Le Vietnam adapte son cadre juridique aux pratiques religieuses en ligne

Le Vietnam réaffirme sa politique constante de respect et de garantie de la liberté de culte. La Loi sur les croyances et les religions de 2026 vient consolider ce cadre et renforcer la grande unité nationale.

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Le Vietnam compte aujourd’hui 43 organisations issues de 16 religions officiellement reconnues par l’État et titulaires d’un certificat d’enregistrement d’activités.

Selon le ministère des Affaires ethniques et religieuses, plus de 95% des Vietnamiens entretiennent une vie spirituelle. Le pays compte aujourd’hui 43 organisations issues de 16 religions officiellement reconnues par l’État et titulaires d’un certificat d’enregistrement d’activités. Elles rassemblent environ 28 millions de fidèles, 54.000 dignitaires, 135.000 cadres religieux et près de 30.000 lieux de culte répartis sur l’ensemble du territoire.

Parmi elles, cinq grandes confessions regroupent chacune plus d’un million d’adeptes : le bouddhisme, le catholicisme, la secte bouddhiste Hoà Hảo, le protestantisme et le caodaïsme. La première demeure la foi la plus importante du pays, avec environ 14 millions de fidèles.

Ces chiffres témoignent de l’ampleur et de la vitalité des activités religieuses au Vietnam ces dernières années. De nombreuses communautés disposent désormais de condtions favorables pour développer leurs œuvres pastorales, former leurs dignitaires et bâtir ou rénover leurs édifices. Des milliers de pagodes, temples, églises et cathédrales ont été érigés ou restaurés à travers le pays, devenant de véritables foyers de vie culturelle et spirituelle pour les populations locales.

À l’ère de la 4e révolution industrielle, du virage numérique national et des avancées technologiques accélérées, l’espace virtuel s’impose comme un cadre de vie sociale incontournable. Organisations religieuses, dignitaires, cadres du culte, fidèles et autorités publiques intensifient ainsi l’usage de l’intelligence artificielle, d’Internet et des réseaux sociaux pour diffuser les enseignements sacrés, célébrer les offices et maintenir le lien avec les croyants.

Les pratiques religieuses sur les réseaux virtuels se multiplient et s’intègrent désormais au quotidien : retransmissions en direct de messes et de sermons sur YouTube, Facebook ou TikTok, sessions de prière en ligne, création de groupes de discussion et de canaux d’échange spirituel. Grâce à leur rapidité de diffusion, leur diversité et leur portée globale, ces plateformes numériques s’avèrent être des leviers efficaces. Elles permettent aux institutions cultuelles de se rapprocher des fidèles, de promouvoir des valeurs morales et humanistes fondamentales, contribuant ainsi au renforcement de la solidarité nationale.

Cependant, cet environnement virtuel pose de nouveaux défis complexes quant à la garantie de la liberté de croyance et à la gestion publique. Dans la pratique, plusieurs infractions ont émergé : certains nouveaux mouvements assimilables à des hérésies créent des pages sur les réseaux sociaux pour propager des contenus superstitieux nuisibles à la culture nationale. De plus, certains individus exploitent l’anonymat et la viralité du Web pour insérer des contenus toxiques, inciter à la haine contre le Parti et l’État, saper la politique de grande union nationale, perpétrer des escroqueries spirituelles ou établir des structures religieuses illégales. Face à cette réalité complexe, l’établissement et le perfectionnement d’un cadre juridique adapté aux activités cultuelles dans l’espace numérique constituent une démarche objective, indispensable et irréversible.

Protections par le droit

Au Vietnam, la liberté religieuse est garantie.

Le 23 avril dernier, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité la Loi sur les croyances et les religions (amendée) - Loi N°07/2026 - avec 492 voix favorables sur 492 députés présents. Ce résultat illustre un très haut degré de consensus quant à la modernisation des institutions. Entrant en vigueur le 1er janvier 2027, ce texte marque une étape historique: pour la première fois, les activités religieuses en ligne sont directement intégrées dans le champ d’application d’une loi nationale.

Cette extension établit une base juridique unifiée, reconnaissant formellement le prosélytisme, la célébration des offices et la gestion administrative religieuse sur Internet. Elle garantit ainsi l’exercice cohérent du droit à la liberté de croyance des citoyens, du monde réel à l’espace virtuel.

La Loi sur les croyances et les religions de 2026 apporte cinq innovations majeures. Tout d’abord, elle élargit son champ d’application : le paragraphe 17 de l’article 2 stipule clairement que les activités religieuses en ligne désignent l’usage de l’espace numérique par des organisations ou des individus à des fins de culte. L’environnement virtuel englobe ainsi Internet, le système de télécommunications et les réseaux sociaux.

Ensuite, l’article 8 fixe les procédures d’enregistrement : il impose aux responsables, dignitaires, associations et groupements religieux d’effectuer les démarches de déclaration, d’enregistrement ou d’autorisation préalable auprès des autorités compétentes pour leurs activités en ligne, sur le même modèle que pour les pratiques en présentiel.

En outre, les responsabilités des différents acteurs sont clairement définies : les organes étatiques assurent la surveillance et le traitement des infractions, alors que les entreprises de télécommunications et les opérateurs de services Web ont l’obligation de déployer des solutions techniques pour bloquer et retirer les contenus illicites à la demande des autorités.

Par ailleurs, l’article 22 oblige les organisations religieuses à intégrer dans leurs chartes internes des dispositions régissant leurs pratiques numériques, renforçant ainsi l’autogestion institutionnelle. Enfin, l’article 7 interdit formellement l’usage de l’espace virtuel ou de l’intelligence artificielle pour porter atteinte à la législation sur les cultes.

Cet ensemble normatif forme un rempart juridique garantissant le déroulement des activités légales en toute transparence et sécurité.

Mise en œuvre politique

Une cérémonie à l'église de la paroisse de Nam Du, à Hanoï.

Trân Minh Thu, cheffe du Bureau général du Comité gouvernemental pour les affaires religieuses (du ministère des Affaires ethniques et religieuses), indique que les démarches d’enregistrement en ligne s’effectuent selon des modalités équivalentes à celles du terrain. La loi de 2026, dès son application au 1er janvier 2027, offrira un socle juridique extrêmement solide pour cette nouvelle étape de développement.

Parallèlement à la réforme législative, la gestion publique accélère sa propre transformation numérique. Le Comité gouvernemental pour les affaires religieuses a testé, en coopération avec la société FPT IS, un système centralisé de base de données religieuses. Ce dispositif permet de numériser et de centraliser les informations, tout en s’interconnectant avec le fichier national de la population (Projet 06). Cette interconnexion améliore l’efficacité administrative, réduit les délais de traitement des dossiers et garantit une transparence totale.

Ces avancées envoient un message clair à la population et à la communauté internationale : le Vietnam respecte et garantit de manière constante les droits humains, ne méconnaît pas les enjeux émergents de la réalité et reste toujours prêt à perfectionner son système juridique pour mieux servir les citoyens.

Cependant, le cadre légal ne sert que d’orientation générale. Le filtre le plus efficace sur Internet réside dans la responsabilité individuelle et l’engagement conscient des institutions religieuses et de leurs fidèles. Soulignant ce rôle d’autogestion spirituelle, le vénérable Thích Nhât Tu, membre permanent du Conseil d’administration de l’Église bouddhique du Vietnam, affirme : “Nous avons la responsabilité de diffuser des informations exactes, de corriger et de dénoncer les fausses nouvelles. Selon le principe +les fleurs parfumées étouffent les mauvaises herbes+, la diffusion d’enseignements authentiques aidera la communauté à se détourner de la désinformation”.

La transformation numérique modifie profondément les pratiques cultuelles à l’échelle mondiale. Pour garantir l’efficacité de la nouvelle loi dès le 1er janvier 2027, les autorités doivent intensifier la vulgarisation du droit, tandis que les dirigeants religieux doivent collaborer étroitement avec les institutions publiques afin de gérer sereinement leurs espaces d’information. La combinaison d’une loi moderne, d’une gestion technologique performante et d’un engagement citoyen responsable constitue le socle indispensable pour bâtir un environnement numérique sain et respectueux de la liberté de religion.

Texte : Huong Linh/CVN

Photos : Huong Linh - VNA/CVN

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