>> L’économie du patrimoine, un choix innovant, humaniste et concret
>> Préserver l'identité culturelle et assurer un avenir durable
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| Le tourisme patrimonial met en valeur les richesses culturelles locales. |
| Photos : Huong Linh - VNA/CVN |
Longtemps considéré comme un trésor spirituel à conserver, le patrimoine est aujourd’hui érigé en ressource essentielle pour l’essor socio-économique du Vietnam. Cette reconnaissance contribue à renforcer l’identité nationale et la puissance endogène du pays.
Le projet de documents du XIVe Congrès national du Parti introduit pour la première fois le concept d’“économie du patrimoine” comme boussole stratégique orientant le développement culturel vers la durabilité. Il s’agit d’un tournant conceptuel majeur, où le capital culturel devient un véritable moteur de croissance, garant de la prospérité pérenne de la nation.
Les recherches récentes confirment que cette approche constitue un levier puissant pour valoriser pleinement la culture vietnamienne et renforcer son rayonnement en tant que soft power (puissance douce), dans un contexte d’intégration internationale accélérée.
Préserver pour mieux valoriser
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| Le patrimoine culturel désormais reconnu comme un levier essentiel du développement socio-économique. |
| Photo : VNA/CVN |
Selon le Dr. Trân Huu Son, directeur de l’Institut du folklore appliqué, le projet de documents du XIVe Congrès du Parti souligne la nécessité d’articuler “la préservation et la promotion efficace des valeurs de l’héritage culturel au développement de l’économie du patrimoine”.
Il définit cette dernière comme une synthèse organique entre conservation, valorisation et création de richesse issue des biens culturels. Ce modèle, bien qu’encore émergent au Vietnam, est déjà adopté par plusieurs pays développés comme stratégie de préservation identitaire, de stimulation de la créativité et des moyens de subsistance locaux.
Dans ce cadre, la conservation est le socle indispensable de toute valorisation ; sans elle, le bien perdra son authenticité et deviendra inexploitable. Inversement, la valorisation représente la véritable force motrice de la préservation, en ce qu’elle insuffle une “vie” communautaire au patrimoine, le soustrayant à l’oubli, assurant sa transmission et sa régénération dans un cadre contemporain.
L’économie du patrimoine (Heritage Economy) se distingue comme un secteur spécifique, fondé sur l’exploitation raisonnée et la mise en valeur des richesses culturelles et naturelles pour générer des ressources de croissance, tout en restant indissociable des impératifs de préservation.
Le Dr. Trân Huu Son précise que cette filière englobe une grande diversité de formes, allant du tourisme patrimonial aux produits agricoles OCOP (One Commune One Product - À chaque commune son produit), en passant par les industries culturelles inspirées des symboles et valeurs ancestrales, la gastronomie traditionnelle et l’art artisanal. Toutes sont enracinées dans le patrimoine et basées sur ses valeurs intrinsèques.
Trois piliers structurants
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| La poterie de Bát Tràng (à Hanoï) a été reconnue en 2019 patrimoine culturel immatériel national et son village est aujourd’hui intégré au réseau mondial des villes artisanales. |
| Photos : VNA/CVN |
Le Dr. Son identifie trois composantes majeures de cette économie. D’abord, le tourisme patrimonial, forme la plus répandue, incluant les tourismes spirituels, des racines et expérientiel. Des exemples comme les itinéraires vers le Temple des rois Hùng (fondateurs de la nation), les rizières en terrasses de Mù Cang Chai ou l’initiation au tissage de la brocatelle chez les H’mông et les Thaï illustrent la transformation du patrimoine en ressources touristiques distinctives.
Ensuite, le programme OCOP, fruit du savoir-faire local, de l’artisanat traditionnel et de la culture communautaire. Des produits emblématiques comme le nuoc mam (saumure de poisson) de Phú Quôc, le thé de Thái Nguyên ou la poterie de Bát Tràng acquièrent non seulement une valeur marchande, mais aussi une portée symbolique de leur terroir, contribuant au rayonnement de l’image de marque du Vietnam.
Enfin, les industries créatives liées au patrimoine, telles que le cinéma, la musique ou l’artisanat d’art, puisent leur inspiration dans le fonds patrimonial. En s’enracinant dans la culture ancestrale, elles génèrent une richesse nouvelle tout en préservant l’âme nationale.
M. Son insiste sur l’importance croissante de cette économie dans la vie nationale et la considère comme un moteur indispensable à la pérennisation et la promotion des traditions culturelles. Il appelle à approfondir la recherche scientifique, à identifier ses typologies, à analyser leurs spécificités et à anticiper les contradictions liées à son développement sur le terrain. Il recommande également la planification stratégique de ses activités et la mise en place de mécanismes politiques incitatifs, fondés sur trois principes : nationalisation, popularisation et scientification.
Une stratégie nationale émergente
Abondant dans le même sens, le Dr. Trân Đoàn Lâm, ancien directeur des Éditions Thế Giới (Monde), souligne que l’introduction du concept d’“économie du patrimoine” dans le projet de rapport politique du Comité central du XIIIe mandat, qui sera présenté au XIVe Congrès national du Parti, prévu en janvier 2026, constitue une innovation stratégique pour le Parti et une nouveauté pour les acteurs culturels vietnamiens.
Ce changement marque une évolution profonde de la perception : le patrimoine n’est plus un simple coût de conservation pour le secteur culturel, mais une ressource de développement économique durable au service de la société.
Dans le contexte vietnamien, cette économie se définit comme un champ interdisciplinaire où le patrimoine devient un actif monétisable via le tourisme, les services et d’autres activités connexes, loin de l’idée d’un bien statique à préserver.
Son inscription dans un document de haut niveau confirme qu’il s’agit d’une voie stratégique pour concrétiser l’objectif d’une combinaison harmonieuse entre conservation et développement. Elle assure aussi la jonction entre capital culturel, économie créative et économie numérique dans un monde globalisé.
Un changement de paradigme
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| Inscrits en 2009 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, les chants populaires quan ho (chants alternés) de Bac Ninh incarnent l’âme musicale du Nord. |
| Photos : VNA/CVN |
D’après le Dr. Lâm, ce changement de perspective revêt une portée fondamentale : alors que les législations et conventions internationales se concentraient initialement sur le maintien du statu quo des biens matériels, cette redéfinition de l’économie du patrimoine met l’accent sur sa valeur dynamique. Elle appelle une gestion proactive : il ne s’agit plus d’interdire l’intervention, mais de maîtriser le changement et de stimuler la créativité, en s’appuyant sur les fondements de l’héritage.
Dans ce modèle novateur, le patrimoine culturel immatériel joue un rôle croissant, devenant un catalyseur de richesse économique distincte de l’exploitation des seuls sites matériels.
Trân Đoàn Lâm souligne la complexité et la transversalité de cette économie, qui requiert des équipes pluridisciplinaires en économie, culture, société et environnement. Ces travaux fourniront une base scientifique solide pour des politiques publiques efficaces.
Il est d’ailleurs particulièrement recommandé d’adosser cette économie à la diplomatie culturelle, afin de mettre en évidence sa contribution au renforcement du soft power national et à l’amélioration de l’image de marque et du positionnement du Vietnam sur la scène internationale.
Vers une vision à long terme
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| Un touriste étranger se met dans la peau d’un paysan à Duong Lâm, Hanoï. |
| Photo : VNA/CVN |
L’économie du patrimoine constitue une orientation stratégique et novatrice pour le Vietnam. Elle transforme l’héritage, autrefois figé, en ressource dynamique et durable, dépassant le seul secteur touristique pour s’étendre aux économies créative et numérique, autour des principes fondamentaux de transmission des valeurs et d’innovation continue.
Cependant, la réalité montre que son efficacité et sa pérennité dépendent avant tout de nos capacités de gouvernance et d’institutionnalisation. Le défi majeur réside moins dans le potentiel patrimonial ou technologique que dans les lacunes en matière d’éthique commerciale et de gestion entrepreneuriale. La recherche de profits immédiats pourrait rapidement compromettre la qualité et l’authenticité des biens patrimoniaux et nuire à l’image de marque nationale.
Pour que cette économie devienne un véritable vecteur de “combinaison harmonieuse entre préservation et développement”, le Dr. Lâm recommande une stratégie à long terme intégrée au schéma directeur national, accompagnée de plans d’action à court terme favorisant l’essor de cette filière. Ces mesures concrétiseront la ligne directrice du projet de documents soumis au prochain XIVe Congrès du Parti.
Il est manifeste que les contributions des deux experts convergent sur un point essentiel : l’économie du patrimoine est une voie de développement incontournable, un trait d’union entre passé et avenir, entre tradition et créativité.
En mettant l’accent sur cette thématique, le projet de documents du XIVe Congrès national du Parti témoigne de la vision prospective du Parti dans la construction d’une “culture vietnamienne avancée, riche en identité nationale”. Sur le plan pratique, le développement de cette économie ne se limite pas à des bénéfices matériels, mais renforce l’identité, accroît le soft power du pays et contribue à l’édification d’un “Vietnam puissant, prospère et humain”.
Phuong Hà - Huong Linh/CVN







