Impératif de nouveaux moteurs de croissance

Au premier trimestre 2026, l’économie vietnamienne a enregistré une croissance de 7,83%, en deçà de l’objectif fixé. Toujours portée par ses moteurs traditionnels, elle s’efforce désormais d’activer pleinement innovation et numérique.

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La cheffe du Département de la comptabilité nationale Nguyên Thi Mai Hanh.

D’un point de vue statistique, les performances du premier trimestre témoignent d’un redressement solide et relativement homogène. Les trois grands secteurs de l’économie ont enregistré des hausses significatives. L’agriculture, la sylviculture et l’aquaculture/pêche ont progressé de 3,58%, tandis que l’industrie et la construction ont affiché une croissance de 8,92%. Le secteur des services, quant à lui, a connu une expansion de 8,18%. Cette évolution reflète, selon l’experte Nguyên Thi Mai Hanh, cheffe du Département de la comptabilité nationale, l’efficacité des politiques macroéconomiques ainsi que les efforts conjoints des acteurs économiques.

Cependant, derrière ces chiffres encourageants, la structure de la croissance révèle une dépendance persistante aux moteurs traditionnels. La production industrielle, les exportations, l’investissement et la consommation intérieure continuent de porter l’essentiel de l’activité. L’industrie manufacturière, notamment, maintient un rythme soutenu, confirmant la capacité du pays à répondre à la demande internationale. Parallèlement, les exportations demeurent un pilier central, soutenant la production nationale.


La demande intérieure a également contribué à la croissance, stimulée par les effets saisonniers des festivités du Têt (Nouvel An lunaire). Les activités commerciales et touristiques ont bénéficié de cette période, compensant en partie les fluctuations défavorables des marchés extérieurs. Néanmoins, les nouveaux moteurs de croissance, tels que la science, la technologie, l’innovation et l’économie numérique, restent encore en retrait. Bien qu’ils progressent et s’intègrent graduellement dans les secteurs à forte valeur ajoutée, leur rôle demeure complémentaire plutôt que moteur.

Au 1er trimestre 2026, l’agriculture, la sylviculture et l’aquaculture/pêche ont progressé de 3,58%, tandis que l’industrie et la construction ont affiché une croissance de 8,92% sur un an.
Photo : CTV/CVN

L’écart entre la performance enregistrée et l’objectif fixé s’explique par plusieurs facteurs, à la fois externes et internes. Sur le plan international, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont exercé une pression notable sur les marchés énergétiques. La hausse des prix du pétrole et des matières premières a entraîné une augmentation des coûts de production, affectant particulièrement les secteurs fortement consommateurs d’énergie, comme le transport, la logistique et l’industrie manufacturière. Cette situation a réduit les marges des entreprises et freiné leurs décisions d’investissement et d’expansion.

À ces contraintes externes s’ajoutent des fragilités structurelles internes. La productivité du travail demeure relativement faible, tandis que la compétitivité des entreprises reste limitée. La participation du Vietnam aux chaînes de valeur mondiales, bien qu’en progression, n’atteint pas encore son plein potentiel. Par ailleurs, l’environnement institutionnel et réglementaire peine à évoluer suffisamment rapidement pour soutenir efficacement la production, l’investissement et le commerce.

Dans un supermarché à Hanoï. 
Photo : VNA/CVN

La demande intérieure, autre levier clé, a également montré des signes de ralentissement. Malgré une hausse du chiffre d’affaires des biens et services, celle-ci reste inférieure aux attentes. Les ménages, confrontés à la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation, adoptent une attitude prudente en matière de consommation, ce qui freine la dynamique globale.

Ces différentes contraintes ont eu un impact direct sur plusieurs secteurs. L’énergie, la construction, les services d’hébergement et de restauration, ainsi que le transport et la finance, ont enregistré des performances inférieures aux objectifs. Cette sous-performance sectorielle a contribué à limiter la croissance globale du trimestre.

Face à ce constat, les perspectives pour les trimestres suivants reposent sur une accélération significative de l’activité économique. Les projections tablent sur une croissance supérieure à 10% pour chacun des trois prochains trimestres, portée par une reprise des exportations, un renforcement de la demande intérieure et une montée en puissance des nouveaux secteurs. Les industries liées aux semi-conducteurs et à l’économie verte sont notamment identifiées comme des relais de croissance prometteurs.


La réalisation de ces objectifs suppose toutefois la mise en œuvre de mesures structurelles ambitieuses. La levée des obstacles réglementaires, l’accélération du décaissement des investissements publics et l’amélioration de l’environnement des affaires apparaissent comme des conditions indispensables. De même, la stabilisation du contexte international, notamment des prix de l’énergie, constitue un facteur déterminant.

Dans cette perspective, plusieurs moteurs clés soutiendront une croissance à deux chiffres. Les investissements publics jouent déjà un rôle central, notamment via les grands projets d’infrastructure comme l’aéroport international de Long Thành à Dông Nai (Sud), la ligne ferroviaire à grande vitesse Nord-Sud et les autoroutes. Loin de se limiter à des dépenses budgétaires, ils renforceront les capacités productives, réduiront les coûts logistiques et attireront les capitaux privés, y compris étrangers.

La consommation intérieure représente un autre pilier essentiel. Les réformes salariales et les politiques de stimulation de la demande visent à dynamiser un marché de plus de 100 millions de consommateurs. En renforçant ce levier, le Vietnam pourra réduire sa dépendance aux marchés extérieurs et consolider son économie domestique.

Chaîne de production de la société Honda Vietnam, dans la zone industrielle de Dông Van II, province de Ninh Binh (Nord). 
Photo : VNA/CVN

Par ailleurs, la coordination entre politiques budgétaire et monétaire est appelée à jouer un rôle crucial dans la gestion des risques macroéconomiques. L’utilisation flexible des instruments fiscaux, notamment dans le domaine énergétique, permettrait de contenir l’inflation et de préserver le pouvoir d’achat des ménages, tout en soutenant les entreprises.

Enfin, la transformation numérique et l’intégration de l’intelligence artificielle s’imposent comme des axes stratégiques incontournables. En accélérant la transition vers une économie fondée sur la connaissance, ces technologies renforcent la productivité et ouvrent de nouvelles perspectives de croissance. Parallèlement, l’exploitation des accords de libre échange offre au Vietnam l’opportunité de consolider sa place dans les chaînes de valeur mondiales, en misant sur des secteurs à forte valeur ajoutée.

Thúy Hà/CVN

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