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Le hát tuồng s’est imposé comme une forme de théâtre classique particulièrement prisée du public, sous l’appellation de hát bội. Né au XIIIe siècle, sous la dynastie des Trần, cet art de scène était à l’origine un théâtre de cour, réservé aux palais royaux et aux résidences des princes.
L’âge d’or du hát bội se situe sous le règne du roi Tự Đức (1848-1883). À l’époque, souverains, mandarins, élites et public populaire appréciaient tout particulièrement cette forme de tuồng fondée sur un jeu très codifié du corps et du geste. Le roi Tự Đức lui-même aurait composé plusieurs pièces et joué aux côtés de lettrés renommés. Avant sa mort, il fit même construire un théâtre dans son complexe funéraire. Son successeur, Thành Thái, était lui aussi un fervent amateur de hát bội, au point de monter sur scène à l’occasion.
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| Photos : VNA/CVN |
L’art du hát bội atteignit son apogée grâce à Đào Tấn (1845-1907), grande figure du théâtre classique vietnamien, auquel on attribue en grande partie la survie de cette tradition jusqu’à nos jours. Plus cet art descendait vers le Centre, plus il s’enracinait dans la culture populaire, en se dotant de traits distinctifs : davantage d’ouverture, de vigueur, de couleur et de gaieté. Connu également sous les noms de hát bội ou tuồng ancien, cet art est aujourd’hui considéré comme l’un des patrimoines culturels les plus originaux du Vietnam.
Le hát bội repose sur un style dramatique où le chant se mêle au mouvement. Les acteurs chantent, dansent, se déplacent sur scène et recourent à un langage gestuel hautement symbolique, souvent à l’aide d’accessoires. Un simple fouet ou un balai orné de bandes de tissu multicolores suffit, par exemple, à évoquer un cheval monté. Un général portant dans le dos des étendards de guerre incarne, quant à lui, le commandement de dizaines de milliers de soldats.
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| Le "hát bội" repose sur un style dramatique où le chant se mêle au mouvement. |
| Photos : VNA/CVN |
À la différence du cải lương (théâtre classique rénové) ou des variétés musicales, le hát bội conserve un souffle profondément traditionnel. Il demeure étroitement lié aux rites communautaires, notamment aux cérémonies organisées dans les maisons communales et les sanctuaires, où il représente un bien spirituel essentiel. Bien qu’il n’occupe plus la place dominante d’autrefois, cet art scénique continue, à l’ère contemporaine, d’occuper une place durable dans la vie culturelle.
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Considéré comme l’une des formes les plus anciennes du théâtre classique vietnamien, le hát bội se caractérise par un très haut degré de stylisation et de symbolisme. Son langage est dense, allusif et fortement imprégné de philosophie morale. Chaque pas, chaque geste du bras, chaque doigt pointé vers le ciel ou vers la terre répond à des règles strictes et renvoie à une signification précise. L’originalité du hát bội se lit aussi bien dans la construction des intrigues que dans les gestes, le chant, le texte et les costumes.
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Le maquillage scénique obéit lui aussi à des codes rigoureux. Les artistes doivent faire apparaître, à travers les couleurs et les traits du visage, la personnalité du personnage incarné : roi, général valeureux, ministre loyal, traître ou courtisan flatteur. De même, les couleurs des costumes tels que rouge, jaune, noir ou blanc signalent le tempérament moral du rôle, qu’il s’agisse d’un personnage vertueux ou d’un rôle plus sombre.
Les pièces de hát bội puisent le plus souvent dans les récits anciens et poursuivent une visée éducative. Elles exaltent les figures héroïques, célèbrent les vertus de bienveillance, justice, bienséance, sagesse et fidélité, et rappellent les principes moraux fondamentaux. Le dénouement est presque toujours heureux et porteur d’un enseignement : “Le bien attire le bien, le mal appelle le mal, et chacun récolte ce qu’il a semé”.
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Les troupes interprétaient fréquemment des pièces inspirées d’histoires légendaires ou de l’histoire vietnamienne, telles que Kim Thạch kỳ duyên (L’admirable alliance de Kim et Thạch) de Bùi Hữu Nghĩa, Thạch Sanh - Lý Thông ou encore Linh Sơn Thánh Mẫu (La légende de la montagne de Bà Đen). Véritable joyau précieux du tuồng classique vietnamien, le hát bội appelle aujourd’hui des efforts accrus de sauvegarde et de valorisation pour éviter qu’il ne s’efface avec le temps. Mais la difficulté ne réside pas seulement dans le manque de scènes où se produire : elle tient aussi à l’insuffisance de relève et au fait que cet art devient, peu à peu, étranger à une partie de la jeunesse.
Phuong Nga/CVN







