Sur les traces des soldats tombés pour la Patrie

Plus d’un demi-siècle après la réunification nationale, retrouver les martyrs demeure une mission inachevée. Depuis près de seize ans, Trần Thị Oanh Lan accompagne de nombreuses familles de soldats disparus dans cette quête, entre archives, témoignages et espoir de retrouvailles.

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Trần Thị Oanh Lan dans son bureau de travail au 36, rue Hoàng Diệu à Hanoï, où de nombreuses familles de martyrs viennent chercher des informations sur leurs proches. 
Photo : CTV/CVN


Dans un petit bureau de plus de 10 m², au 36, rue Hoàng Diệu, à Hanoï, Trần Thị Oanh Lan, née en 1957 à Nam Định (actuelle province de Ninh Bình, au Nord), s’attelle chaque jour à une montagne de dossiers.

Au fil des années, ce lieu est devenu un point de rendez-vous pour de nombreux proches venus demander conseil ou solliciter son aide. Documents jaunis, avis de décès, noms d’unités et toponymes parfois disparus : elle examine patiemment chaque indice pour remonter la trace de soldats tombés pendant les guerres.

Ancienne assistante chargée des affaires syndicales au Département politique de l’Arme blindée et mécanisée, cette militaire professionnelle, lieutenant-colonel, a rejoint l’armée en février 1975 avant de quitter les rangs en novembre 2010. Dès la création de l’Association vietnamienne de soutien aux familles des martyrs, elle s’est investie dans les activités de reconnaissance, de recherche des dépouilles et d’identification des soldats disparus.

Derrière chaque dossier, une vie

“Un dossier n’est jamais une simple série de chiffres ou de signes. Derrière chaque document, il y a une vie, un destin et l’attente de toute une famille”, confie Trần Thị Oanh Lan.

Cet engagement prend une dimension particulière dans son propre parcours. Son grand-père maternel est mort pendant la guerre de résistance contre les Français. Des décennies plus tard, sa famille n’a toujours pas retrouvé sa tombe. Elle sait donc ce que signifie attendre sans réponse. “Si je ne peux pas retrouver mon grand-père, je dois aider d’autres familles à retrouver les leurs”, explique-t-elle.

Malgré une grave maladie, elle continue de travailler chaque jour. Pour elle, aider une famille à retrouver son proche disparu est bien plus qu’une activité professionnelle. La recherche d’un martyr ne répond à aucune recette. Certains dossiers ne contiennent qu’un nom, une année de naissance, un lieu d’origine, une référence d’unité ou quelques mots indiquant le lieu du décès.

Établis en temps de guerre, les documents sont parfois incomplets ou comportent des erreurs. Des localités ont changé de nom, tandis que les références des unités pouvaient être modifiées pour préserver le secret militaire. Une indication comme “Núi Dài, An Giang”, “Viện 43” ou quelques sigles peuvent ainsi constituer le seul point de départ.

Mme Oanh Lan visite le cimetière des martyrs de la province de Lâm Đồng (Centre).
Photo : ND/CVN

Les membres de l’association confrontent alors les archives, interrogent d’anciens combattants et recherchent des témoins parfois très âgés. Un souvenir, un nom de village ou une indication géographique peut faire renaître une piste.

Trần Thị Oanh Lan s’est rendue dans plusieurs provinces du Sud et dans des zones proches des frontières, tout en sollicitant des équipes de recherche au Laos et au Cambodge. Elle travaille également avec les autorités pour aider les familles à surmonter les difficultés administratives. “Il n’existe ni manuel ni programme de formation pour retrouver les tombes des martyrs. Il faut partir du cœur, de la persévérance et de la patience”, souligne-t-elle.

Parmi les dossiers qui ont marqué son parcours figure celui de Nguyễn Văn Miễn, originaire de l’ancienne commune de Yên Chính, district de Ý Yên, dans l’ancienne province de Nam Định (aujourd’hui province de Ninh Binh).

Avec l’aide de l’Association des anciens combattants, elle a retrouvé ses proches et annoncé que sa tombe avait été localisée. Sa mère, âgée et gravement malade, souhaitait voir son fils revenir reposer sur sa terre natale.

Mais la famille, très pauvre, n’en avait pas les moyens. Mme Oanh Lan a sollicité des donateurs pour permettre le transfert des restes depuis le cimetière des martyrs de Tiên Thọ, dans l’ancien district de Tiên Phước, province de Quảng Nam (aujourd’hui ville de Đà Nẵng, au Centre).

Le 3 juin 2015, le fils est enfin revenu au village natal. Trois jours plus tard, sa mère s’est éteinte. Son dernier souhait avait été exaucé.

L’histoire de Phạm Văn Nhí est également gravée dans sa mémoire. En 2014, sa fille unique, Phạm Thị Thúy, lui avait demandé de retrouver son père. À partir des maigres indications figurant sur l’avis de décès, Mme Oanh Lan a établi que sa dépouille avait été transférée au cimetière des martyrs de l’ancien district de Trần Văn Thới, dans la province de Cà Mau (Sud).

Elle a accompagné Mme Thúy jusqu’à l’extrême-Sud du pays pour se recueillir devant la tombe de son père. Quatre mois plus tard, elles y sont retournées afin d’accomplir les démarches nécessaires au rapatriement des restes.

Ne jamais renoncer

Après plus de quinze ans, Mme Oanh Lan ne compte plus les familles qu’elle a conseillées. Certains dossiers trouvent une issue en quelques jours ; d’autres exigent des mois, voire des années. Certains restent sans réponse, mais elle refuse d’abandonner.

Derrière la mention “martyr dont l’identité n’a pas été déterminée” se trouvent une mère vieillissante, une épouse qui a attendu toute sa vie, des enfants qui n’ont parfois jamais connu leur père ou des petits-enfants désireux de déposer un jour un bâtonnet d’encens au bon endroit.

La campagne des “500 jours et nuits visant à accélérer la recherche, le rapatriement et l’identification des restes des martyrs” ouvre une nouvelle fenêtre d’espoir. Mais le temps écoulé, la disparition des témoins, la dégradation des restes et les difficultés liées aux analyses ADN rendent la tâche toujours complexe.

Elle insiste également sur la nécessité de construire une base de données interconnectée entre les organismes compétents. Des informations harmonisées faciliteraient les recoupements et permettraient de cibler les recherches avec davantage de précision. Elle souhaite enfin que les technologies modernes soient davantage mobilisées pour accélérer l’identification.

Thao Nguyên/CVN

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