De la Silicon Valley à Techcombank : le pari d’un chercheur vietnamien

De Stanford à Google Brain, xAI et OpenAI, Pham Hy Hiêu a évolué au cœur de l’intelligence artificielle mondiale. De retour au Vietnam, il rejoint Techcombank avec l’ambition de transformer son expérience internationale en solutions concrètes au service de l’innovation.

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Le Dr. Pham Hy Hiêu lors de la conférence de presse sur le lancement de la 2e édition du programme “AI Thuc Chiên”. 
Photo : CTV/CVN

Né en 1992, Pham Hy Hiêu s’est distingué très tôt par ses aptitudes scientifiques. Ancien élève du lycée pour élites relevant de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville, il remporte en 2009 une médaille d’argent aux Olympiades internationales de mathématiques.

En 2011, cinq universités américaines de premier plan lui accordent une bourse complète. Il choisit Stanford, où il étudie l’informatique et obtient son diplôme avec mention en 2015. Son mémoire d’honneur, consacré à l’utilisation des réseaux neuronaux pour améliorer la traduction automatique entre l’anglais et l’allemand, lui vaut le prix Ben Wegbreit, récompensant le meilleur mémoire d’honneur de sa promotion.

Stanford constitue pour lui bien davantage qu’une étape académique. Dans cet environnement où les titres passés comptent moins que la capacité à poser de nouvelles questions, il apprend à définir lui-même sa trajectoire et à s’interroger sur l’utilité concrète des connaissances.

Une expérience chez VMware renforce cette conviction. L’informatique, comprend-il, ne doit pas seulement résoudre des problèmes complexes : elle doit aussi répondre à des besoins réels.

À la sortie de Stanford, plusieurs géants technologiques, dont Microsoft, Facebook et Google, lui proposent de les rejoindre. Après une première candidature infructueuse chez Google, il intègre finalement Google Brain en 2016, où il travaille sur les réseaux neuronaux.

Top 30 des jeunes talents

Mais à 24 ans, il choisit une autre voie : celle du doctorat à l’Université Carnegie Mellon (CMU). “Je veux que l’intelligence artificielle soit plus proche de l’humain. Pour cela, je dois continuer à apprendre, et à apprendre sérieusement”, explique-t-il.

À partir de 2017, un programme associant Google Brain et la CMU lui permet de poursuivre ses travaux tout en bénéficiant du soutien intégral du groupe américain pour ses frais universitaires et ses infrastructures de calcul.

Ses recherches portent notamment sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour résoudre des problèmes d’optimisation discrète. L’une de ses contributions permet à Google de réduire considérablement les ressources nécessaires à l’entraînement de modèles : une opération qui nécessitait auparavant quelque 400 ordinateurs pendant un mois pouvait être réalisée avec une seule machine en une journée.

En 2019, Forbes Vietnam le fait figurer parmi ses 30 jeunes talents de moins de 30 ans.

Le Dr. Pham Hy Hiêu consacre ses travaux à la réduction des coûts d’entraînement des modèles d’IA. 
Photo : CTV/CVN

En 2021, à 29 ans, il soutient sa thèse en apprentissage automatique et linguistique computationnelle. Ses publications scientifiques internationales cumulent alors plusieurs milliers de citations.

Parallèlement, de 2021 à 2023, il enseigne comme professeur adjoint associé à l’Université nationale de Singapour. Il poursuit ensuite sa carrière dans l’industrie technologique, avant de rejoindre xAI en août 2024.

Au sein de l’entreprise fondée par Elon Musk, il participe à l’optimisation du mécanisme d’attention de Grok-3. Il rejoint ensuite OpenAI, où il travaille notamment avec une équipe consacrée au développement de puces pour l’intelligence artificielle.

Dans ces environnements soumis à des délais très courts, il accorde une place particulière à la communication et à la traçabilité. À OpenAI, il tient ainsi un “journal ouvert” recensant quotidiennement ses tâches, ses travaux et les échanges liés aux projets. Ses collègues peuvent le consulter et y apporter leurs commentaires.

Après plusieurs années passées au sein des laboratoires technologiques les plus en vue, le rythme finit cependant par peser. Début 2026, Pham Hy Hiêu annonce son départ d’OpenAI, évoquant un épuisement après une longue période de forte pression.

Son retour au Vietnam s’inscrit alors dans une réflexion engagée depuis plusieurs années. En décembre 2024, lors d’un séjour à Hô Chi Minh-Ville, une rencontre avec le Professeur associé Vu Hai Quân, alors directeur de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville, avait notamment ouvert la voie à une collaboration universitaire.

Le dispositif de professeur invité lui permet de partager son savoir-faire avec les enseignants et les étudiants, tout en restant attentif aux difficultés concrètes rencontrées par les équipes nationales. Il doit notamment participer à l’enseignement et aux travaux scientifiques de l’Université des sciences naturelles et de l’Université des technologies de l’information, relevant de l’Université nationale de Hô Chi Minh-Ville.

Changer d’échelle

Pour lui, contribuer au développement scientifique national ne signifie pas nécessairement renoncer à l’environnement international. Il s’agit plutôt de créer des passerelles et de favoriser une circulation des compétences dans les deux sens.

Cette vision s’accompagne d’un regard lucide sur les défis du Vietnam. Selon Pham Hy Hiêu, l’enjeu principal pour l’IA nationale ne réside pas seulement dans les financements, mais dans la capacité à définir des objectifs suffisamment ambitieux pour fédérer les ressources.

L’entraînement d’un modèle d’IA de premier plan peut nécessiter entre 100 et 200 millions de dollars, estime-t-il. Une telle somme serait difficile à réunir pour une seule organisation, mais pourrait devenir envisageable si plusieurs acteurs unissaient leurs moyens autour d’une même ambition.

Il cite la Chine, où ont émergé des modèles de langage développés par des entreprises telles que Kimi, Qwen ou DeepSeek. À ses yeux, le Vietnam ne manque pas de compétences humaines comparables. La différence tient davantage à la capacité de concentrer les ressources sur des objectifs de long terme. Dans l’IA, souligne-t-il, ce “long terme” peut parfois ne représenter que six mois.

C’est dans cette logique qu’il accepte aujourd’hui une nouvelle responsabilité chez Techcombank. Sa nomination au poste de directeur du pôle de transformation par l’intelligence artificielle a pris effet le 19 mai 2026. À 34 ans, il est devenu le plus jeune membre de l’équipe dirigeante de la banque.

Son arrivée intervient alors que Techcombank place l’intelligence artificielle au cœur de sa stratégie. Son directeur général, Jens Lottner, estime notamment que cette technologie transformera profondément le fonctionnement bancaire, certaines opérations quotidiennes pouvant progressivement être confiées à des assistants virtuels. Les collaborateurs seraient alors davantage appelés à concevoir de nouveaux modèles, superviser les systèmes et développer des solutions pour les clients.

Thao Nguyên/CVN



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