Trésors de l’UNESCO : la nouvelle arme de séduction du Vietnam

Longtemps considérés avant tout comme des biens à préserver, les legs culturels vietnamiens s’affirment désormais comme des leviers de développement national. De Hanoï, Quang Ninh, Ninh Binh (Nord) à Huê (Centre), leur valorisation ouvre de nouvelles voies à l’attractivité du pays.

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Le claquement des baguettes de bambou, les vibrations du đàn đáy (luth à trois cordes), la voix d’une jeune chanteuse de ca trù (chant des courtisanes) résonnent dans l’enceinte historique de Bích Câu Đạo Quán, au 14, rue Cát Linh, à Hanoï. Dans l’atmosphère automnale de la capitale, la scène confère au lieu une ambiance à la fois mystérieuse et hors du temps.

Au premier rang, des visiteurs australiens suivent attentivement la représentation. Lorsque la chanteuse s’interrompt pour leur montrer les techniques vocales propres au ca trù, ils tentent, avec une maladresse enthousiaste, de reproduire les sons et les cadences, bien qu’ils ne comprennent pas le vietnamien.


Avant son arrivée à Hanoï, Susan Journeaux n’avait jamais entendu parler de cet art musical, bien qu’il ait été inscrit par l’UNESCO, dès le 1er octobre 2009, sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Quelques heures de découverte lui ont pourtant laissé une impression durable. “Ce qui m’a le plus marquée, c’est la rigueur de l’apprentissage et le dévouement des artistes. J’ai beaucoup voyagé dans le monde, mais je n’ai jamais vu une forme musicale semblable au +ca trù+. Si j’ai l’occasion de revenir à Hanoï, je l’écouterai absolument une fois de plus”, confie l’Australienne.

Pour Shaynna Blaze, l’intérêt résidait autant dans le spectacle que dans la possibilité de s’initier au chant, aux instruments et à l’histoire associée à chaque air. “J’ai appris qu’il fallait une dizaine d’années pour maîtriser cet art. Cela montre la haute technicité de cette musique. Mais même les débutants peuvent s’y essayer et en ressentir toute la beauté. C’est une expérience formidable. Et je le recommanderai certainement à mes amis”, témoigne la voyageuse.

Dans le domaine de la diplomatie culturelle, le patrimoine possède une capacité particulière à créer du lien. Une fois préservé et raconté à travers des récits accessibles, il peut permettre aux visiteurs étrangers de mieux comprendre l’histoire, l’identité, la résilience et les aspirations du peuple vietnamien.

Le président sud-coréen Lee Jae-myung (gauche) et son épouse Kim Hye-kyung visitent la Cité impériale de Thang Long-Hanoï, aux côtés du dirigeant vietnamien Tô Lâm et de son épouse Ngô Phuong Ly, le 24 avril 2026. 

La Résolution N°59 du Politburo sur l’intégration internationale dans la nouvelle conjoncture définit la culture comme l’un des piliers majeurs de la politique étrangère et du développement national. La Stratégie de diplomatie culturelle à l’horizon 2030 vise également à valoriser les richesses culturelles du Vietnam afin de contribuer à son rayonnement. Le pays compte neuf sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO (six culturels, deux naturels et un mixte), 17 éléments inscrits sur les Listes du patrimoine culturel immatériel et quatre villes membres du Réseau des villes créatives de l’UNESCO.


Jonathan Wallace Baker, Représentant de l’UNESCO au Vietnam, a salué les avancées accomplies par le pays au cours de la dernière décennie en matière de préservation et de valorisation de l’héritage culturel.

“Des progrès remarquables sont aujourd’hui visibles. Au Vietnam, le legs est de plus en plus géré comme une ressource au service du développement durable. À Hôi An (ville de Đà Nang, Centre) et à Tràng An (province de Ninh Bình, Nord), par exemple, des mécanismes ont été mis en place afin de réinvestir les recettes issues du tourisme dans la conservation du patrimoine ainsi que dans le soutien aux activités culturelles des communautés locales”, souligne-t-il.

Au-delà de la conservation, de nombreux vestiges sont progressivement “réveillés”, devenant à la fois des espaces de vie communautaire et des leviers de développement durable.

Le 29 septembre 2026, la cérémonie de mise en chantier des travaux de reconstitution du palais de Kính Thiên a eu lieu au 9, rue Hoàng Diệu, à Hanoï. Il s’agit d’un jalon majeur dans la préservation et la promotion des valeurs du secteur central de la Cité impériale de Thang Long-Hanoï, patrimoine mondial de l’UNESCO. Le lancement de ces travaux intervient alors que le Vietnam accueille le Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité (du 27 septembre au 1er octobre 2026) et marque une avancée majeure après 15 ans de recherches archéologiques continues et de coopération internationale, répondant pleinement aux normes rigoureuses d’authenticité de l’UNESCO. Kính Thiên était le monument le plus important situé au centre de la Cité impériale de Thang Long-Hanoï, résidence des empereurs et symbole du pouvoir suprême du pays sous la dynastie des Lê (du XVe au XVIIIe siècle).

Lors de sa 48e session, tenue en République de Corée en juillet dernier, le Comité du patrimoine mondial a salué les efforts déployés par le Vietnam pour préserver le secteur central de la Cité impériale de Thang Long-Hanoï, reconnu le 31 juillet 2010 par l’UNESCO. Il a notamment apprécié les initiatives engagées pour restaurer ce site historique et préparer les dossiers techniques nécessaires à la reconstruction du palais Kính Thiên. Il a également encouragé l’organisation d’événements culturels et politiques, ainsi que la valorisation des pratiques immatérielles au sein même du site.

Cette démarche contribue progressivement à redonner à la Cité impériale de Thang Long-Hanoï son rôle historique de centre culturel, religieux et politique du pays. Elle permet également d’insuffler une nouvelle dynamique à ce lieu emblématique, en le faisant vivre non seulement comme un témoignage du passé, mais aussi comme un espace pleinement intégré à la vie contemporaine.

Si Hanoï mise sur les activités culturelles tenues directement sur ses sites classés Quang Ninh entend en faire un pilier de sa marque territoriale et de l’essor de ses industries culturelles. Cette ville du Nord considère désormais la culture non seulement comme un fondement spirituel, mais aussi comme une ressource endogène et un moteur de la croissance socio-économique. Elle s’éloigne progressivement d’une logique de rendez-vous ponctuels pour structurer des séries de manifestations phares associées à la promotion de son image, qui se renforce grâce aux sites reconnus par l’UNESCO.

En moyenne, la localité accueille chaque année entre 50 et 70 événements culturels et sportifs d’envergure nationale et internationale, ainsi que des centaines d’activités à l’échelle locale. Au cours du premier semestre 2026, elle a organisé 30 manifestations aux niveaux provincial, national et international, dont dix de grande ampleur.

Forte de ses huit titres de l’UNESCO, de ses milliers de monuments, de ses nombreux trésors nationaux et de son important réseau d’institutions culturelles, la ville de Huê (Centre) convertit progressivement cet acquis en ressource économique, à travers l’essor du tourisme patrimonial, des industries culturelles, de l’économie nocturne et de produits spécifiques. Cette démarche s’inscrit dans une logique résumée par la formule : “Préserver pour développer, développer pour préserver”.

Une délégation de l’UNESCO est allée visiter le complexe paysager de Tràng An à Ninh Binh, dans le cadre du Dialogue Asie-Pacifique sur le patrimoine et l’authenticité, organisé du 27 septembre au 1ᵉʳ octobre 2026 dans cette province du Nord et dans la capitale vietnamienne.  

Selon Trân Huu Thùy Giang, vice-président du Comité populaire municipal, le Festival de Huê, conçu selon le modèle d’une fête des quatre saisons, est devenu au fil des éditions comme une marque culturelle internationale. Les visites nocturnes de la Cité impériale de Huê, les spectacles d’arts de la cour, les défilés d’áo dài (tunique fendue traditionnelle des Vietnamiennes) et les événements gastronomiques ont contribué à créer un écosystème de tourisme culturel à la fois attractif et singulier. Grâce à cette dynamique, Huê a accueilli près de 6,3 millions de visiteurs en 2025, pour environ 13.000 milliards de dôngs de recettes touristiques. Au 1er semestre 2026, la ville a enregistré environ 4,3 millions d’arrivées, avec des revenus estimés à 10.300 milliards de dôngs.


Lors de son récent séjour au Vietnam, la touriste turque Mina a consacré une demi-journée à la découverte des arts traditionnels du pays. Une expérience qui l’a particulièrement marquée, tant par la richesse des valeurs culturelles séculaires qu’elle véhicule que par la qualité des représentations auxquelles elle a assisté.

Selon elle, le charme de ces arts réside non seulement dans l’originalité des costumes, du maquillage et du jeu scénique, mais aussi dans l’harmonie qui se dégage de l’ensemble. Professionnelle de la mode, Mina se dit d’autant plus passionnée par cette immersion dans la culture vietnamienne qu’elle lui permet de mieux comprendre comment les traditions sont préservées, transmises et réinterprétées dans la société contemporaine.

“Lorsqu’un ami m’a proposé d’assister à une représentation de théâtre vietnamien, j’ai immédiatement accepté. J’avais auparavant effectué quelques recherches sur Internet et discuté avec lui des histoires mises en scène. J’étais impatiente de découvrir la manière dont ces récits étaient adaptés et exprimés à travers cet art. Je souhaitais également en apprendre davantage sur le théâtre traditionnel vietnamien, qu’il s’agisse des costumes, du jeu des acteurs, du chant ou encore de la façon dont tous ces éléments s’assemblent pour donner naissance à une œuvre artistique complète…”, confie-t-elle.

Selon le Professeur associé-Docteur Bùi Hoài Son, il est aujourd’hui nécessaire d’abandonner une approche consistant simplement à “acheminer les touristes vers des sites” pour privilégier une véritable démarche d’“exploration culturelle”.

Chaque site patrimonial doit être en mesure de raconter sa propre histoire, d’affirmer son identité et d’offrir des expériences adaptées aux attentes des visiteurs. Ces expériences peuvent prendre diverses formes : visites nocturnes de monuments, spectacles artistiques conçus spécifiquement pour les sites patrimoniaux, ateliers d’artisanat traditionnel, découvertes gastronomiques, espaces de création, rencontres avec les artisans ou encore itinéraires associant patrimoine culturel, villages de métiers, paysages naturels et vie communautaire locale.


À la mi-mai 2026, une courte vidéo consacrée à Tam Côc - Bích Đông et à la grotte Múa, dans la province de Ninh Bình (Nord), réalisée par deux touristes, l’un polonais et l’autre américain, a dépassé le million de vues sur les plateformes numériques. Pour rappel, ces deux sites font partie du complexe paysager de Tràng An, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis juin 2014 en tant que bien mixte (culturel et naturel). Les images de la rivière serpentant entre les pitons calcaires, des rizières verdoyantes au pied des montagnes et du panorama spectaculaire depuis la grotte Múa ont été largement relayées sur les réseaux sociaux, suscitant un important intérêt pour la destination.

La beauté de la rivière Ngô Ðông du complexe paysager de Tràng An (province septentrionale de Ninh Bình), patrimoine mondial de l’UNESCO. 

Il ne s’agissait pourtant pas d’une production réalisée par une équipe professionnelle, mais simplement des images capturées par ces deux visiteurs au fil de leur voyage. À partir de quelques séquences, des millions de personnes à travers le monde ont ainsi pu découvrir les paysages de Ninh Bình. Si l’expérience directe permet aux touristes de “toucher” le patrimoine, le numérique offre désormais un moyen de le faire connaître bien au-delà des frontières.

Lê Thi Thu Hiên, directrice générale du Département du patrimoine culturel du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, souligne que le renouvellement de la manière de raconter l’histoire du patrimoine culturel constitue une clé pour diffuser l’identité culturelle vietnamienne et valoriser la notoriété internationale du pays. Cela suppose également de moderniser les modes de communication : les technologies numériques constituent désormais des outils essentiels pour transmettre cet héritage.

Comme le souligne la Résolution N°80 du Politburo sur le développement culturel, l’objectif ne consiste pas seulement à préserver les valeurs culturelles, mais aussi à renouveler les méthodes de communication et de promotion, ainsi qu’à construire des récits capables d’attirer de plus en plus de touristes.

Cette orientation implique que chaque site ne soit plus seulement un gardien de la mémoire nationale, mais aussi un espace de dialogue culturel, contribuant au développement national, au renforcement de son influence et à la diffusion auprès du monde de l’image d’un pays riche de traditions, d’histoire et d’identité, à l’ère du numérique.

Texte et photos : Bùi Phuong-VNA/CVN


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