Lào Cai mise sur ses rizières en terrasses pour structurer une nouvelle offre touristique

De Tu Lê et Mù Cang Chai à Sa Pa et Ban Liên, la province de Lào Cai entend relier ses paysages en terrasses au sein d’un itinéraire touristique cohérent. L’objectif : prolonger les séjours, accroître les retombées économiques locales et préserver un patrimoine façonné par les communautés rurales.

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La province de Lào Cai s’emploie activement à relier ses célèbres rizières en terrasses pour créer un itinéraire touristique unifié. 
Photo : Duy Doanh/CVN

Une conférence s’est récemment tenue dans la commune de Ban Liên, à Lào Cai, afin d’évaluer la faisabilité et les perspectives de développement de produits touristiques autour de l’"Itinéraire reliant le patrimoine culturel des rizières en terrasses". Auparavant, du 3 au 6 octobre, une délégation de plus de 50 personnes, composée de responsables du tourisme, de représentants d’agences de voyages et de journalistes, avait parcouru l’ensemble de l’itinéraire pour évaluer l’état des routes, les infrastructures d’hébergement et les points d’étape.

Selon le Service provincial de la culture, des sports et du tourisme, la province a accueilli environ 9,8 millions de visiteurs au cours des neuf premiers mois de l’année, dont près de 1,36 million de touristes internationaux. Les recettes touristiques ont atteint 40.880 milliards de dôngs, soit environ 80% de l’objectif annuel. La province compte trois ensembles de rizières en terrasses officiellement reconnus par l’État, dont ceux de Mù Cang Chai, classés "vestige national spécial" et couvrant une zone protégée de 852,9 ha.

Toutefois, ce potentiel reste largement exploité de manière saisonnière. Du début de l’année au 4 octobre, Mù Cang Chai a accueilli 197.570 visiteurs, dépassant de 16,2% son objectif annuel. À noter que 119.700 d’entre eux sont venus durant les cinq semaines du "Festival de la saison dorée", organisé du 31 août au 4 octobre. Ainsi, environ 60% des visiteurs recensés sur cette période de neuf mois se sont concentrés sur un peu plus d’un mois. Les recettes touristiques de la commune ont atteint 423,2 milliards de dôngs, soit une dépense moyenne de plus de 2,1 millions de dôngs par visiteur, environ la moitié de la moyenne provinciale, estimée à 4,1 millions de dôngs.

Lieux ciblés, pics saisonniers : l'engorgement assuré

Conférence consacrée à la faisabilité et au développement du produit touristique "À la découverte de l’itinéraire du patrimoine culturel des rizières en terrasses".
Photos : Duy Doanh/CVN

Lors des périodes de forte affluence, les transports, l’hébergement et l’environnement subissent une pression considérable, tandis que de nombreux établissements touristiques tournent au ralenti le reste de l’année. Giàng A Tang, vice-président du Comité populaire de la commune de Mù Cang Chai, a indiqué que la localité développait des produits adaptés aux différentes saisons et renforçait ses partenariats avec les agences de voyages afin de prolonger les séjours et d’accroître les dépenses des visiteurs.

Parallèlement, à Ban Liên, le président Luong Manh Hà a indiqué que la commune avait accueilli environ 6.800 visiteurs au premier semestre 2026, dépassant ainsi le total enregistré sur l’ensemble de l’année 2025, qui s’élevait à environ 4.500. Ce chiffre demeure néanmoins modeste au regard de la fréquentation des principaux pôles touristiques de la province.

Cette disparité reflète la situation générale du tourisme à Lào Cai. Lors d’une rencontre avec des entreprises du secteur organisée à Sa Pa le 8 juillet 2026, de nombreux professionnels ont souligné que l’offre touristique provinciale reposait essentiellement sur Sa Pa et sur des activités axées sur la visite de sites. Cette concentration la rend vulnérable aux aléas météorologiques et aux fluctuations du marché. Certaines destinations connaissent ainsi une surfréquentation saisonnière, tandis que d’autres peinent à attirer les visiteurs. Quelques sites privilégiés captent l’essentiel des flux touristiques de la province. Les destinations ne pourront guère remédier seules à ces déséquilibres.

Cette faiblesse n’est pas nouvelle. En 2023, lors de discussions sur le tourisme lié aux rizières en terrasses dans le Nord-Ouest, le professeur associé et docteur Duong Van Sáu, de l’Université de la culture de Hanoï, avait souligné le manque d’attrait des produits touristiques et leur caractère fragmenté, faute d’une stratégie de développement cohérente. À l’époque, Mù Cang Chai et Sa Pa appartenaient à deux provinces distinctes. Depuis le 1er juillet 2025, date de la fusion des provinces de Yên Bai et de Lào Cai, l’ensemble de l’itinéraire se trouve au sein d’une même province, placée sous une autorité unique de gestion du tourisme. Les obstacles liés aux frontières administratives étant levés, le défi consiste désormais à organiser et à valoriser l’expérience touristique de manière cohérente.

Mieux réguler les flux grâce à la coopération territoriale

Les courbes sinueuses des rizières en terrasses constituent l’un des principaux attraits touristiques de Lào Cai. 
Photo : Duy Doanh/CVN

Lào Cai cherche également à renforcer ses partenariats. La province participe au programme de coopération touristique réunissant huit provinces du Nord-Ouest et Hô Chi Minh-Ville pour la période 2026-2030. Le 1er octobre, elle a par ailleurs signé un programme de coordination avec la province de Tuyên Quang, prévoyant la création de cinq itinéraires interprovinciaux.

Hà Van Siêu, directeur adjoint de l’Administration nationale du tourisme du Vietnam, a souligné la nécessité pour les localités d’adopter une nouvelle approche de la coopération. Selon lui, elles doivent créer un espace touristique partagé, reposant sur des produits, des marques, des marchés et des données communs, ainsi que sur un mécanisme de coordination unifié. Les itinéraires traversant les rizières en terrasses de Lào Cai constituent un atout majeur pour établir des liaisons touristiques à l’intérieur de la province, avant d’étendre cette dynamique à des circuits interprovinciaux.

Renforcer les liens au sein de la chaîne de valeur

Lors d’une conférence consacrée à la faisabilité et au développement du produit touristique "À la découverte de la route du patrimoine culturel des rizières en terrasses", Pham Tât Thành, directeur adjoint du Centre de promotion de l’investissement, du commerce et du tourisme de Lao Cai, a souligné : "Si nous nous contentons d’emmener les touristes à un point de vue pour photographier les rizières en terrasses avant de repartir, nous n’exploitons qu’une infime partie de la valeur de cette ressource". 

Selon lui, si les rizières en terrasses constituent le fil conducteur du voyage, l’offre touristique doit également intégrer des repas locaux, des séjours chez l’habitant, la découverte de l’artisanat traditionnel et des échanges authentiques avec les communautés locales.

Des touristes s’initient à la cueillette du thé aux côtés des habitants de l’ethnie Tày, dans le village de Ban Liên. 
Photo : Duy Doanh/CVN

Un récent voyage d’étude organisé par les autorités locales s’inscrivait dans cette démarche. À Suôi Giàng, les participants ont découvert un théier ancestral et observé des artisans préparer le thé Shan Tuyêt. À Ban Côm, dans la commune de Tu Lê, ils ont appris comment le "côm", ou flocon de riz vert tendre, est fabriqué à partir de riz gluant.

L’itinéraire les a ensuite conduits par le col de Khau Pha jusqu’à Mù Cang Chai, puis le long de la vallée de Muong Hoa, à Sa Pa, avant de rejoindre Ban Liên par la route provinciale 152. Ils y ont participé à la cueillette du thé et à la récolte du riz aux côtés des habitants de l’ethnie Tày.

À partir de ces observations de terrain, deux circuits pilotes ont été proposés : "Voyage de la saison dorée dans le Nord-Ouest", d’une durée de trois jours et deux nuits, destiné aux touristes nationaux, et "Vivre le patrimoine - Immersion culturelle autochtone", sur quatre jours et trois nuits, pour les visiteurs souhaitant approfondir leur découverte de la culture locale. Durant la phase pilote, chaque groupe comptera entre 10 et 20 participants.

Pham Tât Thành a toutefois mis en garde contre une approche reposant uniquement sur la richesse des ressources touristiques : "Disposer de ressources ne signifie pas disposer d’un produit. Disposer d’un produit ne signifie pas que le marché l’achètera. Et trouver des acheteurs ne signifie pas que le produit est viable à long terme".

Il a donc demandé des précisions sur plusieurs aspects essentiels : la faisabilité réelle des circuits, les clientèles ciblées, les entreprises chargées de leur commercialisation, les prestataires de services ainsi que la structure des prix de vente au regard des coûts d’exploitation.

Il a également souligné que la coopération devait dépasser la simple "participation conjointe" pour évoluer vers une "responsabilité partagée quant à la qualité du produit".

Infrastructures adaptées, retombées garanties

L’immersion dans le mode de vie local constitue un atout majeur pour les touristes qui choisissent de prolonger leur séjour. 
Photo : Duy Doanh/CVN

Compte tenu des réalités du terrain, trois défis doivent être relevés. Le premier consiste à réduire les disparités en matière de services. Lors des dernières vacances de la Fête nationale, le taux d’occupation des hébergements classés trois étoiles ou plus à Sa Pa a avoisiné les 95%, tandis qu’à Ban Liên, où seuls 12 foyers pratiquaient le tourisme communautaire en 2024, il convient de privilégier un modèle fondé sur l’accueil de petits groupes au sein des villages.

Le deuxième défi concerne la mise en place d’équipements essentiels tout au long de l’itinéraire : sanitaires, systèmes de collecte des déchets, signalétique adaptée, affichage des tarifs et plans d’urgence en cas de fortes pluies ou d’inondations. Enfin, un mécanisme doit garantir la préservation des intérêts des populations locales.

Actuellement, Mù Cang Chai conserve l’intégralité des recettes issues des droits d’accès aux points de vue sur les rizières en terrasses afin de financer leur gestion et leur conservation, ainsi que d’apporter un soutien direct aux foyers dont les champs sont valorisés à des fins touristiques. Cette approche mériterait d’être étendue à l’ensemble de l’itinéraire, car le paysage perdrait sa raison d’être si les habitants abandonnaient leurs cultures.

La résolution N°26-NQ/TW, publiée par le Bureau politique le 22 août 2026 sur le développement du tourisme, préconise de renforcer les liens au sein de la chaîne de valeur entre agences de voyages, transporteurs, établissements d’hébergement, prestataires de services et producteurs locaux. Elle préconise également d’attirer une clientèle à fort pouvoir d’achat, susceptible de prolonger ses séjours.

Pour la province de Lào Cai, l’objectif est d’accueillir 15 millions de visiteurs et de générer des recettes touristiques totales d’environ 70.000 milliards de dôngs d’ici à 2030. Cela suppose de porter la dépense moyenne par visiteur de son niveau actuel, estimé à environ 4,1 millions de dôngs, à près de 4,7 millions. Une telle progression paraît difficile à atteindre grâce aux seules excursions à la journée. En reliant les différents sites patrimoniaux au sein d’itinéraires cohérents, la province pourrait ouvrir de nouvelles perspectives et donner un véritable élan au développement touristique de la région.

Nguyên Tùng/CVN

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