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L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a reconnu le métier de fabrication des estampes populaires de Dông Hô comme patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. La décision a été adoptée par le Comité intergouvernemental de la Convention de 2003 lors de sa 20e session au Fort Rouge, à Delhi, en Inde. L’organisation a également recommandé au Vietnam d’intégrer ce patrimoine dans le système éducatif afin de sensibiliser les jeunes générations à sa valeur et à sa préservation.
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| Toutes les étapes de production des estampes de Dông Hô sont réalisées à la main. |
| Photo : VNA/CVN |
Lors de l’événement, Hoàng Dao Cuong, vice-ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme et vice-président de la Commission nationale pour l’UNESCO, ainsi que Mai Son, vice-président permanent du Comité populaire de Bac Ninh, ont affirmé que “le Vietnam mettrait en œuvre les mesures nécessaires pour valoriser ce patrimoine dans la vie contemporaine”.
Risque élevé de disparition
L’organisation onusienne a estimé que ce métier répondait pleinement aux cinq critères d’inscription. Il s’agit d’un art étroitement lié à la culture traditionnelle vietnamienne, notamment lors du Têt (Nouvel An lunaire), à la fête de la mi-automne et à divers rites de culte des ancêtres. Malgré une histoire séculaire, seules quelques familles du village de Dông Hô continuent aujourd’hui de pratiquer et de transmettre ce savoir-faire. Chaque étape - de l’esquisse au burinage des planches en passant par la préparation des pigments - exige une formation approfondie et des décennies d’expérience. Les anciennes planches de bois sont considérées comme de véritables trésors transmis de génération en génération.
Le deuxième critère souligne le risque élevé de disparition : le nombre d’artisans qualifiés diminue fortement, les jeunes se désintéressent du métier et le marché se rétrécit. Sans actions urgentes, cette tradition pourrait s’éteindre.
L’UNESCO a reconnu que le Vietnam avait élaboré un plan de sauvegarde concret, incluant l’ouverture de classes de transmission, l’inventaire du patrimoine, la création de nouveaux modèles, la diversification des débouchés, l’amélioration des sources de matières premières et l’appui matériel aux artisans. Le quatrième critère met en avant la forte participation de la communauté - notamment des familles d’artisans - tout au long du processus de candidature. Enfin, le métier figure déjà dans l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, mis à jour régulièrement avec l’implication directe de la communauté locale.
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| Seules quelques familles du village de Dông Hô continuent aujourd’hui de pratiquer et de transmettre la fabrication des estampes de Dông Hô. |
| Photo : VNA/CVN |
Le métier de fabrication des estampes populaires de Dông Hô, implanté dans la zone de Dông Khê, existe depuis environ 500 ans. La communauté locale a créé un style d’estampe distinctif, reconnaissable par ses couleurs vives, sa composition simple et ses thèmes variés : estampes votives, scènes de vie, paysages, histoires et tableaux de vœux. Ces œuvres sont étroitement liées à la coutume d’accroche d’estampes lors du Têt et de nombreux rites traditionnels.
Un savoir-faire unique
Toutes les étapes de production sont réalisées à la main. Les artisans esquissent les motifs au pinceau et à l’encre de Chine sur du papier traditionnel avant de graver les planches en bois de pêcher. Les pigments proviennent de matières naturelles : bleu d’indigo, rouge de cinabre, jaune de sophora ou de gardénia, blanc de coquillages, noir de cendre de bambou ou de paille de riz.
Le papier dó (fait de l’écorce interne d’un arbre local) est recouvert d’une couche de coquilles d’huîtres broyées, créant une surface brillante caractéristique. L’impression suit un ordre précis : d’abord le rouge, puis le bleu, le jaune, le blanc et enfin le noir pour achever les détails. La maîtrise technique et l’harmonie des matériaux naturels donnent aux estampes de Dông Hô leur beauté singulière.
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| L’UNESCO a reconnu que le Vietnam avait élaboré un plan de sauvegarde de la fabrication des estampes de Dông Hô. |
| Photo : VNA/CVN |
Selon la Convention de 2003, les éléments inscrits peuvent figurer sur trois listes : la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, celle du patrimoine nécessitant une sauvegarde urgente et le Registre des bonnes pratiques de sauvegarde. La catégorie “sauvegarde urgente” concerne les éléments menacés de disparition sans intervention immédiate. Le ca trù (chant des courtisanes) du Vietnam avait été inscrit dans cette catégorie en 2009.
À ce jour, le pays compte 37 éléments reconnus par l’UNESCO : 9 patrimoines culturels et naturels mondiaux, 17 patrimoines culturels immatériels et 11 patrimoines documentaires. La province de Bac Ninh est particulièrement riche avec cinq représentants inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité : les chants quan ho et ca trù, le culte des Déesses-Mères, le tir à la corde de Huu Châp et désormais le métier de fabrication des estampes populaires de Dông Hô.
XUÂN HOÀNG/CVN






