Le patrimoine immatériel, une mémoire vivante

Cinquante ans après son adhésion à l’UNESCO, le Vietnam compte 17 éléments classés au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Ces inscriptions témoignent de la diversité culturelle du pays et des efforts engagés pour assurer leur transmission.

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Certains éléments vietnamiens classés au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. 
Photo : ST/CVN

En 1976, le Vietnam est devenu membre de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Cette année, les deux partenaires célèbrent les 50 ans de coopération, au cours desquels la préservation et la transmission du patrimoine ont occupé une place importante.

Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 70 éléments et biens reconnus dans les différents programmes de l’UNESCO, dont 17 éléments du patrimoine culturel immatériel. Ces reconnaissances couvrent un territoire particulièrement vaste du Nord au Sud.

Une mosaïque de traditions

Le nhã nhạc, musique de cour vietnamienne, patrimoine culturel de l'UNESCO.
Photo : VNA/CVN

La série commence en 2008 avec deux traditions emblématiques. Le nhã nhạc, musique de cour vietnamienne, héritée de la dynastie des Nguyên (1802-1945), accompagnait les cérémonies de la cour impériale. La même année, l’espace de la culture des gongs du Tây Nguyên (hauts plateaux du Centre) est reconnu.

Dans les communautés de cette région, les gongs rythment les fêtes, les cérémonies et les grands moments de la vie.

En 2009, les chants populaires quan họ de Bac Ninh, fondé sur des chants alternés entre hommes et femmes, rejoint la liste. Le ca trù, forme raffinée de musique traditionnelle associant poésie chantée et instruments, est pour sa part inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.

En 2009, les chants populaires quan họ de Bac Ninh est inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.
Photo : VNA/CVN

Les années suivantes élargissent la carte. Les fêtes de Gióng des temples de Phu Dông et de Soc, à Hanoï, fait revivre la légende du génie Gióng, héros national. Le culte des rois Hùng à Phu Tho, reconnu en 2012, renvoie à la mémoire des souverains considérés comme les ancêtres fondateurs de la nation.

Dans le Sud, l’art du đờn ca tài tử (chant des amateurs du Sud) inscrit en 2013, illustre une tradition musicale étroitement liée à la vie sociale. Les chants populaires ví et giặm de Nghê Tinh, reconnus en 2014, expriment quant à eux les sentiments et les préoccupations quotidiennes des populations du Centre.

Depuis 2015, la dimension communautaire devient encore plus visible. Les rituels et jeux de tir à la corde sont liés aux croyances agricoles et à l’espoir de récoltes abondantes. En 2016, les pratiques liées à la croyance en les Déesses-Mères des Trois Mondes associent rituels, musique, chant, danse et costumes.

Une scène des jeux de tir à la corde.
Photo : VNA/CVN

Le bài chòi du Centre, inscrit en 2017, mêle jeu, musique, poésie et théâtre. La même année, le chant xoan de Phu Tho passe de la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente à la Liste représentative, après les efforts engagés pour assurer leur transmission.

En 2019, les pratiques du then des communautés Tày, Nùng et Thai apportent une dimension spirituelle à cet ensemble. En 2021, l’art de la danse xoè des Thai, fondé sur la formation d’un cercle lors des fêtes et cérémonies, devient le 14e élément vietnamien inscrit.

Représentation du chant then des communautés Tày, Nùng et Thai.
Photo : VNA/CVN

Les trois inscriptions les plus récentes soulignent la nécessité de préserver des traditions parfois fragilisées. En 2022, l’art de la poterie des Cham est inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Façonnées à la main, sans tour de potier, les pièces témoignent d’un savoir-faire étroitement lié à la vie et aux croyances de la communauté.

De la cour impériale aux villages

Le festival de la déesse Bà Chua Xu au mont Sam, province d'An Giang (Sud).
Photo : VNA/CVN

En 2024, le festival de la déesse Bà Chua Xu au mont Sam, dans la province d’An Giang (Sud), rejoint à son tour le patrimoine culturel immatériel. Cette manifestation religieuse et populaire reflète la diversité culturelle du Delta du Mékong, façonnée par les interactions historiques entre différentes communautés.

Enfin, en décembre 2025, l’artisanat de la gravure sur bois traditionnelle de Dông Hô devient le 17e élément vietnamien reconnu. Réalisées à partir de matrices en bois et de pigments naturels, les estampes représentent des scènes familières de la vie populaire. Le coq, le cochon ou encore le mariage des souris comptent parmi leurs motifs emblématiques.

L’artisanat de la gravure sur bois traditionnelle de Dông Hô devient le 17e élément vietnamien reconnu par l'UNESCO.
Photo : VNA/CVN

Mais l’inscription à l’UNESCO ne constitue pas une garantie de pérennité. Le patrimoine immatériel dépend avant tout de ceux qui le pratiquent et le transmettent : artisans, musiciens, chanteurs, danseurs, officiants, familles et communautés.

C’est ce qui fait sa particularité. Une tradition ne reste vivante que si elle trouve sa place dans la société contemporaine. Dans plusieurs régions, sa sauvegarde s’accompagne ainsi d’initiatives dans l’éducation, le tourisme culturel et la valorisation des savoir-faire.

Les 17 inscriptions vietnamiennes racontent donc moins un patrimoine figé qu’une culture en mouvement. Elles montrent comment une société peut préserver sa mémoire tout en permettant à ses traditions de continuer à vivre, à évoluer et à se transmettre aux générations futures.

Huong Giang/CVN

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