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>> KGPN 15-02 : Saleem Hammad, Palestinien de naissance, Vietnamien de cœur
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| Photos : CTV/CVN |
Saleem Hammad est arrivé au Vietnam en 2011, à seulement 18 ans. Peu de gens savent qu’il avait alors obtenu des bourses d’études offertes par plusieurs grandes nations. Pourtant, ce jeune Palestinien a choisi de s’installer au cœur de l’Asie du Sud Est.
"Mes parents admiraient profondément l’esprit héroïque et le courage du Vietnam. Ils voulaient que j’aille apprendre directement auprès de son peuple. Chaque Palestinien considère le Vietnam comme un exemple éclatant, une source d’inspiration pour sa propre lutte pour la justice", confie t il.
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Posant le pied à Hanoï, il est immédiatement "fasciné" par la beauté paisible de la capitale vietnamienne. Mais la langue reste un défi. Fidèle à l’adage
"La nécessité est la mère de l’invention", il a trouvé une méthode originale : parler avec les personnes âgées et les enfants dans les espaces publics.
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| Fort d’une excellente maîtrise de la langue vietnamienne, Saleem Hammad a été sollicité pour traduire l’ouvrage "Vo Nguyên Giáp - Le général du peuple". |
| Photos : CTV/CVN |
Pour lui, la langue n’est pas un simple outil de communication, mais "un vecteur pour sonder l’âme vietnamienne". Sa conviction est profonde : "L’amour ne peut être complet que s’il y a compréhension. Plus j’apprends le vietnamien, plus j’aime le Vietnam".
Cet effort soutenu lui a permis non seulement de parler couramment, mais aussi de maîtriser proverbes et dictons, témoignant d’une connaissance intime de la culture locale. "Les proverbes vietnamiens sont concis, rythmés et touchent droit au cœur. En plus de synthétiser de longs récits en philosophies brèves, ils enrichissent l’expression par l’image, renforçant la persuasion et la crédibilité. C’est l’essence même de la culture vietnamienne".
Saleem affectionne particulièrement les "ca dao" (poèmes chansons populaires) et les proverbes, fruits de l’expérience des ancêtres. Fidèle au précepte "Gừng càng già càng cay" ("La sagesse vient avec l’âge"), il a choisi d’apprendre auprès des aînés. Il raconte qu’il se rendait souvent dans les parcs pour converser avec les retraités - de véritables "dictionnaires vivants" riches de savoir vivre. Là bas, au delà de la langue, il leur offrait "joie" et "réconfort" au crépuscule de leur vie. "C’était une belle rencontre, bénéfique pour les deux parties", s’amuse t il.
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Jusqu’à cette année, Saleem a célébré 15 Têt traditionnels (Nouvel An lunaire) au Vietnam. Il avoue s’être senti "traité comme un roi" lors de ses séjours à la campagne pour les fêtes. Musulman, il prépare des nem (rouleaux de printemps) au bœuf ainsi que des bánh chưng (gâteaux carrés de riz gluant) garnis de bœuf ou d’agneau, afin de s’immerger pleinement dans l’ambiance festive.
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| Saleem Hammad va souvent à la rencontre des agriculteurs vietnamiens afin de mieux faire connaître leurs produits auprès du monde arabe. |
| Photo : FBNV/CVN |
Pour lui, "le Têt n’est pas simplement une période de vacances pour suspendre les études ou le travail ; il revêt une signification bien plus sacrée". C’est durant le Nouvel An lunaire que le jeune Palestinien dit "ressentir le plus distinctement la chaleur de la solidarité et de l’esprit communautaire".
Le Têt est le moment où chacun retourne dans sa famille pour partager le repas de fin d’année ainsi que joies et peines de l’an passé. Invité par des amis dans leurs villages, il dit avoir vu s’effacer le sentiment d’exil. "Entouré de marraines, parrains et de frères de cœur, la nostalgie n’était plus une tristesse solitaire, mais une émotion vibrante et le souhait que ma propre famille puisse être présente", confie t il, avec l’émotion qui perce sa voix.
La joie fut à son comble l’an dernier, lorsqu’il eut la possibilité d’accueillir ses parents au Vietnam. Fort de sa quinzaine d’années d’expérience, il leur fit découvrir la richesse culturelle et humaine du pays. De cette rencontre est née une conviction profonde : “Le Têt, c’est la famille. Toutes les traditions culinaires ou festives sont belles, mais rien n’égale le bonheur de se retrouver et de prendre soin les uns des autres. J’ai alors pensé au Président Hô Chi Minh, l’homme le plus heureux de la manière la plus noble, qui a consacré sa vie entière au bonheur de la +grande famille+ du Vietnam".
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Employé actuellement à l’ambassade du Qatar, Saleem anime aussi des chaînes Facebook, YouTube et TikTok suivies par des centaines de milliers d’abonnés. Sa mission : "ouvrir une porte supplémentaire pour que les Vietnamiens en sachent plus sur le monde arabe et à l’inverse".
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| Le restaurant Olivia, fondé par Saleem, aux couleurs palestiniennes du Vieux quartier de Hanoï. |
| Photos : Hông Anh/CVN |
C’est dans cette optique qu’il a décidé de fonder, au cœur du Vieux quartier de Hanoï, un restaurant halal : Olivia. Celui ci n’est pas seulement le premier et l’unique restaurant palestinien dans la "Ville pour la paix", c’est aussi le symbole d’un esprit indomptable. Selon Saleem, ce nom vient de l’olivier - "témoin de la résilience, de la persévérance et de l’aspiration à la liberté du peuple palestinien sur sa propre terre". Sur le plan culinaire, l’huile d’olive est "l’âme" irremplaçable de chaque plat palestinien.
Malgré les contraintes liées à la gestion de son projet culinaire, il reste résolu à offrir une solution de restauration halal aux touristes musulmans de passage au Vietnam. Fort de son long séjour dans le pays, il connaît parfaitement le circuit des ingrédients et les procédures d’abattage halal, ce qui rend l’exploitation "plus fluide et efficace que jamais".
Au delà de la gastronomie, il voit un potentiel économique colossal. Le marché halal représente une opportunité en or pour l’agriculture vietnamienne. "Les entreprises vietnamiennes qui savent adapter leurs produits aux normes halal ouvriront des marchés arabes de plusieurs millions de consommateurs", prédit il avec l’assurance de celui qui maîtrise les deux codes culturels.
L’épilogue de cette histoire extraordinaire tient en une phrase, lourde d’émotion : "La Palestine m’a donné la vie, le Vietnam m’a donné un foyer". Entre deux terres que tout oppose géographiquement mais que tout unit spirituellement, Saleem Hammad s’impose comme un ambassadeur du cœur, tissant des liens indestructibles entre deux peuples unis par la même soif de justice et de liberté.
Hông Anh/CVN









