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Si vous vous rendez à Vân Hô, dans la province de Son La, les habitants ne manqueront pas de vous recommander une visite du verger d’orangers de Lê Van Khai. Entièrement cultivé selon des principes biologiques, il produit aujourd’hui des fruits d’une qualité remarquable, devenus une véritable fierté locale.
Il y a une dizaine d’années pourtant, rien ne prédestinait ce terrain de près de trois hectares à une telle réussite. Le sol était pauvre, les arbres peu productifs, et comme beaucoup d’agriculteurs de la région, M. Khai dépendait fortement des produits chimiques pour lutter contre les maladies et les ravageurs.
Peu à peu, les coûts de production ont explosé, tandis que l’efficacité des pesticides diminuait. “Parfois, je voyais tous mes bénéfices disparaître dans l’achat de produits chimiques”, se souvient-il. Pris dans ce cercle vicieux, il comprend qu’un changement profond est nécessaire.
En 2019, sa participation à une formation sur l’agriculture biologique marque un tournant décisif. Il découvre une approche fondée sur la santé des sols plutôt que sur la dépendance aux intrants chimiques. Il prend alors une décision radicale : abandonner totalement les pesticides.
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| L’orangeraie de Lê Van Khai, entièrement biologique, donne des fruits d’une qualité exceptionnelle. |
Les débuts sont difficiles. Pendant six mois, les vers attaquent les troncs et menacent la survie du verger. Refusant de revenir aux méthodes conventionnelles, M. Khai expérimente des solutions naturelles à base de gingembre, d’ail et de piment. Progressivement, les ravageurs reculent. Les arbres, moins brillants en apparence, gagnent en robustesse et en résilience.
Soutien du Centre de coopération pour le développement du Nord-Ouest
Lorsque le verger retrouve son équilibre, un nouveau défi apparaît : la qualité commerciale des fruits. Les premières récoltes donnent des oranges au goût acide et à l’apparence imparfaite, vendues au même prix que les fruits conventionnels. Les consommateurs restent sceptiques.
L’agriculteur poursuit alors ses expérimentations. Il enrichit le sol avec du calcium issu de coquilles d’œufs, utilise des extraits de banane pour améliorer la douceur des fruits, et affine progressivement ses pratiques. Mais il comprend vite que la technique seule ne suffit pas: il faut aussi une reconnaissance collective et une confiance du marché.
C’est à ce moment-là qu’il rejoint le Système participatif de garantie (SPG) de Vân Hô. Ce dispositif assure une certification adaptée à l’agriculture biologique tout en favorisant l’entraide, le partage d’expériences et l’accompagnement technique entre producteurs.
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“Depuis que j’ai rejoint le SPG, je ne suis plus seul”, confie M. Khai. Le dispositif est aujourd’hui coordonné par le Comité de gestion de l’agriculture biologique de Vân Hô, avec l’appui du Centre de coopération pour le développement du Nord-Ouest (TABA), de l’Association des agriculteurs de la commune, de l’entreprise sociale Agritage Vietnam, de la société Rueco Vietnam et de la Ferme biologique Kim Son.
Selon Dinh Thi Huyên, directrice du Centre TABA, le verger de M. Khai est devenu “un modèle emblématique de la transition de l’agriculture chimique vers une agriculture biologique durable”.
Après dix années d’efforts, son verger est aujourd’hui une source d’inspiration pour de nombreux agriculteurs de la région. Les habitants ont baptisé ses oranges “Cam Khăm”. En langue de l’ethnie thai de Vân Hô, khăm signifie ”or”, symbole de ce qu’il y a de plus précieux.
Pour les membres du SPG de Vân Hô, ces oranges incarnent bien plus qu’un produit agricole : elles sont le fruit du temps, de la persévérance et du respect de la terre. Elles témoignent aussi d’une conviction partagée - celle que l’agriculture durable, fondée sur l’intégrité et la coopération, peut offrir un avenir solide aux communautés rurales.
Aujourd’hui, les oranges dorées de Vân Hô ne sont pas seulement une récolte réussie, mais le symbole d’un long chemin parcouru : celui d’un agriculteur passé de la dépendance chimique à une agriculture responsable, soutenue par une communauté engagée.
Texte et photos : Phuong Mai/CVN






