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| La gastronomie de Hô Chi Minh-Ville bénéficie de nouvelles perspectives en matière de préservation, de promotion et de valorisation. |
| Photo : ST/CVN |
La numérisation permet non seulement de sauvegarder des valeurs culturelles menacées de disparition, mais aussi d’ouvrir de nouvelles voies au développement du tourisme et des industries culturelles, renforçant ainsi l’attractivité de Hô Chi Minh-Ville.
La gastronomie ne répond pas uniquement aux besoins alimentaires. Elle reflète également l’histoire de la formation des communautés, leurs modes de vie et les processus de métissage culturel. À Hô Chi Minh-Ville, métropole façonnée par de multiples vagues migratoires et des échanges culturels successifs, chaque plat constitue une part de la mémoire d’un territoire, de ses habitants et de leur quotidien à travers les époques.
Numériser pour préserver la mémoire culinaire de la ville
Du com tấm (riz brisé) au bánh mì, en passant par le hủ tiếu et les spécialités emblématiques des communautés des Hoa, khmère et d’autres groupes de population, la culture gastronomique de la ville s’est construite au fil d’un processus continu d’échanges et d’influences réciproques. Les marchés historiques, les petites ruelles, les échoppes familiales et les ateliers de fabrication artisanale contribuent à forger l’identité singulière de Saïgon, aujourd’hui Hô Chi Minh-Ville.
Pourtant, de nombreux savoir-faire culinaires continuent d’être transmis principalement par voie orale. Les recettes restent gravées dans la mémoire des cuisiniers, les techniques de préparation se transmettent de génération en génération et l’histoire de certains plats n’est parfois connue que des personnes âgées. Lorsque les détenteurs de ces savoir-faire cessent de les pratiquer, des connaissances précieuses risquent de disparaître.
L’urbanisation, l’évolution des habitudes de consommation et les pressions concurrentielles constituent également des défis pour les établissements traditionnels, les métiers de la transformation artisanale et les espaces gastronomiques historiques. La préservation ne peut donc se limiter à la présentation de plats lors de festivals ou d’opérations de promotion touristique. Elle doit s’inscrire dans une démarche continue et structurée.
L’univers numérique ouvre de nouvelles perspectives. Grâce à la constitution de bases de données, à l’enregistrement des procédés de préparation, à la numérisation des recettes, à la collecte des témoignages des artisans et à la documentation des lieux emblématiques, le patrimoine culinaire peut être préservé sous différentes formes, facilitant ainsi son étude et son accès au public.
Pour chaque plat, une fiche numérique devrait retracer son histoire, ses ingrédients, ses techniques de préparation, ses évolutions au fil du temps, les personnes qui perpétuent sa tradition ainsi que ses liens avec la communauté. Il ne s’agit pas simplement de publier des images sur Internet, mais de systématiser les connaissances culturelles en garantissant la traçabilité et la fiabilité des informations.
Pour mener à bien cette démarche, Hô Chi Minh-Ville doit définir des critères d’identification du patrimoine culinaire, des normes communes de numérisation et des procédures de vérification des informations. La coopération entre les autorités culturelles, les chercheurs, les artisans, les communautés locales et les entreprises technologiques est essentielle à la constitution d’une base de données de qualité, afin d’éviter la dispersion ou la déformation des informations.
De la base de données à la carte numérique du patrimoine culinaire
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| La numérisation contribue à préserver et à promouvoir le patrimoine culinaire. |
| Photo : ST/CVN |
Lorsqu’elles sont organisées de manière méthodique, les données numériques peuvent servir de fondement à la création d’une carte du patrimoine culinaire de Hô Chi Minh-Ville, permettant aux habitants et aux visiteurs de découvrir la métropole à travers les histoires qui se cachent derrière chaque plat.
Cette carte ne se limiterait pas à localiser les restaurants réputés. Elle présenterait également les marchés traditionnels, les quartiers gastronomiques, les établissements de fabrication anciens, les villages de métiers et les artisans qui préservent des techniques culinaires caractéristiques. Les utilisateurs pourraient ainsi découvrir l’origine des plats, les histoires liées aux ingrédients, le passé des lieux et les pratiques culturelles qui leur sont associées.
À titre d’exemple, une fiche consacrée au com tấm pourrait retracer l’évolution de ce plat, passé d’un repas populaire à un symbole de la gastronomie urbaine. Les spécialités de la communauté chinoise pourraient être présentées en lien avec l’histoire des migrations, les activités commerciales et la vie quotidienne dans les quartiers historiques. La gastronomie serait ainsi considérée non seulement comme un produit de consommation, mais aussi comme une source documentaire sur l’histoire et la culture des communautés.
Outre les textes et les photographies, les enregistrements audio et vidéo, les vidéos interactives, les modèles tridimensionnels et l’intelligence artificielle pourraient améliorer l’accès à ces ressources. Les documents audiovisuels permettraient de reconstituer les différentes étapes de préparation, tandis que les archives sonores conserveraient les témoignages des artisans. La réalité augmentée pourrait, quant à elle, fournir des informations historiques sur les lieux visités directement par les touristes.
L’intelligence artificielle pourrait faciliter les recherches multilingues, proposer des itinéraires adaptés aux préférences des visiteurs et établir des liens entre des plats partageant une origine ou des techniques de préparation communes. La technologie devrait toutefois rester un outil d’assistance. Les informations concernant l’origine des plats, les secrets familiaux et les traditions communautaires doivent être vérifiées par des spécialistes et les détenteurs des savoir-faire culturels.
Une plateforme efficace devrait être facile à utiliser sur smartphone, régulièrement mise à jour et ouverte aux contributions des communautés. La connexion de la carte gastronomique aux plateformes touristiques, aux musées, aux bibliothèques et aux établissements d’enseignement permettrait également d’élargir l’exploitation de ces données et d’éviter la multiplication de systèmes indépendants.
Faire du patrimoine culinaire un levier des industries culturelles
La numérisation ne contribue pas uniquement à préserver et à promouvoir le patrimoine culinaire. Elle favorise également la création de nouveaux produits touristiques, culturels et de services. Cette orientation correspond aux objectifs de développement des industries culturelles, de valorisation des ressources locales et de renforcement de l’attractivité de Hô Chi Minh-Ville.
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| À long terme, Hô Chi Minh-Ville devrait élaborer une stratégie de numérisation du patrimoine culinaire par étapes. |
| Photo : ST/CVN |
À partir de données vérifiées, les entreprises touristiques pourraient concevoir des circuits gastronomiques associant histoire urbaine, culture communautaire et vie quotidienne. Les visiteurs ne se rendraient plus simplement dans un établissement pour déguster un plat : ils pourraient également rencontrer son préparateur, découvrir l’origine des ingrédients, comprendre l’histoire du quartier et observer les transformations du mode de vie de ses habitants.
Ces parcours pourraient relier marchés traditionnels, échoppes historiques, ateliers de fabrication artisanale et espaces dotés d’une architecture caractéristique. Présentés sur des plateformes numériques, ils seraient accessibles à une clientèle internationale, aux jeunes voyageurs et aux visiteurs en quête d’expériences culturelles approfondies.
Le potentiel de développement concerne également les contenus numériques. Des courts métrages documentaires consacrés aux spécialités locales, des émissions de dialogue avec les artisans, des livres électroniques, des expositions en ligne, des cartes interactives et des collections photographiques à valeur documentaire pourraient devenir autant de produits culturels. Les écoles, les établissements de formation touristique et les organismes de recherche pourraient exploiter ces ressources pour développer des programmes éducatifs, des travaux scientifiques et des activités de communication.
Pour créer une valeur économique durable, la ville devrait encourager les entreprises touristiques, les sociétés technologiques, les établissements de formation et les acteurs de la création à développer des produits fondés sur le patrimoine. Cette dynamique pourrait générer de nouvelles possibilités d’emploi pour les artisans, les guides spécialisés, les médiateurs culturels et les établissements gastronomiques traditionnels.
Il convient néanmoins de distinguer la promotion des produits alimentaires de la valorisation du patrimoine culinaire. Si les activités commerciales privilégient la qualité, les débouchés et la compétitivité, la préservation patrimoniale doit également garantir la profondeur historique, la transmission des savoir-faire et l’identité des communautés. L’exploitation économique ne doit pas effacer les valeurs culturelles qui confèrent aux plats leur caractère distinctif.
Les communautés qui détiennent et pratiquent ce patrimoine doivent occuper une place centrale dans cette démarche. L’enregistrement des recettes, des images ou des secrets de fabrication doit se faire avec le consentement des personnes qui fournissent les informations, dans le respect des droits liés aux savoirs traditionnels et avec des mécanismes appropriés de partage des bénéfices lorsque les données sont utilisées à des fins commerciales.
À long terme, Hô Chi Minh-Ville devrait élaborer une stratégie de numérisation du patrimoine culinaire par étapes, en commençant par l’inventaire, la constitution des dossiers patrimoniaux et la normalisation des données, avant de mettre en place une plateforme intégrée et de développer des produits valorisant ces ressources. Les résultats ne devraient pas être évalués uniquement en fonction du nombre de dossiers constitués ou de visites enregistrées, mais aussi selon la capacité à maintenir les métiers traditionnels, à transmettre les savoir-faire aux jeunes générations et à apporter des bénéfices concrets aux communautés.
Faire entrer le patrimoine culinaire dans l’univers numérique ne consiste pas simplement à mettre des plats en ligne. C’est un processus qui permet de préserver la mémoire urbaine, de structurer les savoirs traditionnels et de faire vivre les valeurs culturelles dans la société contemporaine.
Lorsque les données sont organisées de manière rigoureuse, que les communautés participent activement et que les produits dérivés sont développés de façon responsable, le patrimoine culinaire peut devenir une ressource majeure pour le tourisme et les industries créatives. C’est aussi un moyen pour Hô Chi Minh-Ville de préserver son identité tout en transformant des valeurs enrichies au fil des générations en un moteur de développement durable.
Minh Thu/CVN




