Villages connectés : la révolution numérique des sommets vietnamiens

Au cœur des montagnes, une mutation technologique transforme les zones enclavées. Grâce aux réseaux sociaux, les agriculteurs de minorités ethniques brisent l’isolement, vendent leurs produits en direct et réinventent l’économie rurale avec audace.

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Les réseaux sociaux permettent aux agriculteurs de minorités ethniques de vendre leurs produits en direct aux consommateurs. 
Photo : ND/CVN

Au-delà de ces nouveaux horizons connectés, une transformation profonde s’opère sur les pentes rocailleuses du Nord. Là où les nuages s’accrochent aux pics acérés, des mains habituées depuis des générations au seul manche de la houe effleurent désormais, avec une agilité déconcertante, les écrans de smartphones. Entre tradition ancestrale et modernité fulgurante, ces agriculteurs brisent les stigmates de la pauvreté pour écrire, en direct sur la toile, un nouveau chapitre de l’épopée rurale.

De Sin Hô, dans la province de Lai Châu, aux vergers vertigineux de Chi Lang, dans la province de Lang Son, un concept novateur prend racine : celui des “villages numériques”. Ici, Internet a cessé d’être un simple luxe dédié au divertissement pour devenir un véritable “moyen de production” stratégique.

Des ondes au-dessus de la brume

À Sin Hô, le givre matinal recouvre les sentiers d’un manteau blanc et les vents cinglants rappellent la rudesse de la vie en altitude. Pourtant, ce climat austère n’entame en rien l’effervescence qui règne sur les versants escarpés. C’est la saison de la récolte du hoàng sin sô (poire de terre). Mais cette année, le silence des montagnes n’est plus seulement rompu par le choc des outils contre la pierre ; il est rythmé par les salutations enthousiastes de “streamers” d’un nouveau genre.

Le changement est saisissant au sein de la communauté locale. Des femmes H’mông, à l’instar de Vu Thi Xia ou Vu Thi Chu, dont l’horizon s’arrêtait autrefois aux murs de leur cuisine enfumée et aux cycles du bétail, s’exposent aujourd’hui avec une assurance remarquable devant l’objectif de leurs téléphones. Elles ont décidé de ne plus attendre passivement le passage des collecteurs qui, profitant de l’enclavement, rachetaient leurs récoltes à des prix dérisoires, couvrant à peine la sueur du labeur. Aujourd’hui, elles prennent le pouvoir sur leur propre production.

“Bonjour à tous les amis ! Regardez cette poire de terre, elle est gorgée d’eau, sucrée comme un fruit sauvage, imprégnée de la pureté de nos montagnes...”. Ce cri du cœur, porté par un vietnamien à l’accent local, parcourt des milliers de kilomètres en une fraction de seconde pour atterrir sur les écrans des consommateurs de Hanoï ou de Hô Chi Minh-Ville. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en une seule campagne numérique, plus de 300 tonnes de tubercules ont été écoulées. Ce succès n’est pas seulement comptable ; il prouve que la technologie peut briser l’isolement géographique.

La force de ce mouvement réside dans la solidarité organique. Lorsque Mme Xia réussit une vente, elle ne garde pas son savoir pour elle. Le soir venu, autour du feu, elle devient formatrice. Elle apprend à ses voisines comment stabiliser un trépied sur un sol instable, comment capturer la lumière dorée du crépuscule pour rendre le produit plus désirable, ou comment interagir avec une audience urbaine exigeante.

Un marché ouvert 24h/24

Ma Thi Chu (centre) apprend aux agriculteurs à raconter l'histoire de leurs produits. 
Photo : ND/CVN

Plus loin, à Muong Lay et Tuân Giao, dans la province de Diên Biên, l’esprit de l’entrepreneuriat numérique dépasse l’initiative individuelle pour devenir un mouvement d’apprentissage collectif. Grâce au soutien de projets internationaux et d’ONG, des formations au numérique voient le jour dans les maisons communes, là où l’on ne traitait autrefois que de l’aide sociale ou du recensement des foyers indigents.

Il est fascinant d’observer ces femmes H’mông ou Thai, souvent vêtues de leurs habits traditionnels, échanger avec passion sur les “algorithmes de TikTok”, le “taux de rétention” ou les “liens de panier d’achat”. Ma Thi Chu, une figure locale devenue influenceuse après avoir quitté ses montagnes de Muong Khuong, parcourt désormais le pays pour transmettre son expérience.

Elle se souvient avec émotion de ses premières élèves : “Certaines femmes avaient les mains qui tremblaient en tenant le téléphone pour la première fois. Leur maîtrise du vietnamien était hésitante. Mais après quelques minutes de direct, quand les premières commandes tombent, leurs yeux s’illuminent d’une fierté indicible. Ce n’est pas seulement l’argent gagné ; c’est le sentiment puissant de ne plus être laissées pour compte dans la marche du monde”.

À Bac Hà, dans la province de Lào Cai, cette économie numérique prend une dimension culturelle. Les coopératives de textile traditionnel ne sont plus tributaires des flux aléatoires des touristes de passage. Grâce au streaming, le marché est mondial et ouvert 24 h/24.

Ma Thi Chu et ses collègues montrent en direct le cliquetis des métiers à tisser, l’odeur de l’indigo et l’histoire cachée derrière chaque motif ancestral. Le client, qu’il soit à Dà Nang ou à l’autre bout du monde, peut demander une broderie personnalisée en direct. Le produit artisanal cesse d’être un simple bibelot pour devenir un objet porteur de sens, multipliant ainsi sa valeur ajoutée.

Dans la “capitale” de la pomme-cannelle, Chi Lang, c’est une véritable armée d’ambassadeurs paysans qui s’est levée. À 55 ans, Dang Thi Tho a choisi de devenir une pionnière. Elle parcourt les sentiers pour convaincre ses pairs de l’importance de l’image de marque : “Si notre produit est propre et savoureux, nous devons le crier au monde entier. C’est la seule façon de protéger le labeur de nos paysans”.

Ces témoignages concordants prouvent que l’économie numérique n’est plus l’apanage des centres urbains. Elle s’est infiltrée dans les replis les plus profonds du pays, apportant avec elle une promesse d’égalité. Ici, pas de studios luxueux, pas de projecteurs sophistiqués, juste la vérité du terrain. Et c’est précisément cette authenticité qui séduit les consommateurs urbains, lassés par le marketing aseptisé. Ils achètent plus qu’un produit ; ils soutiennent une éthique et un mode de vie.

Huong Linh - ND/CVN

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