>> USTH : des filières stratégiques pour répondre aux besoins de demain
>> La Dr. Dinh Thi Mai Thanh distinguée Officier des Palmes académiques
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| Jean-Marc Lavest, recteur principal de l’Université des sciences et des technologies de Hanoï (USTH). |
| Photo : USTH/CVN |
Pourriez-vous faire le bilan de l’année écoulée et nous rappeler les challenges auxquels vous avez fait face ?
L’année 2025-2026 a été, sans surprise, une année particulièrement intense pour l’Université des sciences et des technilogies de Hanoï (USTH). Mais cette intensité est à la mesure de notre croissance. Aujourd’hui, l’université se classe à la sixième place au niveau national, et à la seconde dans le domaine des sciences et technologies. Si l’on regarde notre trajectoire sur les cinq dernières années, la progression est très nette : nous sommes passés d’un positionnement relativement discret à une place désormais reconnue dans le paysage universitaire vietnamien.
Cette croissance implique naturellement une multiplication des dossiers à traiter en parallèle. Le premier défi reste le recrutement des étudiants. En septembre 2025, nous avons accueilli plus de 1.200 nouveaux étudiants, portant l’effectif total à près de 4.000. Mais au-delà du volume, c’est la qualité du recrutement qui nous a particulièrement marqués.
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Aujourd’hui, environ 70% des étudiants admis avaient placé l’USTH en premier ou deuxième choix. Cela signifie que notre université n’est plus une option par défaut : c’est devenu un vrai choix. C’est un indicateur très fort de notre attractivité et de la confiance que nous accordent les jeunes et leurs familles.
Par ailleurs, l’année a été marquée par des événements institutionnels importants, avec la visite du président de la République française, Emmanuel Macron, et celle de l’ancien Premier ministre du Vietnam, Pham Minh Chinh. Ces visites ont rappelé un point essentiel : le développement du Vietnam repose sur sa jeunesse et sur une formation de haut niveau, notamment dans les sciences et les technologies.
Sur le plan académique, nous avons poursuivi notre développement à l’international. Nous avons accueilli plus de 150 étudiants étrangers cette année, principalement français, venus pour des stages ou des semestres d’études. Dans le même temps, environ 120 de nos étudiants vietnamiens sont partis en mobilité vers la France. Cette dynamique d’échanges est essentielle : elle montre la qualité de notre formation et renforce notre ouverture internationale.
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Enfin, nous avons continué à investir dans la recherche. Depuis sa création, l’université a publié plus de 1.000 articles scientifiques internationaux, avec aujourd’hui un rythme de 150 à 200 publications par an. C’est un indicateur important de notre visibilité.
Quelles sont les modalités d’évaluation et d’accréditation des formations par le HCERES ?
La question de l’accréditation est centrale dans notre stratégie. On oublie parfois pourquoi une université cherche à être accréditée. L’objectif n’est pas simplement d’obtenir un label, mais de faire évaluer la qualité de son organisation par des experts externes, indépendants et souvent internationaux.
À l’USTH, nous avons choisi de travailler avec le HCERES, un organisme français reconnu, habilité à intervenir au Vietnam. Nous avons obtenu une accréditation institutionnelle pour la période 2023-2028, ce qui correspond à la durée maximale. Cela signifie que l’ensemble de notre organisation a été évalué et jugé conforme aux standards internationaux.
En parallèle, nous développons des accréditations au niveau des programmes. Aujourd’hui, huit formations sont déjà accréditées. Notre objectif est clair : faire accréditer quatre nouveaux programmes chaque année. À terme, nous souhaitons que l’ensemble de nos cursus atteigne ce niveau d’exigence.
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| Accueil du président français Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron (1er plan) par les professeurs et étudiants de l’USTH, le 27 mai 2025. |
| Photo : USTH/CVN |
Les prochaines filières concernées seront notamment la biologie, la chimie, puis l’informatique. Ce choix répond à une double logique : garantir la qualité académique et aligner nos formations avec les standards internationaux.
L’accréditation joue un rôle essentiel à deux niveaux. D’abord, elle permet de vérifier que ce que nous faisons est conforme aux meilleures pratiques. Ensuite, elle apporte des recommandations très concrètes d’amélioration. Ce regard extérieur est précieux : il nous oblige à nous remettre en question et à progresser en permanence.
C’est pourquoi je considère l’accréditation comme un véritable outil stratégique. Elle structure notre démarche qualité et renforce notre crédibilité, tant au niveau national qu’international.
Comment se développe actuellement l’USTH ?
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Le développement de l’USTH repose sur une idée simple : être une université vietnamienne de référence, mais avec une forte dimension internationale.
Au niveau national, nous avons déjà franchi plusieurs étapes importantes en termes de classement. Aujourd’hui, nous sommes bien positionnés au Vietnam, notamment dans notre domaine de spécialisation.
Le prochain objectif est désormais international.
Nous travaillons activement pour intégrer les classements QS, en particulier le classement asiatique. Nous espérons y apparaître à l’horizon 2027-2028. Ce n’est pas une question de prestige, mais de reconnaissance objective de notre niveau. Dans un contexte de compétition mondiale, il faut être capable de montrer la qualité de son travail.
Sur le plan académique, nous poursuivons le développement de nos partenariats internationaux, notamment avec la France, mais aussi avec d’autres pays comme le Japon, la République de Corée ou l’Allemagne. Ces coopérations se traduisent par des doubles diplômes, des projets de recherche conjoints et des échanges d’étudiants et d’enseignants.
Par ailleurs, nous développons de nouvelles formations en lien direct avec les besoins du pays. C’est un point fondamental. Une université publique doit être en phase avec les priorités nationales.
Nous travaillons notamment sur des domaines stratégiques comme le nucléaire, la logistique, les transports à grande vitesse ou encore les ressources minières. Ces secteurs correspondent à des enjeux de long terme pour le Vietnam et nécessitent des compétences de haut niveau.
Enfin, nous avons également renforcé nos infrastructures. L’inauguration du bâtiment H2, entièrement dédié aux étudiants, illustre notre volonté d’améliorer leurs conditions d’apprentissage, avec des espaces modernes, des laboratoires et des lieux de travail collaboratif.
Au-delà des chiffres et des projets, une conviction traverse l’ensemble de la stratégie de l’USTH : une université publique ne peut pas fonctionner en vase clos.
Nous devons être attentifs à l’évolution de l’économie et aux besoins du marché du travail. Cela implique parfois des choix difficiles, comme fermer certaines filières si elles n’offrent plus de débouchés suffisants.
C’est aussi une question d’honnêteté vis-à-vis des familles. Les études représentent un investissement important. Nous devons pouvoir garantir que les formations proposées offrent de réelles perspectives professionnelles.
Quelles sont les priorités pour votre dernière année en tant que recteur principal de l’USTH ?
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| Signature d’une convention de coopération entre l’USTH et l’Université Paris-Saclay. |
| Photo : USTH/CVN |
Je suis effectivement dans la dernière phase de mon mandat, mais cela ne change pas fondamentalement mes priorités. Il ne s’agit pas de lancer de nouveaux projets personnels, mais de poursuivre et consolider les actions engagées.
Tous les dossiers que nous avons évoqués restent prioritaires : les accréditations, le développement international, les nouvelles formations, le recrutement des étudiants et des enseignants.
Un point important concerne également les ressources humaines. Nous menons des campagnes de recrutement pour attirer des profils internationaux expérimentés, capables de renforcer encore notre niveau académique.
Par ailleurs, nous poursuivons le projet du campus de Hoà Lac, qui représente un enjeu majeur pour l’avenir de l’université.
Mais au-delà des projets, je fais surtout attention à la manière dont nous avançons. Dans une université, chaque décision a des effets à long terme. Il faut donc prendre le temps de réfléchir, d’analyser et d’agir de manière structurée.
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Mon objectif est simple : lorsque je quitterai mes fonctions, je veux que l’université soit prête à affronter les défis futurs, qu’il s’agisse de formation, de recherche ou de reconnaissance internationale.
Comment évaluez-vous les résultats obtenus sur ces dernières années ?
Ce n’est jamais le travail d’une seule personne. C’est toujours une œuvre collective. À notre université, les résultats que nous observons aujourd’hui sont le fruit de l’engagement de toute une équipe, mais aussi du soutien infaillible de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam et de l’ambassade de France au Vietnam.
Je pense bien sûr aux enseignants-chercheurs, mais aussi aux personnels administratifs et techniques, qui travaillent avec une intensité remarquable, souvent six jours sur sept. Ce sont eux qui, au quotidien, font avancer l’université.
Dans un environnement académique où les effets des décisions s’inscrivent dans le temps long, je crois que notre force réside justement dans cette culture du travail, de l’exigence et de l’ouverture internationale.
Au fond, ce qui fait avancer l’USTH, ce ne sont pas seulement les classements ou les accréditations. C’est une vision commune du Vietnam et de la France et une équipe qui travaille beaucoup, avec une idée simple : former des étudiants performants qui deviendront des citoyens utiles au pays.
Propos recueillis par Mai Quynh/CVN








