L'essor des ingénieurs vietnamiens du semi-conducteur sur la scène mondiale

Vingt ans après l’implantation d’Intel au Vietnam, le pays s’est progressivement imposé comme un maillon important de la chaîne mondiale de production de semi-conducteurs. Pour Kenneth Tse, vice-président et directeur général d’Intel Products Vietnam, la progression des compétences locales constitue l’un des principaux atouts du Vietnam, même si des efforts restent nécessaires pour accéder à des segments à plus forte valeur ajoutée.

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Kenneth Tse, vice-président et directeur général d’Intel Products Vietnam. 
Photo : Quang Minh/CVN

Lorsque Intel a choisi le Vietnam il y a deux décennies, le secteur des technologies de pointe et celui des semi-conducteurs y étaient encore à leurs débuts. Selon Kenneth Tse, le groupe américain avait néanmoins identifié plusieurs facteurs favorables : la stabilité politique et sociale, la position stratégique du pays au cœur de l’Asie, une main-d’œuvre jeune et dynamique ainsi que l’engagement des autorités nationales et de Hô Chi Minh-Ville en faveur des investissements technologiques.

Vingt ans pour passer d’un projet à un maillon mondial

Cette implantation reposait surtout sur une vision à long terme. Intel estimait que le Vietnam disposait du potentiel nécessaire pour monter progressivement dans la chaîne de valeur technologique mondiale, à condition de renforcer ses infrastructures, ses ressources humaines et son écosystème industriel.

Vingt ans plus tard, les résultats ont conforté ce choix. De projet implanté sur un terrain vierge du Saigon Hi-Tech Park (SHTP), Intel Products Vietnam (IPV) est devenu le plus grand site d’assemblage et de test du réseau mondial d’Intel. L’usine a produit plus de quatre milliards d’unités et contribué à plus de 110 milliards de dollars aux exportations vietnamiennes.

Deux dates marquent particulièrement cette trajectoire. En 2006, Intel annonce son investissement au Vietnam, posant les fondations de son usine et contribuant à inscrire le pays sur la carte mondiale des technologies de pointe. Quatre ans plus tard, en 2010, le site commence sa production et doit alors répondre aux exigences très élevées de l’industrie mondiale des semi-conducteurs en matière de qualité, de précision, de sécurité et de discipline opérationnelle.

Depuis, les activités d’Intel au Vietnam se sont progressivement complexifiées. Le site participe désormais à la production de composants destinés notamment aux nouvelles générations d’ordinateurs équipés d’intelligence artificielle et aux serveurs. Le franchissement successif des seuils de deux, trois puis quatre milliards d’unités produites illustre, selon Kenneth Tse, la capacité de l’équipe locale à accompagner cette montée en gamme.

Cette évolution s’est également appuyée sur le développement de l’écosystème industriel. Intel indique avoir travaillé avec plus de 600 fournisseurs locaux qualifiés, en les accompagnant dans l’amélioration de leurs standards de qualité, de conformité, de sécurité et de capacités. Pour le dirigeant, le vingtième anniversaire ouvre ainsi une nouvelle étape, davantage tournée vers la formation pratique et le développement de l’écosystème vietnamien des semi-conducteurs.

Les ressources humaines, un défi devenu un atout

L’usine d’assemblage et de test de puces d’Intel Products Vietnam, située au Parc high-tech de Hô Chi Minh-Ville. 
Photo : VNA/CVN

La construction d’une industrie des semi-conducteurs à grande échelle a nécessité d’importants efforts de formation, de mise en place des procédures et de développement d’une culture fondée sur la sécurité, la qualité et la discipline. Les infrastructures techniques, la logistique, les fournisseurs locaux et les services industriels ont également dû évoluer pour répondre aux exigences d’un secteur caractérisé par une très forte précision.

Mais pour Kenneth Tse, la principale difficulté concernant les ressources humaines n’a jamais été le potentiel des travailleurs vietnamiens. La question essentielle est de savoir comment mieux relier la formation académique aux exigences pratiques de la production de haute technologie, estime-t-il.

Intel a ainsi développé des coopérations avec le gouvernement, les universités, les établissements de formation technique et des partenaires internationaux, notamment à travers le programme HEEAP, afin de moderniser les formations, renforcer la pratique et améliorer les compétences des enseignants. Ces efforts ont accompagné une transformation profonde des équipes locales.

Aujourd’hui, 95% des cadres dirigeants d’IPV sont vietnamiens. Les ingénieurs, techniciens et managers locaux ne se limitent plus à assurer le fonctionnement quotidien de l’usine : ils participent également à la résolution de problèmes techniques complexes, à l’introduction de nouveaux produits, à l’amélioration des processus et à l’élaboration de standards opérationnels à l’échelle mondiale.

Le principal changement observé par Intel concerne ainsi la capacité des ingénieurs vietnamiens à évoluer dans un environnement industriel mondial. Les nouvelles générations disposent, selon Kenneth Tse, de meilleures bases en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM), de compétences linguistiques et d’une vision internationale plus développées, ainsi que d’une plus grande capacité d’adaptation aux nouvelles technologies.

La force de la main-d’œuvre vietnamienne réside dans sa capacité d’adaptation rapide, son aptitude à résoudre des problèmes concrets et son esprit d’amélioration continue, souligne-t-il.

Pour autant, cette progression ne signifie pas que tous les défis sont résolus. Afin d’accéder davantage aux segments à forte valeur ajoutée de l’industrie des semi-conducteurs, le Vietnam doit renforcer la formation pratique dans les cursus techniques et développer davantage de spécialistes de haut niveau et de diplômés de troisième cycle.

Une salariée travaille dans l’Usine d’assemblage et de test de puces électroniques d’Intel Products Vietnam. 
Photo : Intel Products Vietnam/CVN

Intel affirme avoir investi 22 millions de dollars dans des programmes liés à l’éducation, à l’environnement, à la sécurité et à la santé au Vietnam. Dans le cadre de HEEAP, l’entreprise a contribué à former plus de 9.000 enseignants et attribué plus de 2.000 bourses. Plus récemment, elle a fourni plus de 30 équipements d’assemblage et de test de semi-conducteurs au SHTP et à l’Université nationale de Hanoi, afin d’élargir les possibilités de formation pratique.

Consolider les fondations pour compter davantage dans la chaîne mondiale

L’ambition du Vietnam de devenir un maillon important de l’industrie mondiale des semi-conducteurs est jugée réaliste par Intel, mais elle doit être envisagée comme un processus de long terme. Le pays dispose déjà de plusieurs bases favorables : stabilité, position stratégique, main-d’œuvre jeune, soutien des pouvoirs publics et expérience croissante dans l’électronique et les technologies de pointe.

Pour franchir une nouvelle étape, il devra toutefois renforcer simultanément plusieurs piliers. Il s’agit notamment d’élargir le vivier d’ingénieurs, de techniciens et de spécialistes de haut niveau, mais aussi de garantir une alimentation électrique fiable, un meilleur accès aux énergies propres, des infrastructures logistiques adaptées et des zones industrielles spécialisées. Un environnement d’investissement compétitif et réactif ainsi qu’un réseau plus développé de fournisseurs, de centres de recherche, de laboratoires et d’établissements de formation seront également nécessaires.

Dans ce contexte, Intel prévoit de maintenir au cours de la prochaine décennie un rôle important pour son site vietnamien dans l’assemblage, le test et le conditionnement des semi-conducteurs. Le groupe souhaite notamment renforcer la contribution du Vietnam non seulement par le volume de production, mais aussi par la complexité des produits, les compétences techniques, l’excellence opérationnelle et l’intégration avec l’écosystème local.

Kenneth Tse souligne néanmoins que les décisions précises concernant les produits, les capacités et les investissements dépendront de la demande du marché, de la stratégie mondiale de production d’Intel et des conditions opérationnelles. Le groupe considère toutefois toujours le Vietnam comme un site important de son réseau mondial de production et comme un partenaire de long terme dans le développement des technologies de pointe.

Mai Quynh/CVN

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