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Arrivés de nuit à Sa Pa, dans la province montagneuse de Lào Cai (Nord), après un trajet en bus-couchette depuis Hanoï, nous posons nos sacs au Surelee Homestay. Dès le lendemain, nous partons marcher 10 km dans la vallée en contrebas de la ville, pour découvrir le quotidien de ceux qui y vivent.
La brume est épaisse quand nous démarrons, au milieu des homestays, entre cartes de café et tarifs de nuitée. Notre guide, Cha, connaît la piste par cœur et, visiblement, tout le monde sur le chemin. Sa famille vit un peu plus haut dans la montagne, mais elle descend chaque jour guider les touristes.
La culture du riz
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| Vue sur les rizières depuis le Surelee Homestay. |
Cette vallée porte le nom de Mường Hoa, déformation française de “Mương va”, celui d’un village tày. Cartographié par une expédition française en 1903, le plateau de Sa Pa est devenu poste militaire, puis station de villégiature. La région est habitée principalement par les H’mông noirs et les Dao rouges, mais aussi par les Tày, les Giáy et les Xá Phó : cinq des 54 ethnies présentes sur le territoire vietnamien.
Nous longeons des rizières où pataugent buffles et poules égarées. Ce sont elles qui dessinent le paysage. “Le riz, c’est surtout pour nourrir ma famille, nous explique Cha. Ce qui nous fait vivre, c’est davantage le tourisme”. Elle ne le récolte qu’une fois par an : sur les pentes raides, en altitude, une seule saison convient, alors que les plaines en offrent deux, voire trois. Les parcelles se transmettent de génération en génération, et c’est à la famille de les cultiver.
Les H’mông, les Dao et les Giáy labourent traditionnellement avec des buffles, mais Cha avoue qu’une telle bête vaut presque 7.000.000 dôngs.“Aujourd’hui, la machine coûte moins cher, et on s’en sert de plus en plus”, constate-t-elle. Un motoculteur prépare les sols avant le semis, et une décortiqueuse sépare le grain de son enveloppe. Avant elle, tout se faisait à la main ou avec un mortier à pilon hydraulique, technique très répandue dans les vallées du Nord : l’eau remplit un godet dont le poids fait basculer la poutre, et le pilon de bois retombe sur le riz avec force.
Vendre les savoir-faire locaux
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| Des tissus imbibés d’indigo en train de sécher. |
Dès le début de la marche, deux femmes, hotte sur le dos, se glissent derrière notre groupe. Elles nous demandent nos prénoms, d’où nous venons, et nous lancent un “Bonjour”. À force de rencontres, elles savent distinguer un Français d’un Anglais, d’un Allemand ou d’un Italien pour l’aborder dans sa langue. Elles nous suivent pendant une heure, jusqu’à une petite construction en bois qui sert de marché. D’autres femmes y étalent turbans, bracelets et vêtements faits main,apportés en sandales sur des sentiers rendus glissants par la pluie de la veille. Elles discutent, sourient, et proposent toujours un article de plus.
Les turbans sont la pièce maîtresse du marché. Leur bleu foncé intrigant nous vaut de questionner Cha, qui nous mène devant un champ de feuilles : frottées vigoureusement entre les paumes, elles teintent la peau en vert, mais cela virera bientôt au bleu, assure-t-elle.
Il s’agit de Strobilanthes cusia, la variété tinctoriale la plus répandue chez les H’mông, qui donne leur teinte à tous les vêtements traditionnels de la vallée. Les précurseurs de l’indigo contenus dans la feuille sont d’abord hydrolysés, puis oxydés au contact de l’air, d’où ce vert qui bleuit sur nos mains. Les H’mông extraient le pigment par fermentation, aération avec de la chaux, puis filtration. Le tissu est ensuite trempé à répétition et séché, un travail long et minutieux, mais qui en vaut la peine puisque la teinture naturelle tient très bien et s’estompe peu. Les mains de ces femmes en témoignent : imprégné pendant des années, l’indigo s’attache aussi à la peau et ne s’en ira plus.
Une végétation luxuriante pour tous les usages
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| Elsholtzia blanda, communément appelée Kinh giới rừng (Mélisse des bois ou Elsholtzia sauvage) au Vietnam. |
Nous entrons ensuite dans une forêt de bambous, où Cha énumère leurs usages : gourdes, meubles, paniers, bois de chauffe une fois sec, et même cuisson du riz gluant dans un tube de bambou. “Un bambou vert met un an à pousser, précise-t-elle, et il faut attendre deux ans quand on le veut plus sec”. Les feuilles, elles, iront aux buffles.
Après le déjeuner, nous reprenons notre marche, et chaque plante croisée a sa fonction : un fruit à coque proche du poivre contre les maux de ventre ; l’Elsholtzia, herbe aromatique de la famille de la menthe, utilisée par les Dao rouges dans leurs bains d’herbes thérapeutiques ; plus loin, du shiso, courant dans la cuisine vietnamienne, ainsi que des courgettes et du gingembre. Toutes ces plantes rappellent combien la médecine traditionnelle reste présente dans ces villages, où l’on soigne les maux par les plantes avant d’aller à l’hôpital de Sa Pa.
Notre marche s’achève par la traversée du lit d’une large rivière. Après les fortes pluies de la veille, le débit a augmenté puis est redescendu, et des femmes, un panier en plastique sur le dos, en profitent pour inspecter le lit avec les enfants. Elles y collectent escargots d’eau douce et crabes de ruisseau. Les averses torrentielles font aussi descendre des poissons des montagnes, que les femmes piègent dans des paniers de bambou tressés, dans les creux du lit.
Un peu plus en amont, nous empruntons un pont récent pour passer d’une rive à l’autre. Juste à côté se trouve l’ancien ouvrage que Cha n’a pas oublié. Pour la dernière anecdote de la journée, elle raconte avoir eu peur, enfant, de le traverser, car il ne fallait jamais y monter à plusieurs. Franchir la rivière sur les cailloux en contrebas lui semblait plus sûr et moins effrayant.
TEXTE ET PHOTOS : GALLIANE LANGSWEIRT/CVN






