>> Barrière de la langue : quand l’expatrié redevient un enfant
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Au coin d’une rue de Tây Hồ, à Hanoï, animée par la sortie des écoles et les parents qui attendent sur leurs scooters, se cache la résidence.
On pousse le grillage en fer forgé, on monte l’escalier, et une petite dizaine de paires de chaussures, soigneusement alignées, attendent devant l’entrée. À l’intérieur, la fraîcheur de la climatisation et le silence apaisent immédiatement.
C’est Vi, directrice associée, qui m’accueille. “Ce sera très informel, d’accord ?”, lance-t-elle. La visite se déroule en effet le plus naturellement du monde. Son sourire et sa bonne humeur facilitent la conversation en anglais.
Un cadre qui libère
La VAC Residency Hanoi est entièrement financée par la Vietnam Art Collection (VAC), structure à but non lucratif fondée en 2021 et dotée depuis peu d’antennes à Shanghai et à New York. Inaugurée en avril 2024,la résidence de Hanoï se veut une plateforme dédiée aux artistes et aux acteurs culturels de la région. Elle les invite à explorer de nouveaux matériaux, méthodes et approches conceptuelles, pour prolonger ou bousculer leur pratique, dans un esprit d’échange entre disciplines et de collaboration. Les artistes sont sélectionnés au fil de rencontres et de visites d’atelier, qui permettent de découvrir leur vision et de cerner leurs besoins.
Chaque cycle dure trois mois : deux de production, puis un d’open studio, où le public découvre leur travail. Encouragés à prendre des initiatives et à inviter des collaborateurs, les artistes bénéficient d’un accompagnement curatorial, d’un soutien logistique, d’un accès au réseau de la résidence et d’occasions de s’engager auprès de la communauté locale. L’équipe travaille avec chacun pour réaliser au moins un projet à court terme, tout en l’incitant à tenter des expériences hors de sa zone de confort, qui élargissent sa vision artistique à long terme.
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| Des visiteuses lors de l’“Open Studio” intitulé “I send you my love” (Je t’envoie mon amour), présenté par l’artiste en résidence Minh Duc Pham à la VAC Hanoï. |
| Photo : Nguyễn Trường Giang-VAC/CVN |
Une maison pour créer
L’idée de fond est d’offrir un refuge temporaire pour réfléchir et créer, à l’écart des contraintes institutionnelles et commerciales qu’impose une carrière artistique. La résidence valorise l’apprentissage par l’expérience, les savoirs incarnés et les résultats inattendus, à travers des processus variés. Les trois mois offrent du temps et un cadre pour mener ses recherches, multiplier visites et rencontres, ou simplement s’installer dans ses projets. Selon l’équipe, ces libertés, rares dans des structures plus classiques, favorisent de réels progrès. Le lieu est une maison reconvertie en atelier modulable : à la fois espace de production, lieu d’échange et de programmation publique.
Dans la première pièce, une grande cuisine permet aux résidents de préparer leurs repas, même si l’artiste Minh Đức, qui y a séjourné, avoue n’avoir presque pas eu le temps de s’en servir, tant son travail l’occupait. Sur la gauche, l’espace s’ouvre sur un grand canapé. C’est là, précise Vi, qu’on trouvait souvent Minh Đức, installé devant son ordinateur ou en train de dessiner ses prochains projets. Au fond de la pièce, elle me présente l’espace de travail et l’équipe de production qui entoure les artistes. Six jeunes femmes y travaillent à temps plein, gérant les réseaux sociaux, les partenariats, la comptabilité et, grâce au fonds de production dédié à la résidence, les achats de matériaux. “On aide de toutes les façons possibles”, résume Vi. Toutes me réservent un accueil chaleureux.
On a presque envie de chuchoter en entrant, par respect pour un lieu qui respire autant la création que le travail de celles qui la rendent possible.
La résidence ne compte que deux chambres, qui se font face à l’étage, et n’héberge donc que deux artistes à la fois. Juste en dessous, un niveau entier est consacré à l’exposition et à la production. Un dernier étage abrite un studio de production et une zone de rangement. Mais, en raison de la chaleur, les artistes préfèrent rester dans leurs chambres ou en bas, près de l’équipe, sauf quand il faut construire une sculpture sur place. L’équipe, elle, n’est présente que la journée.
Des liens qui durent
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| Dans le cadre du programme “TEAROOM Relay Colloquial”, à la VAC Hanoï, le 11 mars 2025. |
| Photo : Trần Thảo Linh - VAC/CVN |
Vi, comme la plupart de l’équipe, est là depuis le lancement de la résidence. “Le temps file. Je n’arrive pas à croire que cela fait déjà plus de deux ans que j’ai commencé”, confie-t-elle. Les artistes vont et viennent, mais le lien qu’ils tissent avec le lieu perdure.
Plus tard, Vi me permet de parler au téléphone avec Minh Đức. La joie de l’équipe d’entendre sa voix et son envie de revenir au plus vite disent combien ces liens dépassent de loin les quelques mois de résidence.
Vi explique aussi que la résidence cherche constamment à s’ajuster : apprendre des artistes, réfléchir à ce qui a fonctionné ou non. “Je pense que jusqu’ici, c’est encore très expérimental, admet-elle, et c’est ce qu’on aime là-dedans”.
Minh Đức a lui aussi apprécié la débrouillardise et l’énergie de l’équipe, qui n’a pas hésité à faire fonctionner les choses là où d’autres auraient renoncé. Pour Vi, tout l’intérêt de l’aventure est là : “Grandir vers quelque chose de nouveau et d’imprévisible”.
Derrière l’ambiance feutrée, l’enjeu est pourtant bien de rendre ces artistes visibles. La résidence leur offre soutien et exposition, alors qu’ils en manquaient souvent jusque-là, et, peu à peu, un accès à un réseau international de production et d’exposition.
GALLIANE LANGSWEIRT/CVN




