Les produits agricoles, moteur du tourisme vietnamien

Des rizières aux vergers du Delta du Mékong, les produits agricoles vietnamiens ne se contentent plus d’alimenter les marchés d’exportation. Ils deviennent aussi des vecteurs d’attractivité touristique, porteurs d’identité culturelle et de développement local.

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Le défilé '"Couleurs du lotus de Tây Hô - Hanoï", le 27 juin. 
Photo : VNA/CVN

À Hanoï, le Festival du lotus 2026 a récemment animé les abords du lac de l’Ouest, mêlant spectacles, activités culturelles et expériences immersives. Symbole ancien de Tây Hô, notamment à travers la variété bách diệp, le lotus y a été présenté comme un produit emblématique du patrimoine local.

Plus de 2.000 personnes en áo dài à motifs de lotus participent au défilé "Couleurs du lotus de Tây Hô - Hanoï ". VNA/CVN
Des visiteurs découvrent les espaces du Festival du lotus de Hanoï 2026. VNA/CVN
Démonstration de l’art de préparer le thé au lotus. VNA/CVN
Une touriste découvre l’art du parfumage du thé au lotus de Quảng An. VNA/CVN
Des fleurs de lotus artisanales confectionnées en fibre de bananier. VNA/
Un visiteur découvre le savoir-faire de l’extraction de la fibre de lotus lors du Festival. VNA/CVN
Un stand présente des produits à base de lotus. VNA/CVN

Selon le comité d’organisation, l’événement a attiré près de 300.000 visiteurs vietnamiens et étrangers au jardin Ly Tu Trong, dans les espaces culturels et touristiques de l’arrondissement de Tây Hô, ainsi que dans plusieurs zones de culture du lotus de la capitale.

Vergers séduissant les visiteurs

Dans le Sud du pays, le tourisme des vergers s’est imposé depuis longtemps comme une marque reconnue. Tiên Giang, Vinh Long, Bên Tre ou Cân Tho accueillent chaque année des millions de visiteurs venus cueillir des fruits, naviguer sur les canaux, découvrir la fabrication des bonbons à la noix de coco, du miel ou d’autres spécialités locales.

À la saison des récoltes, les plantations de durians, ramboutans ou mangoustans deviennent des étapes particulièrement prisées des touristes étrangers, attirés par une expérience à la fois gustative, paysagère et culturelle.

Pour le docteur Lê Hoàng Dung, de l’Université des sciences sociales et humaines relevant de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville, le tourisme rural ne peut plus se limiter à l’exploitation des paysages ou à la vente de produits agricoles. Il doit, selon lui, "construire des moyens de subsistance durables, améliorer la vie des habitants et réveiller la fierté culturelle locale".

Le marché flottant de Cai Rang, à Cân Tho, attire toujours de nombreux visiteurs.
Photo : VNA/CVN

Le chercheur souligne que le Vietnam dispose d’un capital écologique et de savoirs populaires considérables. Avec plus de 60% de sa population vivant en zone rurale, le pays possède, estime-t-il, un avantage majeur pour développer des modèles de tourisme expérientiel.

Le programme OCOP "À chaque commune son produit" renforce cette dynamique. Plus de 20.000 produits sont aujourd’hui reconnus au niveau national avec une notation d’au moins trois étoiles. Hanoï arrive en tête, avec plus de 3.400 références.

Dans plusieurs provinces, ces produits sont désormais intégrés à des circuits touristiques, afin d’augmenter leur valeur ajoutée et d’enrichir l’expérience des visiteurs. Cette orientation rejoint une tendance mondiale : selon l’Organisation mondiale du tourisme, le tourisme rural et écologique représente environ 10% des flux touristiques internationaux, pour près de 30 milliards de dollars de recettes annuelles, avec une croissance estimée entre 10% et 30% par an.

Après avoir découvert sur place le café, le thé, le poivre, la noix de cajou, la mangue, le litchi, le durian ou des produits transformés vietnamiens, de nombreux visiteurs étrangers continuent à les rechercher, les acheter ou les recommander une fois rentrés chez eux.


Cette visibilité accompagne l’essor du secteur agricole vietnamien. Selon le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, les exportations agro-sylvo-aquatiques ont atteint en 2025 un niveau record de 70,09 milliards de dollars, en hausse de 12% sur un an. Les produits vietnamiens sont désormais présents dans plus de 190 pays et territoires.

Des festivals aux marchés

La rencontre entre agriculture et tourisme ouvre aussi de nouvelles perspectives pour la promotion commerciale. Festivals de fruits, semaines de produits agricoles, foires touristiques et événements gastronomiques se multiplient.

Le Festival des fruits du Sud, le Festival du café de Buôn Ma Thuột, le Festival des fleurs de Dà Lat ou encore le Buffet de durian à Cân Tho attirent un large public tout en favorisant les contacts entre producteurs, distributeurs et partenaires d’exportation.

À Trà Quê, près de Dà Nang, des milliers de visiteurs internationaux viennent par exemple travailler aux côtés des maraîchers, découvrir les méthodes de culture et déguster des plats à base d’herbes fraîches. Ces circuits permettent de mieux comprendre les exigences de production propre, la traçabilité et la valeur culturelle attachée à chaque produit.

Cette dynamique reste toutefois confrontée à plusieurs limites. Pour le professeur associé Trân Dinh Thiên, ancien directeur de l’Institut d’économie du Vietnam, le lien entre tourisme et OCOP ne pourra devenir durable qu’à condition de s’inscrire dans une stratégie nationale de développement rural fondée sur l’identité locale.


'Il ne s’agit pas seulement de produits, mais d’une histoire de culture, d’hommes et de territoires", estime-t-il. Selon lui, l’État doit renforcer son soutien à la formation, aux infrastructures touristiques, aux technologies de traçabilité et à la promotion numérique, afin d’aider les produits vietnamiens à accéder à des marchés plus vastes.

À travers cette alliance entre terroirs, savoir-faire et voyage, l’agriculture vietnamienne s’affirme ainsi comme un puissant outil de rayonnement. Elle ne raconte plus seulement ce que le pays produit, mais aussi ce qu’il est.

Thao Nguyên/CVN

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