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| L’artisane Tạ Hạnh. Photo : CTA/CVN |
Pour la détentrice du patrimoine Tạ Hạnh, lorsque chaque mélodie de xẩm retentit, chaque document est archivé ou chaque élève rejoint ses cours, ce sont autant de signaux joyeux prolongeant la viabilité de ce patrimoine culturel immatériel.
Peu de personnes savent que cette praticienne née en 1967 a travaillé pendant plus de vingt ans pour le Groupe des postes et télécommunications du Vietnam (VNPT) avant de consacrer son énergie à la sauvegarde des traditions orales. Dès son enfance, l’amour des expressions musicales populaires a été berce par sa grand-mère à travers ses berceuses. Plus tard, en écoutant l’“Artiste du Peuple” Xuân Hoạch interpréter des chants mémorables comme “Anh Khóa” (Monsieur Khóa) ou “Xẩm Ba Bậc” (Mélodie de xẩm des trois paliers), elle s’est éprise de cet art de manière totalement inattendue. Cette passionnée se remémore cette émotion : “Oh, comment une musique peut-elle être aussi belle et précieuse !”.
Mue par la curiosité et la passion, Tạ Hạnh décide en 2007 d’utiliser son temps libre après le travail pour étudier le xẩm de manière méthodique auprès de l’“Artiste du Peuple” Xuân Hoạch. Sous la direction attentive de ce patrimoine vivant, elle explore l’art du xẩm, du style hanoïen notamment, selon la tradition du maître Nguyễn Văn Nguyên. Elle apprend le maniement des bambous rythmiques (gõ phách), la vièle à deux cordes (đàn nhị), tout en assimilant les compétences pratiques du jeu scénique traditionnel. Cet apprentissage rigoureux s’étale sur plus de dix ans. Cette praticienne accomplie passe progressivement du statut d’apprenante à celui d’actrice majeure de la revitalisation du xẩm au sein de la communauté.
Transmettre l’héritage par l’enseignement oral
En 2019, Tạ Hạnh conduit des délégations d’artisans au Festival de xẩm des provinces du Nord à Ninh Bình. Son nom figure sur la liste officielle des praticiens du patrimoine culturel gérée par le Service de la culture, des sports et du tourisme de Hanoï. Aujourd’hui directrice du Centre des arts traditionnels UNESCO de Hanoï et responsable du Club de xẩm de la capitale rattaché au Centre culturel et à la Bibliothèque de Hanoï, cette gardienne du folklore déploie des efforts incessants pour la pérennisation de cette expression culturelle.
Consciente qu’il faut des espaces culturels appropriés pour maintenir la pratique vivante du xẩm, cette enseignante bénévole ouvre dès 2016 des ateliers gratuits chez elle et dans des sites hanoïens comme Trần Cung, Tô Hiệu ou le temple Bích Câu. Lorsqu’elle travaillait encore, elle consacrait ses week-ends à la transmission intergénérationnelle auprès des passionnés. Ses classes accueillent des publics variés, des enfants de 5 à 7 ans aux adultes.
Pour les débutants, la pédagogue privilégie la transmission orale directe : chanter, faire écouter et faire répéter. Les élèves se familiarisent progressivement avec le répertoire vocal, le rythme des phách (petites claquettes en bois utilisées pour rythmer le chant), les accentuations et la cadence propre au xẩm, des éléments fondamentaux jusqu’aux pièces complexes. Elle adapte sa pédagogie selon l’âge :
proverbes populaires pour les adultes, poèmes scolaires pour les enfants. La patience demeure sa priorité absolue pour corriger chaque nuance. Selon l’artisane Tạ Hạnh, enseigner dépasse la simple exécution vocale : c’est transmettre le respect de la valeur intrinsèque du patrimoine immatériel.
Rayonnement public et numérisation de la mémoire
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| L’artisane Tạ Hạnh et d’autres praticiens lors d’un cours communautaire de xẩm à Ecopark, province de Hưng Yên (Nord). |
| Photo : VNA/CVN |
Estimant que le patrimoine vivant doit être pleinement intégré à la vie sociale, l’artisane populaire l’amène dans des espaces publics et des sites patrimoniaux : des rues piétonnes, la maison au 64, rue Mã Mây, le lac Hồ Văn rattaché au Temple de la Littérature Văn Miếu - Quốc Tử Giám, le monument Lý Thái Tổ, des sanctuaires et des établissements scolaires. Elle y présente les programmes en vietnamien et en anglais pour sensibiliser le public international. Pour elle, une praticienne n’a pas besoin d’une grande scène : il suffit d’un auditoire pour que la voix séculaire s’élève.
Afin d’éviter l’érosion de cet héritage, Tạ Hạnh collecte et préserve de nombreux documents d’archives. Sa bibliothèque rassemble plus de 100 morceaux anciens et contemporains. Elle numérise les textes, note les structures rythmiques internes et externes (nhịp nội et nhịp ngoại), et conserve scrupuleusement ses carnets d’apprentissage. Elle valorise aussi ces sauvegardes en partageant ses prestations sur sa chaîne YouTube “Tạ Hạnh”.
La digne héritière soutient les initiatives des jeunes créateurs, comme l’association du piano au xẩm tàu điện (xẩm des tramways de Hanoï) ou au xẩm chợ (xẩm des places de marché), tout en veillant à ce que l’instrumentation moderne n’altère pas le chant traditionnel. “L’instrument est occidental, mais il doit parler la langue des Vietnamiens”, souligne-t-elle. Elle salue ces formes d’expression contemporaines tout en rappelant que la réinterprétation doit respecter l’authenticité et l’identité du patrimoine originel.
Pour la détentrice du patrimoine Tạ Hạnh, préserver le chant xẩm consiste à maintenir son essence tout en assurant sa continuité dans la société contemporaine.
DAN THANH/CVN




