La blockchain, nouveau "passeport numérique" de l’agriculture vietnamienne vers les marchés mondiaux

Sous l’impulsion des orientations stratégiques nationales, notamment la Résolution 57, le Vietnam accélère l’intégration de la blockchain dans le secteur agricole. Des solutions comme Agrichain redéfinissent la traçabilité, renforcent la confiance des marchés et ouvrent de nouvelles perspectives à l’export.

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La blockchain aide à réduire les coûts administratifs et les contrôles manuels. 
Photos : CTV/CVN

Dans le sillage de la Résolution 57, le secteur agricole vietnamien connaît une mutation sans précédent. L’intégration des technologies de pointe, notamment la blockchain et l’intelligence artificielle (IA), s’impose désormais comme un levier essentiel pour bâtir une agriculture transparente, durable et compétitive à l’échelle internationale. Avec des innovations "Make in Vietnam" telles qu’Agrichain, les produits agricoles nationaux disposent désormais d’un véritable "passeport numérique" pour conquérir les consommateurs les plus exigeants.

Selon Lê Viêt Binh, chef adjoint du bureau du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, le secteur ne vise plus seulement la quantité. "L’objectif d’atteindre 100 milliards de dollars d’exportations d’ici 2030 est réalisable si nous accélérons la transformation numérique, la transition verte et la transparence des produits", a-t-il affirmé lors d’un récent forum. La Résolution 57 intervient dans un contexte marqué par des défis majeurs, notamment le changement climatique et la nécessité de réduire les émissions de carbone, imposant un changement de paradigme : passer d’une production intensive à une agriculture circulaire et à haute valeur ajoutée.

Cérémonie de lancement d'Agrichain, la solution de traçabilité des produits agricoles basée sur la technologie Blockchain. 
Photo : HCM-C4IR/CVN

Au cœur de cette transformation, la société Exabyte a lancé en mars dernier la plateforme Agrichain, visant à numériser l’ensemble de la chaîne de valeur agricole, de la semence à la table. L’entreprise a également développé AgriTrace, une solution de traçabilité des produits agricoles.

Ce système se distingue par son architecture de type "blockchain de niveau 1" (Layer 1), développée localement et garantissant une transparence totale. Contrairement aux systèmes traditionnels, Agrichain enregistre 100% des données "on-chain", rendant toute falsification impossible une fois les informations validées.

Lê Viêt Binh, chef adjoint du bureau du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement - chargé la région du Sud, prononçant son discours lors de la cérémonie de lancement de la plateforme de traçabilité Agrichain. 
Photo : HCM-C4IR/CVN

Le principe est simple mais révolutionnaire : chaque produit, qu’il s’agisse d’une mangue ou d’un durian, reçoit une identité numérique unique accessible via un code QR. En le scannant, le consommateur peut retracer l’ensemble du cycle de vie du produit : origine de la semence, méthodes culturales, dates de récolte, transformation et transport.

Nguyên Hoàng Nhât, directeur général d’Exabyte, souligne que l’objectif est de démocratiser l’accès aux standards internationaux pour les petits exploitants, qui représentent encore 70% de la production nationale. "En classant automatiquement les produits selon leur taille, leur taux de sucre ou leur fraîcheur directement sur les lieux de production, nous augmentons leur valeur de 20% à 50%", explique-t-il. L’intégration de l’IA permet en outre de réduire les coûts de production de 30% à 40% grâce à une meilleure gestion des intrants et à des prévisions météorologiques plus précises.


Pour les experts, la transparence n’est plus une option, mais une condition de compétitivité. Pham Phu Truong, directeur adjoint du Centre pour la quatrième révolution industrielle de Hô Chi Minh-Ville (HCMC C4IR), estime que la traçabilité constitue le véritable "passeport numérique" permettant aux produits vietnamiens de s’imposer comme une marque de confiance à l’échelle mondiale. "Le Vietnam doit dépasser son rôle de simple puissance exportatrice pour devenir une référence en matière de fiabilité", souligne-t-il.


Photo d'illustration : CTV/CVN

Dans le même esprit, Trân Xuân Tiên, secrétaire général de l’Association Blockchain de Hô Chi Minh-Ville (HBA), met en avant les trois piliers de cette transformation : transparence de la chaîne d’approvisionnement, augmentation de la valeur commerciale et optimisation des opérations. "Les produits traçables sont acceptés plus rapidement aux douanes, ce qui réduit les délais et les risques de rejet", observe-t-il.

Cette dynamique s’inscrit également dans une vision plus large portée par la Global On-chain Economy Alliance (Alliance mondiale pour l’économie en chaîne - GOE Alliance). Nguyên Huu Vu Khoa, son secrétaire général, souligne que la numérisation des actifs réels, notamment agricoles, permet de créer une forte valeur ajoutée et d’accélérer la circulation des capitaux dans l’économie numérique.

Les représentants de l’Exabyte et la Global On-chain Economic Alliance, signent un accord de partenariat stratégique lors de l'événement. 
Photo : HCM-C4IR/CVN

Cette transition se heurte néanmoins à plusieurs obstacles. Trân Xuân Tiên en identifie trois principaux : d’abord, la résistance au changement, de nombreux agriculteurs restant attachés à des pratiques traditionnelles ; ensuite, le fossé numérique en milieu rural, où les infrastructures restent inégales ; enfin, la difficulté de standardiser les données dans un secteur dominé par de petits exploitants.

Sur le plan institutionnel, le Dr. Nguyên Van Long, chef du Département des sciences et technologies du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, évoque des "goulots d’étranglement" réglementaires. Malgré l’impulsion de la Résolution 57, il pointe la lenteur de mise en place de mécanismes favorisant l’innovation et la valorisation des recherches. "Nous avons besoin de politiques plus incitatives pour permettre aux 11.400 chercheurs du secteur de transformer leurs travaux en applications concrètes", souligne-t-il.


Photo : HCM-C4IR/CVN

Malgré ces défis, les perspectives restent prometteuses. Pour Pham Phu Truong, la combinaison de la blockchain et de l’Internet des objets (IoT) ouvre la voie à une agriculture entièrement connectée, où des capteurs transmettent en temps réel des données environnementales, limitant les erreurs humaines et les pratiques d’écoblanchiment.

Nguyên Huu Vu Khoa insiste également sur l’enjeu financier : à mesure que l’économie mondiale bascule vers des modèles "on-chain", la numérisation de produits comme le café ou le durian permet d’en accroître la valeur et de mieux rémunérer les producteurs.

Au final, la transition vers une agriculture 4.0 repose sur une synergie étroite entre l’État, les scientifiques, les entreprises et les agriculteurs. La Résolution 57 a tracé la voie ; des outils comme Agrichain en sont désormais les instruments, transformant chaque produit vietnamien en vitrine d’innovation et de transparence sur la scène internationale.

Hông Anh/CVN

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