Dans les archives, la mémoire des cadres partis au Sud revit

Longtemps conservés dans les fonds des archives nationales, les dossiers et objets personnels des cadres partis au Sud pendant la guerre continuent de faire revivre les souvenirs d’une génération engagée pour la réunification du pays.

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Le stand de l'exposition "Jeunesse laissée pour compte" a attiré de nombreux visiteurs. 
Photo : Minh Châu/CVN

Aujourd’hui, ces précieux témoignages ne servent pas seulement à préserver la mémoire : ils contribuent aussi aux recherches sur les martyrs et à l’identification de ceux dont le destin demeure encore inconnu.

Des retrouvailles chargées d’émotion

Récemment, le siège du Département des archives et de la gestion des documents de l’État, à Hanoï, a accueilli une rencontre particulièrement émouvante entre d’anciens cadres "partis au Sud" (cán bộ đi B), placée sous le thème "Une jeunesse laissée en héritage".

Dans les années 1960 et 1970, ils étaient de jeunes étudiants, enseignants, médecins, ingénieurs, fonctionnaires ou encore lycéens fraîchement diplômés. Répondant à l’appel de la Patrie, ils quittèrent volontairement le Nord, franchirent la cordillère de Truong Son pour rejoindre les champs de bataille du Sud, portés par l’idéal de réunification nationale.

Avant leur départ, pour des raisons de confidentialité, chacun déposa son dossier personnel et ses documents les plus importants auprès du Comité gouvernemental pour la réunification.

En contemplant attentivement les objets exposés, Pham Quang Nghi, ancien membre du Bureau politique et ancien secrétaire du Comité du Parti de Hanoï, n’a pu cacher son émotion en retrouvant ses propres souvenirs. Bulletins scolaires, curriculum vitae, certificat d’appartenance à l’Union de la jeunesse, demande d’engagement volontaire… autant de documents qui l’ont replongé dans les jours précédant son départ pour le front.

Exposition "Une jeunesse en héritage" à Hanoï.

Selon lui, ces archives ne ravivent pas seulement ses souvenirs personnels : elles rappellent également le sacrifice de ses compagnons d’armes, les années de guerre et l’engagement d’une génération qui plaça les intérêts de la Patrie au-dessus de tout.

À 85 ans, Trân Thi Vinh a effectué le voyage depuis Hô Chi Minh-Ville jusqu’à Hanoï pour participer à cette rencontre. Plus de soixante ans après avoir quitté le Nord, elle a pu revoir pour la première fois le dossier qu’elle avait confié avant son départ vers le champ de bataille. Face à ces feuilles jaunies par le temps, les souvenirs d’une jeunesse passionnée lui sont revenus avec une étonnante vivacité.

Pour elle, ces documents évoquent une époque marquée par les épreuves, mais aussi par la fierté d’une génération qui avait choisi de "traverser la cordillère de Truong Son pour sauver le pays". Chaque ancien cadre porte une histoire différente, mais tous partagent la même émotion en retrouvant leurs dossiers, leurs objets personnels et leurs compagnons de route d’autrefois.

Un patrimoine au service de la mémoire

Le Centre national d’archives n°3, relevant du Département des archives et de la gestion des documents de l’État, conserve aujourd’hui plus de 72.000 dossiers et objets personnels appartenant à des cadres partis au Sud, originaires de 89 provinces et villes, selon les découpages administratifs en vigueur entre 1945 et 1975.

Chaque dossier rassemble de nombreux documents : curriculum vitae, bulletins scolaires, actes de naissance, décisions d’affectation, certificats d’adhésion à l’Union de la jeunesse, cartes de membre du Parti, correspondances, journaux personnels, photographies et divers effets personnels laissés avant le départ vers le front.

Bien plus que de simples archives administratives, cet ensemble documentaire retrace une période exceptionnelle de l’histoire, durant laquelle des dizaines de milliers de cadres du Nord furent envoyés en renfort dans le Sud.

Des visiteurs posent avec des souvenirs à l'exposition "Jeunesse laissée pour compte".
Photo : Minh Châu/CVN

Il constitue aujourd’hui une source historique et juridique d’une valeur inestimable, utilisée aussi bien pour la recherche historique que pour la vérification des informations et la mise en œuvre des politiques en faveur des personnes ayant rendu des services méritoires à la nation.

Conscient de cette richesse patrimoniale, le Département des archives et de la gestion des documents de l’État multiplie depuis plusieurs années les initiatives destinées à faire connaître ce fonds au grand public. Des expositions thématiques sont régulièrement organisées.

À ce jour, les objets originaux ont déjà été restitués à 65 anciens cadres, tandis que 150 autres cadres partis au Sud et leurs familles les ont reçus lors de différentes cérémonies d’hommage organisées dans tout le pays.

Parallèlement, l’institution poursuit la numérisation des archives, développe une base de données spécialisée et met à disposition un système de consultation en ligne afin de répondre aux besoins des anciens cadres, de leurs proches et des organismes compétents. Elle travaille également en étroite coopération avec les autorités locales pour fournir des copies de dossiers destinées à l’identification des familles et au règlement des droits des personnes ayant contribué à la révolution.

Pour Dang Thanh Tùng, directeur général du Département des archives et de la gestion des documents de l’État, "valoriser les archives ne relève pas uniquement de la mission professionnelle des archivistes ; c’est aussi une responsabilité qui participe au devoir de reconnaissance envers celles et ceux qui ont servi la nation, à la transmission de l’histoire et à la diffusion de la tradition vietnamienne de gratitude".


Les dossiers des cadres partis au Sud ne doivent donc pas seulement être conservés comme un patrimoine documentaire national, mais également être mis au service de la société.

Les archives au secours des martyrs

Cette mission mémorielle a pris une nouvelle dimension avec la participation du Département à la Campagne des 500 jours et nuits, consacrée à l’intensification des recherches, au regroupement et à l’identification des dépouilles des martyrs dont l’identité demeure inconnue.

Pour la première fois, l’ensemble des centres nationaux d’archives a entrepris un vaste recensement des documents susceptibles de contribuer à cette mission.

Les premiers résultats font état de plus de 2.000 dossiers concernant des martyrs, des campagnes militaires, des batailles et des zones d’opérations. Les archivistes ont également élaboré un système de mots-clés et harmonisé les inventaires afin de faciliter les recherches, les recoupements et le partage des informations entre les différentes sources.

Au Centre national d’archives n°3, le travail s’est considérablement intensifié. Dépositaire des archives produites depuis la Révolution d’Août 1945, le centre répond aux demandes du Comité national de pilotage en recherchant des informations sur les campagnes militaires, les batailles et les martyrs afin de contribuer à leur identification.

Selon Trân Viêt Hoa, directrice du Centre national d’archives n°3, plus de 200 documents relatifs à de grandes campagnes ont déjà été retrouvés, notamment ceux concernant l’Offensive générale du Têt de 1968, les campagnes de Lam Son et de Quang Trung en 1972, la campagne du Tây Nguyênb et la campagne Hô Chi Minh en 1975.

Le centre poursuit également les recherches sur les martyrs de différentes périodes. Récemment, il a notamment fourni l’ensemble des documents nécessaires à la délivrance du certificat officiel de reconnaissance de la Patrie en faveur de la famille du martyr Huynh Van Quyên, également connu sous le nom de Huynh Van Quên.

Fort de ces premiers résultats, le Département des archives et de la gestion des documents de l’État propose désormais de créer une base de données thématique, d’accélérer la numérisation des archives, de recourir à la reconnaissance optique de caractères (OCR) ainsi qu’à l’intelligence artificielle, tout en renforçant l’interconnexion des données entre ministères, collectivités locales et organismes concernés, afin que les archives continuent à jouer pleinement leur rôle au service de la société.

Faire parler les traces du passé

Plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre, le devoir de mémoire demeure plus vivant que jamais. Dans les réserves silencieuses des archives nationales, les dossiers, les photographies et les objets personnels confiés autrefois avant le départ vers le front continuent de raconter l’histoire.

Chaque souvenir restitué à son propriétaire, chaque information permettant d’identifier un martyr donne une nouvelle voix à ces documents préservés au fil des décennies et prolonge le devoir de reconnaissance envers celles et ceux qui ont consacré leur jeunesse, voire leur vie, à l’indépendance et à la liberté du Vietnam.

Thanh Dung - Câm Sa/CVN

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