Le numérique, un levier novateur de résilience des entreprises

Face aux incertitudes mondiales, les sociétés vietnamiennes font de la transformation numérique un pilier stratégique. Entre exigences écologiques et agilité logistique, l’investissement technologique n’est plus une option, mais le passeport indispensable vers une croissance durable.

>> Résolution 57 : placer l’humain au cœur de la gouvernance de l’IA

>> Résolution 57 : la transformation numérique au service des minorités ethniques

>> Résolution 57 : FPT exporte son premier lot de puces de puissance au Japon

>> Résolution 57 : VNeID, un socle de confiance pour les paiements numériques au Vietnam

>> Résolution 57 : trois piliers pour l’action du ministère de l’Industrie et du Commerce

Les exportateurs font face à des barrières techniques non tarifaires croissantes sur les marchés européen et américain. 
Photo : VNA/CVN

L’investissement dans les technologies numériques est aujourd’hui devenu indispensable à l’existence et au développement des entreprises. De plus en plus de sociétés vietnamiennes consacrent une part importante de leurs ressources financières à la modernisation de leurs systèmes numériques. Il ne s’agit pas d’un choix de prestige, mais d’un moyen concret de mieux résister aux incertitudes économiques et géopolitiques actuelles.

Cette dynamique s’inscrit pleinement dans la vision de développement du pays pour une nouvelle phase. Conformément à la Résolution N°57, le Vietnam vise à établir un nouveau modèle de croissance dans lequel la science, la technologie, l’innovation et la transformation numérique nationale constituent les moteurs centraux.

Barrières techniques non tarifaires

Pour les entreprises de production et d’exportation, la pression ne se limite plus aux seuls coûts opérationnels. Elles se heurtent désormais à une multiplication de barrières techniques non tarifaires, notamment sur les marchés européen et américain. En plus de devoir respecter les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance), ces entreprises doivent investir massivement dans la gestion des données, une ressource stratégique qui ne peut être exploitée efficacement qu’à travers une infrastructure numérique intégrée et synchronisée.

L’exemple de la marque de mode VINTEX, spécialisée dans la sous-traitance pour des enseignes étrangères, illustre clairement ce changement de paradigme. D’abord préoccupée par les coûts de la transformation numérique, l’entreprise a reçu un “ultimatum” de ses partenaires : sans rapports d’émissions en temps réel ni traçabilité des fibres par QR code, les contrats seraient résiliés à partir de 2026. À ce stade, l’infrastructure numérique apparaît comme un véritable “passeport” pour l’exportation, informe Nguyên Hoàn Vu, représentant de la marque.

Pour s’adapter, VINTEX a accepté une réduction de ses bénéfices à court terme afin de moderniser son système ERP et d’installer des capteurs IoT dans l’ensemble de ses usines. Ces dispositifs permettent désormais de mesurer automatiquement la consommation d’électricité et d’eau, ainsi que la production de déchets, et de générer des rapports transparents à destination des partenaires. Investir dans le numérique n’est plus une question de rapidité ou d’avantage concurrentiel, mais une condition sine qua non pour “ne pas être éliminé du jeu”. C’est là l’essence de la “double transformation” : mobiliser les technologies numériques pour déployer une stratégie verte et, ce faisant, protéger la chaîne d’approvisionnement contre les chocs géopolitiques.

Dans le secteur de la logistique, souvent qualifié de “vaisseaux sanguins de l’économie”, la pression est encore plus forte. Selon Nguyên Thi Hoa, directrice de la société par actions GOLDTRANS, les perturbations répétées des chaînes d’approvisionnement mondiales ont profondément modifié les pratiques managériales. Autrefois, une perte de marchandise ou un retard se compensait financièrement ; aujourd’hui, “la réputation est ce qu’il y a de plus précieux”.

Agilité et innovation

Robotisation de la production chez le constructeur automobile THACO, basé dans la zone économique de Chu Lai à Dà Nang (Centre). 
Photo : VNA/CVN

Pour préserver cette crédibilité, des entreprises comme GOLDTRANS investissent massivement dans le cloud et les systèmes de positionnement par satellite à faible latence. L’exploitation du Big data permet désormais d’anticiper les congestions commerciales jusqu’à une semaine à l’avance et de proposer des itinéraires alternatifs.

Sans une infrastructure capable de traiter des millions de données par seconde, une entreprise risque de devenir “aveugle” sur le plan informationnel. Dans la tempête, celui qui dispose de la “carte” la plus précise est aussi celui qui a le plus de chances de survivre.

Ainsi, pour des acteurs comme VINTEX ou GOLDTRANS, le numérique a dépassé sa fonction d’outil de soutien pour devenir une infrastructure essentielle, au même titre que l’électricité ou l’eau. Cette transformation est également portée par l’intelligence artificielle (IA), qui redessine progressivement le marché du travail. L’IA requiert toutefois des données fiables et une puissance de calcul suffisante pour être pleinement efficace.

Dans le secteur bancaire et financier, cette mutation est déjà bien engagée. Au sein de VPS Group, l’IA ne supprime pas les emplois ; elle “libère l’homme de l’ennui”. Là où les spécialistes consacraient auparavant près de 70% de leur temps à collecter et nettoyer manuellement les données, les entrepôts de données (Data Warehouse) et les modules d’IA assurent désormais ces tâches en continu. Les collaborateurs peuvent alors se concentrer sur des missions à forte valeur ajoutée : analyse approfondie, conseil stratégique et relation client, contribuant ainsi à accroître le chiffre d’affaires par employé.

Cette transformation ne concerne pas uniquement les grands groupes. Des entrepreneurs agiles, à l’image de la société par actions Hoàng Hà, spécialisée dans les revêtements antiadhésifs, choisissent de “se tenir sur les épaules de géants”. En période de ralentissement économique, plutôt que d’investir dans des serveurs coûteux, ces PME louent des infrastructures cloud intégrant des solutions d’IA. Cette approche leur permet d’analyser en temps réel le comportement des clients sur les réseaux sociaux et d’ajuster rapidement leur production. Tandis que certaines grandes structures restent freinées par des processus décisionnels lourds, la technologie permet au “poisson rapide” de devancer le “gros poisson”.

En conclusion, le trait commun des entreprises vietnamiennes aujourd’hui réside dans leur remarquable capacité de résilience et d’adaptation. Malgré un environnement économique contraignant, elles ne se contentent pas d’attendre un retour à la normale, mais construisent activement leur infrastructure numérique pour “endiguer les vagues”. La compétitivité ne repose plus sur une main-d’œuvre à bas coût ni sur l’abondance des ressources naturelles, mais sur la vitesse, la transparence et l’intelligence des données. En définissant ces orientations stratégiques, le XIVᵉ Congrès national du Parti confirme que le numérique constitue désormais le socle du développement futur du Vietnam.

DAN THANH/CVN


Rédactrice en chef : Nguyễn Hồng Nga

Adresse : 79, rue Ly Thuong Kiêt, Hanoï, Vietnam

Permis de publication : 25/GP-BTTTT

Tél : (+84) 24 38 25 20 96

E-mail : courrier@vnanet.vn, courrier.cvn@gmail.com

back to top