizières vietnamiennes”.
DAN THANH - HAO NGUYEN/CVN









