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| Les élèves d’Abiyé accueillent le lieutenant-général Pham Truong Son et sa délégation à Abiyé début juin 2024. |
| Photo : Nam Long/CVN |
À peine quittée l’aire d’atterrissage des hélicoptères de la Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abiyé (UNISFA), l’œil est saisi par une modeste enseigne : “Welcome to paradise” (Bienvenue au paradis). Ces mots, tracés en ondulations bleu ciel sous l’emblème des Nations unies, offrent un premier contact saisissant avec Abiyé, territoire au nom aussi beau que paradoxal.
Ce portail existait bien avant l’arrivée des Casques bleus de l’Armée populaire vietnamienne. Mais il aura fallu près de trois ans depuis le déploiement de l’Unité du génie et des officiers vietnamiens, pour que l’idée d’une vie meilleure commence à prendre corps sur ce territoire que l’on croyait façonné uniquement par les conflits.
Réinventer le “paradis”
À Abiyé, la population se déplace armée, même pour garder le bétail. Les violences interethniques peuvent éclater à tout moment. C’est dans cet environnement que les Casques bleus vietnamiens ont entamé leur mission.
En mai 2022, l’équipe de reconnaissance avancée de l’Unité du génie du Vietnam arrive à Abiyé. La mission confiée par l’ONU paraît technique : entretien des routes, construction et maintenance des camps et des héliports. Pourtant, c’est à travers ces tâches que le visage du “paradis” commence à changer.
La terre d’Abiyé est dure comme la pierre à la saison sèche, puis devient visqueuse et collante sous la pluie, engloutissant roues et pas humains. Après chaque averse, les routes se déforment, parfois submergées. Or, selon les accords en vigueur, l’ONU ne peut construire de routes en béton sans l’aval des autorités locales, même à l’intérieur des bases. Résultat : la réparation des routes est un travail sans fin.
“Il arrive que, pour dégager un seul véhicule de l’ONU embourbé, il faille d’abord tracter des dizaines de véhicules civils afin de libérer la voie”, confie le colonel Nguyên Viêt Hung, commandant de l’Unité du génie n°2.
Parallèlement, la construction des camps constitue l’empreinte la plus visible. Depuis mars 2023, l’Unité du génie vietnamienne édifie un camp “intelligent“ sur la base de Highway, autrefois considérée comme la plus délabrée de la mission. Aujourd’hui, le projet est achevé : 30 modules préfabriqués intégrant bureaux, logements, réfectoires, espaces sportifs, systèmes de traitement de l’eau et des déchets, énergie solaire, dispositifs de sécurité et aménagement paysager.
Le contexte opérationnel des Casques bleus vietnamiens a été mis en lumière lors de la mission intersectorielle de début juin 2024, conduite par le lieutenant-général Pham Truong Son. Cette visite a notamment permis de mesurer l’ampleur du travail accompli à Abiyé.
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| Le commandant Nguyên Mâu Vu (droite), officier politique du 2e bataillon du génie de l’Armée populaire vietnamienne à Abiyé. |
| Photo : Nam Long/CVN |
À cette occasion, le général de brigade Ameer Muhammad Umrani, commandant de l’UNISFA, a lu la lettre de Mme Anne-Marie van den Berg, secrétaire générale adjointe de l’ONU, saluant la réalisation du premier camp intelligent d’Abiyé construit par une unité du génie militaire vietnamien. De base vétuste, Highway est devenue l’une des installations les plus modernes et les plus remarquables de la mission.
“Le Vietnam, la dixième tribu”
Si les infrastructures sont visibles, la campagne mobilisation de masse touche, elle, les cœurs. Bien que non inscrites dans le mandat officiel, les initiatives des soldats vietnamiens vont bien au-delà : routes aménagées pour permettre aux malades d’accéder à l’hôpital sans s’enliser, salles de classe construites, bateaux réparés, puits d’eau potable creusés, initiation au maraîchage, projections de films pour les enfants, dons de livres et de fournitures scolaires.
À Abiyé, une chèvre coûte environ 30 dollars, tandis qu’un sac de ciment atteint 35 dollars - un indicateur du prix exorbitant de la construction en zone de conflit. Les soldats vietnamiens ont recyclé les matériaux excédentaires des camps pour bâtir des écoles et réparer des embarcations. Chaque remise d’ouvrage devient une véritable fête communautaire, en présence des responsables de la mission, des autorités locales et de la population.
Les habitants appellent le Vietnam la “dixième tribu” - Abiyé en compte officiellement neuf. Les enfants chantent en vietnamien ; au marché, les commerçants balbutient “rau đây” (voici des légumes), “môt nghìn” (mille), “đuoc” (d’accord), “không”(non). Lors de la visite de la délégation vietnamienne, des centaines d’écoliers brandissent le drapeau rouge à étoile jaune et scandent “Vietnam - Hô Chi Minh !”, l’expression la plus élevée de respect dans la culture locale.
Peu de gens savent que, cinq mois plus tôt seulement, au début de 2024, des affrontements entre les communautés Ngok Dinka, Twic Dinka et Nuer ont causé des centaines de morts et déplacé des milliers de personnes. Deux Casques bleus ghanéen et pakistanais de l’UNISFA ont perdu la vie en protégeant les civils.
Graines de la paix en terre d’instabilité
Le conflit à Abiyé n’est pas terminé. Mais au milieu de l’instabilité, la vie s’améliore. Les routes sont moins impraticables. Les écoles résistent aux intempéries. L’eau potable coule dans une terre assoiffée. Et surtout, la confiance renaît.
Les habitants disent : “L’UNISFA, c’est l’ONU. Le Vietnam, c’est l’ONU avec le cœur”. Une reconnaissance inestimable pour des soldats venus d’un pays qui a connu la guerre et en comprend intimement le prix de la paix.
Un jour, lorsque les armes se tairont, Abiyé deviendra peut-être réellement un “paradis” - non plus ironique, mais durable. Et dans la mémoire de cette terre demeurera l’empreinte silencieuse et tenace des soldats vietnamiens.
Ngoc Hung - Câm Sa/CVN




