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| Ka’ Thi Ngoc Huong (droite) et Ka’ Rin présentent l’art de la brocatelle des Ma au Musée des femmes du Sud. |
| Photo : CTV/CVN |
Originaire du hameau de Tà Lài, Ka’ Thi Ngoc Huong a grandi dans l’écho des gongs, les danses nocturnes autour du feu et le murmure des métiers à tisser sous les maisons sur pilotis. Issue d’une lignée de tisserandes, elle apprend très tôt que chaque motif des étoffes traditionnelles renferme une part de mémoire, de spiritualité et d’identité des Ma.
Enfant, elle accompagne sa mère dans la vente d’objets artisanaux destinés aux visiteurs de passage. Au fil de ces rencontres naît chez elle le désir de faire découvrir son univers au-delà du village. Autodidacte, elle apprend seule l’anglais et devient progressivement l’une des principales voix culturelles de Tà Lài auprès des voyageurs étrangers.
Réveiller les gongs et les métiers à tisser
Face à l’érosion progressive des traditions sous l’effet de la modernité, Ngoc Huong entreprend dès 2014 de rassembler les habitants afin de faire renaître une troupe de joueurs de gongs d’une dizaine de membres. Dans le même élan, elle relance les activités culturelles collectives et prend en charge un groupe de tissage traditionnel.
L’année 2015 marque un nouveau tournant avec le lancement du projet communautaire Tà Lài Longhouse, initié par le WWF (World Wildlife Fund - Fonds mondial pour la nature) avec le soutien de l’Agence danoise de développement international, dans la zone périphérique du Parc national de Cat Tiên. Ngoc Huong y joue un rôle central de coordinatrice et de relais auprès des habitants.
À travers cette initiative, elle s’impose progressivement comme un trait d’union entre sauvegarde de la culture et développement local. Préserver la forêt, faire revivre les savoir-faire ancestraux et créer de nouvelles perspectives économiques grâce au tourisme communautaire deviennent désormais indissociables.
“Ce projet a renforcé ma volonté de protéger les valeurs traditionnelles de mon peuple”, confie-t-elle. Portée par cette conviction, elle multiplie les initiatives pour redonner vie à la culture des gongs et au tissage traditionnel, avec l’ambition de préserver l’identité Ma tout en améliorant les conditions de vie des habitants.
Face aux difficultés rencontrées par les artisanes du village pour écouler leurs créations, elle commence dès 2016 à établir des liens avec des acteurs du tourisme et différentes organisations afin d’ouvrir de nouveaux débouchés aux produits artisanaux locaux.
Aujourd’hui devenue guide à Tà Lài, Ngoc Huong partage avec les visiteurs les récits, les coutumes et les connaissances héritées de son peuple. À ses yeux, chaque voyageur peut devenir un ambassadeur capable de faire rayonner la culture Ma bien au-delà des montagnes de Dông Nai.
Transmettre aux enfants les clés de l’avenir
Convaincue que la préservation de la culture passe aussi par la jeunesse, elle lance en 2021 des cours gratuits d’anglais destinés aux enfants Ma et Xtiêng du village. Bien plus que de simples leçons de langue, ces classes mêlent chants traditionnels, découverte des instruments ancestraux et sensibilisation à la protection de la forêt.
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| Ka’ Thi Ngoc Huong entourée des enfants participant à son cours d’anglais. |
| Photo : CTV/CVN |
En 2022, elle quitte le projet “Tà Lài Longhouse” afin de se consacrer entièrement aux activités communautaires. Depuis, elle pilote directement les programmes culturels du village : cours d’anglais, troupes de danse, représentations de gongs et initiatives de tourisme durable.
Peu à peu, les efforts entrepris produisent des résultats visibles. En 2024, la troupe de gongs de Tà Lài remporte plusieurs récompenses lors du Festival culturel et sportif des minorités ethniques de la province de Dông Nai (aujourd’hui ville de Dông Nai). L’année suivante, Ngoc Huong collabore avec le Musée des femmes du Sud à la réalisation d’un film consacré au tissage traditionnel des femmes Ma. Cette même année, elle reçoit à Hô Chi Minh-Ville une distinction honorant sa contribution à la préservation de cet artisanat ancestral.
La reconnaissance dépasse ensuite les frontières nationales. En octobre 2025, elle est choisie pour représenter les femmes issues des minorités ethniques vietnamiennes au Congrès mondial de la conservation de la nature organisé à Abu Dhabi. Elle y partage les savoirs autochtones du peuple Ma, considérant cette invitation comme une occasion de porter la voix de sa communauté sur la scène internationale.
Parallèlement à son engagement culturel, la jeune femme participe à de nombreuses actions sociales : soutien aux élèves défavorisés, campagnes de sensibilisation à la protection des animaux sauvages et accompagnement de recher-ches liées au patrimoine local et au tourisme communautaire.
Pour Ngoc Huong, la plus grande satisfaction reste toutefois de voir les habitants vivre de leur artisanat et de l’accueil des visiteurs. À ses yeux, lorsqu’elle est reconnue et organisée durablement, la culture cesse d’être un simple héritage du passé pour devenir une véritable ressource de développement et d’émancipation collective.
En décembre 2025, le Comité populaire de Dông Nai lui décerne un satisfecit récompensant son engagement exemplaire auprès des minorités ethniques. Quelques mois plus tard, à l’occasion de la Journée de la culture des ethnies vietnamiennes célébrée le 19 avril 2026, le ministère vietnamien de la Culture, des Sports et du Tourisme a salué à son tour sa contribution remarquable à la préservation et à la valorisation des patrimoines traditionnels.
Thao Nguyên/CVN




