Infrastructures énergétiques intelligentes, piliers de la croissance verte

À l'heure où le Vietnam vise la neutralité carbone d'ici à 2050, le développement d'infrastructures énergétiques intelligentes s'impose comme une condition essentielle de la transition verte.

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Forum sur le développement des infrastructures énergétiques intelligentes, organisé récemment à Hanoï.
Photo : Thu Hiên/CVN

Réunis récemment à Hanoï, responsables publics, experts et investisseurs ont plaidé pour une meilleure articulation entre innovation technologique, financement et planification urbaine afin d'accélérer cette mutation.

Le Forum sur le développement des infrastructures énergétiques intelligentes a rassemblé des représentants des administrations, des organisations internationales, du monde scientifique, des entreprises et des investisseurs des secteurs de l'énergie, de la technologie et de la finance.

La rencontre s'est tenue dans un contexte où le Vietnam accélère simultanément sa transition numérique, sa transition verte et la mise en œuvre de ses engagements internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour les intervenants, les infrastructures énergétiques intelligentes ne constituent plus seulement un enjeu sectoriel : elles sont devenues une condition préalable à la sécurité énergétique, à la compétitivité de l'économie et à la réalisation d'une croissance durable.

Pham Manh Hùng, vice-directeur général de VOV, à l'ouverture du forum. Photo : Tuyêt Vân/CVN

À l'ouverture du forum, Pham Manh Hùng, vice-directeur général de VOV, a rappelé que le pays entre dans une nouvelle phase de développement, avec l'ambition de devenir d'ici 2030 une économie à revenu intermédiaire supérieur dotée d'une industrie moderne, puis un pays à revenu élevé à l'horizon 2045.

Selon lui, les exigences de l'industrialisation, de la modernisation, de la transformation numérique et de la croissance verte imposent des investissements coordonnés dans les infrastructures énergétiques, capables d'anticiper les besoins de l'économie.

Dans le contexte de la 4e révolution industrielle, le système énergétique ne peut plus se limiter aux centrales électriques et aux lignes de transport : il doit désormais s'appuyer sur les données, les technologies numériques et l'innovation.

"Des réseaux électriques intelligents au stockage de l'énergie, de l'intégration des renouvelables à l'utilisation de l'intelligence artificielle, des mégadonnées et de l'Internet des objets dans l'exploitation des systèmes, toutes ces technologies ouvrent de nouvelles perspectives pour améliorer l'efficacité énergétique, réduire les émissions et renforcer l'autonomie de l'économie", a-t-il déclaré.

Le responsable a également souligné que les grandes accélérations économiques observées dans le monde ont presque toujours été accompagnées d'une transformation profonde du système énergétique. Le Vietnam dispose aujourd'hui, selon lui, d'une occasion historique de bâtir un modèle énergétique à la fois vert, intelligent, sûr et durable.


Au-delà des avancées technologiques, le financement de la transition énergétique s'est imposé comme l'un des principaux thèmes du forum.

Les intervenants ont souligné que la réussite du développement des infrastructures énergétiques intelligentes dépendra avant tout de la capacité du Vietnam à mobiliser des ressources financières à long terme, à la hauteur de ses ambitions.

Selon la version révisée du Plan directeur de développement de l'électricité VIII (Power Development Plan VIII), le Vietnam devra mobiliser environ 134,7 milliards d'USD sur la période 2021-2030 afin de financer les capacités de production et les réseaux de transport d'électricité.


Entre 2031 et 2050, les besoins d'investissement devraient atteindre entre 399,2 et 523,1 milliards d'USD, principalement au profit de l'éolien, du solaire, des centrales alimentées au gaz naturel liquéfié (GNL), des systèmes de stockage de l'énergie et des réseaux électriques intelligents.

Face à des besoins d'une telle ampleur, les finances publiques ne pourront, à elles seules, assurer le financement de cette transformation. Le crédit bancaire demeure ainsi le principal canal de financement des projets énergétiques. Selon Nguyên Phuong Bac, l'encours des crédits accordés aux activités de production et de distribution d'électricité représente actuellement près de 3% de l'encours total de l'économie.

Plus significatif encore, les crédits verts destinés aux projets d'énergie propre dépassent désormais 270.000 milliards de dôngs, témoignant d'une réorientation progressive des flux financiers vers les secteurs contribuant au développement durable.

Pour répondre à l'accélération des investissements attendus, les experts estiment toutefois indispensable de diversifier les sources de financement. Ils préconisent notamment de renforcer les mécanismes de cofinancement entre banques commerciales, tout en développant davantage le marché des obligations vertes, des obligations d'entreprise et des fonds spécialisés dans les infrastructures.

Ils recommandent également d'accorder une priorité accrue aux crédits verts en faveur des projets d'énergies renouvelables, des réseaux intelligents et des infrastructures présentant un impact environnemental positif.

Au-delà de la mobilisation des capitaux, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de mettre en place un cadre financier plus transparent, stable et prévisible. Une telle évolution contribuerait à renforcer la confiance des investisseurs, à réduire les risques liés aux projets de long terme et à accélérer la transition énergétique du Vietnam.


Au-delà du financement, les experts ont souligné que la planification territoriale et l'innovation technologique constitueront les deux autres piliers de la transition énergétique vietnamienne. Nguyên Vu Phuong, directeur général adjoint de l'Académie de stratégie et de formation des cadres de la construction (ministère de la Construction), estime que, dans les villes de demain, l'énergie intelligente devra être considérée comme une composante structurelle de l'aménagement urbain.

Les nouveaux modèles de planification devront intégrer simultanément trois dimensions indissociables : l'espace, l'énergie et les données, afin d'assurer une articulation cohérente entre les infrastructures physiques et les infrastructures numériques.

Selon lui, cette approche permettra non seulement d'optimiser le fonctionnement des réseaux énergétiques, mais également de favoriser le développement de villes plus sobres en carbone, plus résilientes face au changement climatique et mieux préparées aux objectifs de neutralité carbone.

Du point de vue du développement du système électrique, Nguyên Manh Cuong, responsable par intérim du Département du développement des réseaux électriques à l'Institut de l'énergie (ministère de l'Industrie et du Commerce), a estimé que le Vietnam devait accélérer la levée des obstacles réglementaires, finaliser les mécanismes de tarification de l'électricité et mettre en œuvre plus rapidement la version révisée du Plan directeur de développement de l'électricité VIII.

Le système énergétique doit désormais s'appuyer sur les données, les technologies numériques et l'innovation.
Photo d'illustration d'IA/CVN

Ces conditions sont, selon lui, indispensables pour améliorer le climat d'investissement et attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures énergétiques intelligentes.

Pour sa part, l'architecte Trân Ngoc Chinh, président de l'Association vietnamienne pour l'urbanisme et le développement urbain, a proposé le lancement de projets pilotes de "villes intelligentes à énergie verte" dans les grandes agglomérations et les zones industrielles.

Ces expérimentations reposeraient sur l'utilisation de plateformes numériques, de l'intelligence artificielle (IA) et de la technologie des jumeaux numériques (Digital Twin) afin d'optimiser la gestion de l'énergie, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'améliorer la qualité de vie des habitants.

Selon lui, ces projets pilotes permettront d'évaluer, dans des conditions réelles, la pertinence des solutions technologiques avant leur déploiement à l'échelle nationale, tout en fournissant aux autorités des bases concrètes pour adapter le cadre réglementaire.

Au-delà des échanges techniques, le Forum sur le développement des infrastructures énergétiques intelligentes a constitué une plateforme de dialogue réunissant décideurs publics, experts, entreprises et institutions financières autour d'une vision commune de la transition énergétique. Les propositions formulées à cette occasion devraient contribuer à affiner les politiques publiques et à accélérer la mise en œuvre des grands projets structurants.

À mesure que les impératifs de développement durable s'imposent, les infrastructures énergétiques intelligentes apparaissent comme l'un des fondements de l'économie vietnamienne de demain.

En associant innovation numérique, financements verts et nouvelles approches de la planification territoriale, le Vietnam entend bâtir un système énergétique plus moderne, plus sûr et plus efficient, capable d'accompagner la croissance verte et de soutenir son ambition de devenir un pays à revenu élevé d'ici à 2045.

Câm Sa/CVN

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