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| Statue de la déesse Durga à quatre bras (VIIe siècle). Photo : VNA/CVN |
Le patrimoine culturel du Vietnam s’est récemment enrichi de manière significative avec la reconnaissance officielle de 30 nouveaux Trésors nationaux. Cette décision, signée par le vice-Premier ministre Mai Van Chinh, marque une nouvelle étape importante dans la politique de préservation et de valorisation des valeurs historiques, culturelles et artistiques du pays. Elle témoigne de l’attention constante accordée par l’État à la sauvegarde des témoignages matériels les plus emblématiques de l’histoire millénaire.
Selon le décret gouvernemental, les 30 objets nouvellement reconnus couvrent une large période historique, allant de la Préhistoire jusqu’au début du XXe siècle, et reflètent la diversité des cultures qui ont façonné le Vietnam : les cultures de Dông Son (du VIIe siècle avant J.-C. au VIe siècle après J.-C.), Oc Eo (du Ier au VIIe siècle), Champa (IIe-XVIe siècle), Hoa Lôc (il y a plus de 3.200 ans), mais aussi les grandes dynasties féodales telles que les Ly (1009-1225), Trân (1225-1400), Lê (1428-1527), Mac (1527-1592), ou encore les Lê postérieurs (1428-1789). Ces trésors sont aujourd’hui conservés dans des musées nationaux et locaux, des pagodes, des temples, ainsi que dans certaines collections privées reconnues par l’État.
Hanoï se distingue particulièrement dans cette nouvelle liste, avec 16 artefacts classés, soit le nombre le plus élevé parmi l’ensemble des localités du pays. Plusieurs institutions de la capitale sont concernées, dont le Centre de conservation du patrimoine de Thang Long - Hanoï, le musée Kinh Hoa, le Musée national d’histoire du Vietnam, ainsi que des sites religieux historiques tels que les pagodes de Huong et de Bac Biên.
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| Statue en bois de la Mère Man Nuong (XVIIIe siècle), figure majeure du culte populaire vietnamien, conservée à la pagode Phuc Nghiêm (Bac Ninh, Nord). Photo : CTV/CVN |
Dans les autres régions, la province de Ninh Binh (Nord) compte cinq nouveaux trésors, parmi lesquels des stèles en pierre, des autels bouddhiques et une remarquable collection de portraits d’arhats sculptés datant de la dynastie des Trân. La province de Nghê An se voit reconnaître deux trésors, dont une collection de tambours en bronze de la culture de Dông Son. Hô Chi Minh-Ville, Gia Lai (Haut plateaux du Centre), Hung Yên et Bac Ninh figurent également sur cette liste avec des objets d’une grande valeur historique et artistique.
Thang Long : cinq objets emblématiques
Grâce à cette reconnaissance, le Vietnam compte désormais 267 Trésors nationaux, constituant un ensemble patrimonial exceptionnel, à la fois par sa richesse matérielle et par la profondeur historique qu’il incarne. Conformément à la décision gouvernementale, le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme, en coordination avec les autorités locales et les institutions concernées, est chargé d’assurer la gestion, la protection et la mise en valeur de ces trésors, dans le strict respect de la législation sur le patrimoine culturel.
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| Escalier orné d’un dragon, vestige majeur de l’architecture palatiale de Thang Long, sous la dynastie des Ly (du XIe au XIIIe siècle). |
| Photo : CTV/CVN |
Au sein de cette reconnaissance d’envergure nationale, les cinq trésors conservés au Centre de conservation du patrimoine de Thang Long - Hanoï occupent une place toute particulière. Découverts sur le site de l’ancienne capitale impériale, ils incarnent non seulement l’excellence technique et artistique des périodes Ly, Trân et Lê, mais aussi le rôle central de Thang Long dans l’histoire politique, culturelle et spirituelle du Vietnam.
Le premier de ces trésors est le degré d’escalier orné d’un dragon de la dynastie des Ly. Sculpté dans le grès, cet élément architectural constitue l’un des plus anciens vestiges connus de l’architecture palatiale de Thang Long. Le dragon, représenté en mouvement, rampant du haut vers le bas, la tête dressée et tenant une perle sacrée, illustre avec force la symbolique du pouvoir royal et de la prospérité. La finesse de la sculpture, les motifs de lotus, de nuages et de volutes en forme de point d’interrogation témoignent d’un langage artistique sophistiqué, caractéristique de l’esthétique Ly. Cet escalier offre aux chercheurs des informations précieuses sur la structure des palais impériaux et permet de mieux comprendre l’évolution de l’architecture de cour du Vietnam médiéval.
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| Couvercle de boîte en céramique à glaçure verte, sous la dynastie des Ly. CTV/CVN |
| Photo : CTV/CVN |
Le couvercle de boîte en céramique à glaçure verte de la dynastie des Ly, daté du XIe siècle, constitue un autre chef-d’œuvre remarquable. De forme hémisphérique, il est décoré en son centre d’un dragon enroulé, entouré de motifs de nuages finement stylisés. Entièrement façonné à la main, cet objet illustre le haut degré de maîtrise atteint par les artisans de la céramique sous les Ly, tant sur le plan technique qu’artistique. La qualité de la glaçure, la précision du décor et l’équilibre de la composition en font un spécimen emblématique de la céramique de luxe du Dai Viêt médiéval, étroitement liée à la pensée bouddhique et à l’idéologie royale de l’époque.
Héritages au cœur de l’identité nationale
Le bassin en céramique à décor brun de la dynastie des Trân, datant du XIIIe siècle, reflète quant à lui une phase de transition et d’innovation dans l’art céramique vietnamien. De forme cylindrique, il est orné d’un décor central de lotus entrelacés, symbole majeur du bouddhisme, alors à son apogée. La technique du décor brun sur fond blanc, caractéristique des périodes Ly et Trân, révèle une évolution des procédés de fabrication, avec l’utilisation de moules et l’amélioration des techniques de cuisson, traduisant une augmentation notable de la productivité et de la qualité artisanale.
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| Tambour de bronze de Làng Vac, culture de Dông Son (du VIIe sièle avant J.-C au VIe siècle après J.-C), conservé ay Musée de Nghê An - Xô Viêt Nghê Tinh. |
| Photo : VNA/CVN |
La collection de coupelles de lampe en bronze de la dynastie des Trân, composée de douze pièces, constitue un ensemble unique découvert à Thang Long. Ces lampes, de petite taille et de forme semi-hémisphérique, témoignent d’un haut niveau de maîtrise de la métallurgie sous les Trân. Leur fabrication entièrement manuelle, la pureté du bronze utilisé et la cohérence stylistique de l’ensemble suggèrent qu’il s’agissait d’objets de prestige, probablement utilisés dans des espaces officiels ou cérémoniels de la capitale impériale. Elles offrent un éclairage précieux sur la vie quotidienne, les pratiques rituelles et le niveau technologique de l’époque.
Enfin, le vase en céramique à glaçure blanche décoré de dragons de la période des Lê antérieurs, daté du XVe siècle, incarne l’apogée de la céramique impériale vietnamienne. De forme élégante et parfaitement équilibrée, ce vase est décoré d’un dragon à cinq griffes, symbole exclusif du pouvoir royal. Les techniques de cuisson à haute température, la double cuisson et la finesse extrême du décor attestent qu’il s’agit d’un objet issu des ateliers officiels de la cour. Ce vase enrichit de manière significative la collection d’objets d’usage impérial, offrant une vision plus complète de la vie et de l’esthétique au sein du palais royal de Thang Long sous les Lê.
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| Vase en céramique à glaçure blanche décoré de dragons de la période des Lê antérieurs (XVe siècle). Photo : CTV/CVN |
La reconnaissance de ces cinq trésors du site impérial de Thang Long, dans le cadre plus large des 30 nouveaux Trésors nationaux, illustre de manière exemplaire la cohérence entre la politique patrimoniale nationale et la valorisation de sites emblématiques. Thang Long-Hanoï, en tant qu’ancienne capitale millénaire, apparaît ainsi comme un véritable condensé de l’histoire et de la culture viet-namiennes.
Au-delà de leur valeur matérielle, ces trésors constituent des sources historiques irremplaçables, permettant de mieux comprendre l’évolution de l’architecture, des arts décoratifs, des techniques artisanales et des systèmes symboliques du Vietnam à travers les siècles. Leur reconnaissance officielle contribue non seulement à renforcer la protection juridique de ces objets, mais aussi à sensibiliser le public, national et international, à l’importance du patrimoine culturel vietnamien dans toute sa richesse et sa continuité.
Dans cette dynami-que, la décision du vice-Premier ministre Mai Van Chinh apparaît comme un acte fort, affirmant la volonté du Vietnam de préserver son héritage tout en le transmettant aux générations futures, afin que ces trésors continuent d’éclairer l’histoire et l’identité de la nation.
Xuân Hoàng/CVN








