Agent orange/dioxine
Accompagner les victimes face aux défis d’aujourd’hui et de demain

L’appui aux victimes de l’agent orange/dioxine privilégie des solutions durables. Le défi majeur reste d’assurer un soutien pérenne à ces personnes lorsque leurs parents vieillissants ne pourront plus les prendre en charge. Échange avec Pham Xuân Hung, vice président de la VAVA.

Pham Xuân Hung, vice président de l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA).
Photo : Thao Nguyên/CVN

L’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA) défend leurs droits et intérêts légitimes. Active depuis janvier 2004 et forte de plus de 400.000 membres fin 2025, elle entretient des relations de coopération avec plus de 60 organisations étatiques et non gouvernementales du monde entier.

La VAVA apporte un appui concret aux victimes par des programmes de soutien économique, d’insertion sociale et d’assistance psychologique. Ces actions visent à renforcer leur autonomie et à alléger la charge pesant sur leurs familles, en complément des dispositifs sanitaires.

Cette assistance doit impérativement dépasser la seule question médicale et inclure des solutions durables concernant les moyens de subsistance autant que l’accompagnement thérapeutique. Les difficultés des victimes fragilisent souvent les revenus et pèsent sur l’équilibre familial, comme le rappelle Pham Xuân Hung, vice-président de la VAVA et directeur du Fonds d’aide aux victimes de l’agent orange/dioxine : “Nous devons mesurer pleinement les effets de l’agent orange/dioxine sur la santé et la capacité de travail des victimes. Ces conséquences ne touchent pas seulement les personnes elles mêmes, mais aussi leurs familles, en particulier celles qui comptent des victimes sur deux générations ou davantage”.

Un accompagnement pérenne reste donc indispensable pour soutenir les personnes dépendantes lorsque leurs parents vieillissants ne pourront plus les prendre en charge. Ce défi majeur constitue l’une des priorités de la VAVA et des politiques publiques.

Des victimes directes sont désormais âgées et leurs enfants, eux mêmes impactés par la nocivité de l’agent orange, sont également en situation de handicap. Âgés aujourd’hui de 40 ou 50 ans pour certains, ils se trouvent parfois dans l’impossibilité de vivre de manière autonome ou de fonder leur propre foyer.

“Le plus difficile, c’est lorsque les parents deviennent trop âgés ou disparaissent, il n’y a alors plus personne pour s’occuper d’eux. C’est une très grande inquiétude pour les familles”.

Moyens de subsistance

C’est pourquoi la VAVA souhaite développer davantage de structures capables de les accueillir et les accompagner durablement. Leur pérennité suppose toutefois des ressources régulières pour couvrir les frais de personnel, de nourriture, de soins et de fonctionnement.

Chang Ho Ick (droite), président de l’Association des Sud Coréens amoureux du Vietnam (VESAMO), remet une aide financière à une victime vietnamienne de l’agent orange/dioxine. 
Photo : VAVA/CVN

“La priorité actuelle porte sur les moyens de subsistance”. La VAVA concentre ainsi ses ressources sur des activités génératrices de revenus, en cohérence avec les politiques mises en œuvre par le Parti et l’État vietnamiens en matière de logement pour les ménages pauvres et en difficulté, dont font partie des victimes et leurs familles.

“Nous ne donnons pas simplement de l’argent pour les dépenses courantes. Notre soutien vise à créer des moyens de subsistance durables”.

Une aide représente actuellement environ 10 millions de dôngs et repose sur un projet économique élaboré avec les structures locales : élevage, petit commerce ou acquisition de matériel professionnel. À Dông Nai (Sud), ces financements ont permis à des familles d’ouvrir de petites épiceries. Un autre programme doit prochainement être lancé, pour une assistance d’environ 15 millions de dôngs par bénéficiaire.

C’est ainsi plus de 5.086 milliards de dôngs que la VAVA a consacrés à l’accompagnement des victimes et de leurs familles entre janvier 2004 et décembre 2025, dont plus de 4.857 milliards pour le logement, la formation professionnelle, les bourses, les équipements adaptés et les projets économiques.

L’Organisation d’aide médicale et scientifique au Vietnam, au Laos et au Cambodge (MSAVLC) remet des cadeaux à une victime de l’agent orange/dioxine à Ninh Binh. Photo : VAVA/CVN

Pour l’avenir, la VAVA entend maintenir ses efforts dans la prise en charge médicale, notamment à travers des équipements adaptés comme les fauteuils roulants et une vingtaine de centres de soins.

L’Association reste en étroite coordination avec les organismes du Parti et de l’État, notamment le Comité national de pilotage du traitement des conséquences des engins explosifs et des produits chimiques toxiques après la guerre au Vietnam (Comité 701), afin de mobiliser les soutiens internationaux. Elle sollicite en particulier la partie américaine pour développer des projets en faveur des personnes handicapées dans les localités fortement touchées par les épandages d’agent orange.

Soutien et prise en charge

“Si ces projets sont étendus, ce sera une avancée importante pour la prise en charge et la réadaptation des victimes. Apportant un soutien très efficace, ils forment les professionnels et apprennent également aux proches les compétences indispensables pour prendre soin des personnes handicapées. Des équipes se rendent aussi auprès des familles, selon les besoins, et fournissent les équipements médicaux adaptés”.

Cependant, leur déploiement reste limité aux provinces les plus affectées par les épandages de produits chimiques, tandis que les provinces du Nord ne sont pas encore couvertes, la partie américaine n’ayant pas officiellement reconnu le niveau d’impact dans ces localités.

Remise d’une aide financière pour la construction d’une maison à une victime de l’agent orange/dioxine à Hung Yên.
Photo : VAVA/CVN

Les donateurs peuvent contribuer aux infrastructures ou aux équipements, mais la prise en charge des dépenses courantes demeure plus difficile. M. Xuân Hung cite l’exemple d’un centre à Hanoï, dont le financement régulier par la ville permet de maintenir plus de 60 salariés et d’assurer la continuité des services. “C’est un modèle que nous souhaiterions voir se développer davantage à l’avenir”.

Il est donc indispensable que l’action en faveur des victimes continue de mobiliser l’État, les localités, les organisations sociales, les entreprises, les donateurs et les partenaires internationaux. La VAVA entretient notamment des relations avec des organisations en République de Corée, en France, aux États Unis, au Royaume Uni et dans plusieurs autres pays.

La VAVA tiendra son VIe Congrès national fin septembre 2026 à Hanoï, sous le thème : "Unité, compassion, responsabilité, en direction des bases et des victimes, pour construire une organisation capable de répondre aux exigences des missions dans la nouvelle situation".

Ce rendez vous marquera une étape importante pour renforcer l’action de l’Association. Trois axes prioritaires y seront définis, dont un défi majeur : améliorer le recensement et la connaissance précise de la situation des victimes à l’échelle nationale, tout en mobilisant davantage de ressources pour leur prise en charge et leur accompagnement.

Ainsi, au delà des projets déjà engagés, l’avenir de la VAVA repose sur sa capacité à conjuguer solidarité nationale et coopération internationale, afin que chaque victime puisse bénéficier d’un soutien durable et adapté.

Thao Nguyên/CVN

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