>> La raffinerie de Dung Quât dépasse sa capacité au premier trimestre
>> Petrovietnam dépasse ses objectifs sur l'ensemble de ses six indicateurs clés
>> Le Vietnam mise sur une énergie d’avenir
![]() |
| Le complexe gaz - électricité - engrais de Cà Mau (Sud). |
| Photo : VGP/CVN |
Dans un contexte marqué par les tensions dans le monde et les perturbations récurrentes des routes maritimes internationales, la sécurité énergétique est devenue une question de souveraineté autant que d’économie.
Pour le Vietnam, garantir l’approvisionnement en électricité et en carburants ne suffit plus. La priorité réside désormais dans la capacité du pays à maîtriser l’ensemble de sa chaîne énergétique et à résister aux crises extérieures.
Cette évolution des enjeux conduit les experts à considérer l’autonomie de la chaîne d’approvisionnement comme un véritable “bouclier” stratégique. Grâce au développement progressif d’un écosystème énergétique intégré, allant de l’exploration à la distribution, le groupe Petrovietnam apparaît aujourd’hui comme l’un des piliers essentiels de cette stratégie nationale.
Selon plusieurs spécialistes du secteur, les récents bouleversements géopolitiques ont mis en lumière la fragilité du marché énergétique mondial. Une simple menace de perturbation dans le détroit d’Hormuz suffit désormais à provoquer une hausse immédiate des prix du pétrole, du gaz naturel liquéfié (GNL) et des coûts logistiques. Ces fluctuations démontrent que la sécurité énergétique ne dépend plus uniquement des ressources disponibles, mais surtout de la capacité à contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur.
Vision globale
![]() |
Pour le Dr. Nguyên Quôc Thâp, président de l’Association vietnamienne du pétrole (VPA), la nouvelle conception de la sécurité énergétique repose sur une logique de maîtrise globale : extraction, importation, stockage, raffinage et distribution doivent fonctionner comme un système cohérent et résilient.
Dans cette perspective, Petrovietnam a progressivement construit une chaîne énergétique intégrée capable de limiter les effets des chocs internationaux. Le groupe intervient non seulement dans l’exploitation des hydrocarbures domestiques, mais également dans le raffinage, les infrastructures de GNL et la distribution des produits. Cette organisation crée une forme de “coussin stratégique” pour l’économie vietnamienne.
Le spécialiste souligne également l’importance des initiatives prises par certaines filiales, notamment PV GAS, qui ont anticipé les besoins du marché en signant précocement des contrats d’importation de GNL et en renforçant les capacités de stockage. La gestion flexible du gaz de pétrole liquéfié (GPL), du gaz naturel comprimé (GNC) et du GNL illustre, selon lui, une approche durable de la protection des ressources énergétiques.
“La sécurité énergétique n’est pas seulement une question d’approvisionnement immédiat, mais relève de la capacité d’autonomie à long terme de l’ensemble du système”, a ajouté l’expert.
Réserves stratégiques
![]() |
La question des réserves stratégiques occupe également une place centrale. Le Dr. Du Van Toan, de l’Institut des sciences météo-hydrologiques, de l’environnement et de la mer (relevant du ministère de l’Agricuture et de l’Environ-nement), estime que les crises énergé-tiques internationales ont démontré “la nécessité de mettre en place un système de stockage à plusieurs niveaux : des réserves de court terme capables de répondre à des perturbations temporaires, des réserves intermédiaires pour faire face à des ruptures prolongées, ainsi que des stocks stratégiques destinés à assurer le fonctionnement de l’économie durant des crises majeures”.
Cette approche s’inscrit dans une vision plus large où l’énergie devient un élément constitutif de la sécurité économique et nationale. Les tensions géopolitiques récentes ont montré qu’une rupture dans un seul maillon de la chaîne logistique mondiale pouvait produire un effet domino sur l’ensemble de l’économie.
Dans ce contexte, la coopération entre l’État et les grandes entreprises énergétiques apparaît essentielle. Plusieurs pays développés ont déjà instauré des mécanismes de coordination étroite afin de bâtir des systèmes de défense énergétique “à plusieurs couches”. Pour les experts, la stratégie engagée par Petrovietnam s’inscrit dans cette logique de résilience.
Le groupe renforce également sa capacité d’adaptation grâce à la diversification de ses sources d’approvisionnement. Outre les marchés traditionnels du Moyen-Orient, il importe désormais du pétrole brut provenant d’Afrique de l’Ouest, de la Méditerranée ou encore des États-Unis. Cette ouverture réduit la dépendance à une seule région et améliore la stabilité énergétique nationale.
Régulation souple
![]() |
Le Dr. Ngô Duc Lâm, ancien directeur adjoint de l’Institut de l’énergie du ministère de l’Industrie et du Commerce, considère que le rôle de Petrovietnam dépasse désormais largement le cadre de l’exploitation pétrolière. Le groupe participe aujourd’hui à la régulation globale du marché énergétique national.
Grâce au maintien d’une capacité élevée dans les raffineries stratégiques telles que Dung Quât (province de Quang Ngai) et Nghi Son (Thanh Hóa), ainsi qu’au développement des infrastructures portuaires et de stockage, le Vietnam dispose d’une marge de manœuvre plus importante face aux turbulences mondiales. Selon lui, cette capacité de “régulation souple” est essentielle pour préserver la stabilité du marché, notamment lorsque les inquiétudes psychologiques risquent de provoquer des tensions artificielles sur l’approvisionnement.
À plus long terme, les experts estiment que cette autonomie énergétique devra s’accompagner d’une transition vers des sources plus propres et durables. Le développement du GNL, de l’hydrogène, de l’éolien offshore et des énergies renouvelables est désormais considéré comme une composante indissociable de la sécurité énergétique nationale.
Souveraineté économique
![]() |
Pour l’économiste et enseignant-chercheur Nguyên Thuong Lang, de l’Université nationale d’économie, Petrovietnam doit disposer de mécanismes spécifiques et plus flexibles afin de mobiliser les investissements nécessaires aux grands projets énergétiques. Il estime que l’autonomie énergétique du Vietnam ne relève plus uniquement d’un objectif industriel, mais constitue une condition essentielle de la souveraineté économique du pays.
Face à un environnement géopolitique de plus en plus instable, le Vietnam cherche ainsi à bâtir un système énergétique capable non seulement d’assurer l’approvisionnement national, mais aussi de protéger durablement l’économie contre les crises futures.
Dan Thanh/CVN







