Faire de la culture un levier du développement

À l’occasion du 50ᵉ anniversaire de l’adhésion du Vietnam à l’UNESCO, Jonathan Wallace Baker, représentant en chef de l’Organisation dans le pays, livre au Courrier du Vietnam son analyse de la stratégie culturelle nationale et des grands axes de la coopération bilatérale.

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Photo : Yến Vy/CVN

L’année 2026 marque le 50ᵉ anniversaire de l’adhésion du Vietnam à l’UNESCO (1976-2026). Pourriez-vous nous présenter les activités phares organisées par le Bureau de l’UNESCO avec ses partenaires vietnamiens pour célébrer ce jalon important ?

En cinq décennies, la coopération entre le Vietnam et l’UNESCO n’a cessé de se renforcer, tant en ampleur qu’en profondeur, dans les domaines de l’éducation, de la science, de la culture, ainsi que de l’information et de la communication. Le pays est devenu un acteur de plus en plus engagé au sein des programmes, des réseaux et de la coopération multilatérale de l’Organisation. Cet anniversaire est donc à la fois l’occasion de dresser le bilan d’un partenariat riche en réalisations et de se tourner vers l’avenir.

Parmi les temps forts de l’année figure le Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité, organisé du 27 septembre au 1ᵉʳ octobre à Hanoï et dans la province de Ninh Binh (Nord). L’événement a réuni quelque 250 délégués, experts et consultants, qui ont échangé sur les expériences régionales afin de nourrir la réflexion internationale sur ce thème au sein du système du patrimoine mondial.

L’identité visuelle officielle du 50ᵉ anniversaire a également été dévoilée et accompagne l’ensemble des activités commémoratives.

L’UNESCO a par ailleurs participé, en qualité d’invitée d’honneur, au Festival culturel mondial de Hanoï, tenu du 1ᵉʳ au 4 octobre 2026. Cette présence a permis de mettre en lumière un demi-siècle de coopération entre le Vietnam et l’Organisation dans tous ses domaines de compétence. D’autres manifestations sont en préparation avec nos partenaires vietnamiens et seront annoncées prochainement.

Le Vietnam témoigne d’un engagement fort pour le développement culturel, à travers la Résolution N°80 du Politburo du Parti et l’initiative “Décennie internationale de la culture au service du développement durable”, récemment adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies. Selon vous, comment le Mémorandum d’accord Vietnam - UNESCO pour la période 2026‑2030 pourrait-il soutenir le pays dans ce domaine ?

Ce mémorandum est en cours d’élaboration par les deux parties. À ce stade, je perçois sa valeur principale dans sa capacité à offrir une plateforme fédératrice permettant de relier les priorités de développement du Vietnam aux normes internationales, à l’expertise et aux réseaux de l’UNESCO, tout en traduisant les orientations politiques en actions concrètes. Il arrive à point nommé : le Vietnam fait avancer l’application de la Résolution N°80, et la communauté internationale amorce les préparatifs de la Décennie internationale de la culture au service du développement durable (2027-2036).

M. Baker et Lê Thi Hông Vân, secrétaire générale de la Commission nationale du Vietnam pour l’UNESCO, ont lancé l’identité visuelle officielle des 50 ans du partenariat Vietnam - UNESCO, le 22 septembre à Hanoï. 
Photo : VNA/CVN

Un volet essentiel réside dans le renforcement continu de la gestion et de la sauvegarde du patrimoine. L’UNESCO peut poursuivre son accompagnement du pays afin de consolider les capacités institutionnelles et les cadres existants, et d’appliquer les normes, guides et outils internationaux pertinents, y compris l’Évaluation de l’impact sur le patrimoine (Heritage Impact Assessment). Cet enjeu gagne en importance à mesure que les sites patrimoniaux font face aux pressions accrues du changement climatique, des catastrophes naturelles et de nouveaux défis. L’approche de l’UNESCO vise à garantir que la conservation du patrimoine aille de pair avec la participation des communautés et contribue au développement local durable.

Un autre domaine stratégique concerne la culture et les industries créatives. Grâce au soutien aux politiques, au renforcement des capacités, aux technologies numériques et à des dispositifs tels que le Réseau des villes créatives de l’UNESCO, notre coopération peut ouvrir de nouvelles perspectives aux acteurs culturels, aux entreprises créatives, aux jeunes et aux femmes. L’expérience du complexe paysager de Tràng An (Ninh Binh) illustre parfaitement la manière dont la conservation du patrimoine peut s’articuler avec les moyens de subsistance des habitants, les services touristiques et les petites entreprises culturelles locales, tout en maintenant la protection de ses valeurs au cœur des priorités.

De façon plus générale, ce mémorandum devrait favoriser des liens plus étroits entre l’action nationale et la coopération multilatérale. Le Vietnam a joué un rôle moteur pour que la Décennie passe d’une initiative nationale à un engagement mondial. La prochaine étape consiste à traduire cet engagement en programmes, partenariats et résultats mesurables. En tant qu’organisme chef de file pour la mise en œuvre de la Décennie au sein du système des Nations unies, l’UNESCO travaillera de concert avec les États membres, dont le Vietnam, ainsi qu’avec d’autres partenaires, pour en élaborer le plan d’action.


Photos : VNA/CVN

Comment évaluez-vous le rôle de la transformation numérique dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel au Vietnam aujourd’hui, notamment à travers les efforts déployés et les modèles concrets mis en œuvre à Hanoï  ?

L’UNESCO considère les technologies numériques comme un levier d’importance croissante pour la préservation de l’héritage culturel et son accessibilité au plus grand nombre. Bien utilisées, elles peuvent appuyer la documentation, la recherche et la gestion, tout en ouvrant de nouvelles voies d’interaction entre le public et ce legs. Pour le patrimoine culturel immatériel en particulier, elles permettent de recenser les savoirs, les langues, la mémoire collective, les rituels et les pratiques culturelles qui se transmettent habituellement de génération en génération.

Cependant, la numérisation ne constitue pas une fin en soi et ne saurait remplacer la transmission vivante au sein des communautés. Le patrimoine immatériel est constamment recréé par celles-ci et évolue au fil du temps. Les archives numériques doivent donc soutenir ce processus vivant plutôt que de le figer à un moment précis. Les communautés doivent demeurer pleinement associées aux décisions concernant la manière dont leur patrimoine est documenté, conservé, interprété et diffusé.

À Hanoï, des exemples montrent déjà cette évolution. Dans le secteur central de la Cité impériale de Thang Long-Hanoï, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, ces outils sont mobilisés pour des expositions en ligne, des visites virtuelles et la numérisation d’artefacts. Nous saluons ces initiatives et estimons qu’à l’avenir, il importera de continuer à renforcer les capacités humaines, la gouvernance responsable des données et la participation communautaire, afin que ces technologies soutiennent la sauvegarde et la transmission du patrimoine à long terme.

Dans le cadre du Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité, organisé du 27 septembre au 1ᵉʳ octobre à Hanoï et à Ninh Binh, les délégués ont visité plusieurs sites patrimoniaux de la capitale. 
Photos : VNA/CVN

En 1999, Hanoï a reçu le Prix UNESCO “Villes pour la paix”, et 20 ans plus tard, elle a rejoint le Réseau des villes créatives de l’UNESCO dans le domaine du design. Quel regard portez-vous sur le dynamisme de la capitale vietnamienne dans le développement des industries culturelles afin d’être à la hauteur de ces distinctions ?

Hanoï a accompli des progrès remarquables pour intégrer la créativité de manière plus visible dans la vie urbaine. Sa désignation en tant que Ville créative de design de l’UNESCO a offert une plateforme supplémentaire permettant à la municipalité de repenser le design comme un levier de développement urbain, de vitalité culturelle et de participation citoyenne.

Premièrement, le design et la créativité s’inscrivent de plus en plus au cœur de la vie publique et culturelle de la cité. Le Festival du design créatif de Hanoï en est un parfait exemple, tout comme la réappropriation du patrimoine et des espaces publics pour de nouvelles activités culturelles et créatives.

Deuxièmement, Hanoï tisse des liens plus étroits entre son patrimoine et la créativité contemporaine. À la Cité impériale de Thang Long-Hanoï, par exemple, de nouvelles expériences et activités culturelles illustrent la manière dont le patrimoine continue d’alimenter la vie créative de la ville.

Troisièmement, la ville a affirmé un engagement politique fort en faveur du développement des industries culturelles et créatives. Des mesures politiques ciblées fournissent une base solide pour intégrer la culture et la créativité dans la stratégie globale de développement de Hanoï.

Quatrièmement, les citoyens, en particulier les jeunes, deviennent des acteurs de plus en plus actifs de la vie créative urbaine. Des initiatives telles que le camp d’été Re:Craft, où des étudiants universitaires collaborent avec les villages d’artisans de Hanoï, démontrent comment les jeunes générations s’approprient le patrimoine, les savoir-faire traditionnels et les idées créatives nouvelles.

Enfin, Hanoï façonne progressivement un écosystème créatif plus connecté. Le développement de 82 espaces créatifs et la mise en place de la Carte numérique des espaces créatifs constituent des avancées concrètes en ce sens. Le défi à venir consistera à renforcer les synergies entre ces espaces, les acteurs culturels, le secteur privé, les universités, les communautés et les institutions publiques pour assurer un développement durable de cet écosystème.

Le rayonnement international croissant de Hanoï dans les domaines de la culture et du patrimoine se traduit également par l’accueil, conjointement avec Ninh Binh, du Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité.


Au cours de votre mandat au Vietnam, quels sont les projets clés mis en œuvre par l’UNESCO ? Parmi ceux‑ci, lequel vous tient le plus à cœur et vous a particulièrement marqué ?

L’UNESCO déploie un vaste programme de coopération au Vietnam, couvrant l’éducation, la science et la culture, ainsi que l’information et la communication. Chaque domaine répondant à des besoins spécifiques, il me serait difficile d’isoler un projet comme étant plus important qu’un autre. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est de voir comment ces programmes font évoluer les choses à différents niveaux, depuis les apprenants et les collectivités jusqu’aux politiques nationales.

En éducation, l’UNESCO accompagne le Vietnam pour rendre le système éducatif plus inclusif, plus réactif et mieux préparé aux défis à venir. Cela implique de travailler à l’amélioration des politiques et à la formation des enseignants, tout en levant les obstacles qui touchent les apprenants dans diverses situations. Des initiatives telles que We Are ABLE (Nous sommes capables) ou le projet ASEAN Out-of-School Children (Enfants non scolarisés de l’ASEAN) s’inscrivent dans cette démarche. Nous soutenons également les nouvelles approches d’apprentissage et d’enseignement, y compris l’usage responsable des technologies numériques. Nous promouvons aussi des environnements scolaires plus sûrs et épanouissants, par exemple avec Building Happy Schools (Construire des écoles heureuses).


Photos : CTV-UNESCO/CVN

En matière de science, notre action vise à ce que les connaissances scientifiques servent plus directement le développement durable. L’UNESCO soutient le pays dans des domaines tels que l’eau, les océans, la résilience climatique et la biodiversité, notamment via les Réserves de biosphère et les Géoparcs mondiaux, considérés comme des espaces où la conservation, la recherche et le développement local se rejoignent. Nous encourageons en outre les synergies entre recherche, politiques publiques et innovation, y compris une approche éthique de l’intelligence artificielle.

Sur le plan culturel, nous œuvrons aux côtés du Vietnam pour que la culture et l’héritage continuent d’alimenter le développement durable. Cela comprend une meilleure gestion patrimoniale, le soutien à la sauvegarde et à la transmission du patrimoine vivant, ainsi que des conditions propices à la croissance des industries culturelles et créatives. Nous collaborons avec les autorités et les communautés concernées sur les sites reconnus par l’UNESCO afin de concilier conservation et essor local.

En communication et information, l’UNESCO promeut un environnement d’information plus sûr et inclusif. Cela implique le renforcement du professionnalisme des médias, la promotion de l’éducation aux médias et à l’information, le développement des compétences numériques et l’accès à l’information.

La réduction des risques de catastrophe constitue une priorité grandissante et illustre parfaitement l’approche interdisciplinaire de l’UNESCO. Nous mobilisons l’expertise scientifique, éducative et culturelle pour soutenir l’évaluation des risques fondée sur la science, les systèmes d’alerte précoce et la préparation, la résilience des milieux d’apprentissage, la continuité éducative, ainsi que la protection et le relèvement du patrimoine culturel.

Ce qui me touche le plus profondément, ce n’est pas un projet en particulier, mais bien l’impact tangible que ce travail génère dans la vie quotidienne des populations. Voir les retombées positives de notre action sur les habitants du Vietnam est ce qui donne tout son sens à notre engagement.

Le Vietnam au centre du dialogue régional sur le patrimoine

Le Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité, organisé du 27 septembre au 1ᵉʳ octobre 2026 à Hanoï et à Ninh Binh (Nord), a réuni quelque 250 délégués vietnamiens et étrangers autour des enjeux de la sauvegarde du patrimoine mondial. Il a notamment abouti à l’adoption du Document de Hanoï sur le patrimoine et l’authenticité, appelé à devenir une nouvelle référence internationale après la Charte de Venise (1964), le Document de Nara (1994) et le Document de Nairobi (2025).

Coorganisé par la Commission nationale du Vietnam pour l’UNESCO et les autorités de Hanoï et de Ninh Binh, l’événement a permis de promouvoir une approche conciliant conservation, développement durable et valorisation touristique. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie vietnamienne de diplomatie culturelle, qui entend faire des ressources culturelles des moteurs de développement socio-économique.

Le Dialogue a aussi été l’occasion de resserrer les liens internationaux autour de la restauration du palais Kính Thiên, au cœur de la Cité impériale de Thang Long, inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Propos recueillis par Bùi Phuong/CVN

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