La technologie génétique redonne un nom aux héros

Lancée à l’échelle nationale, la campagne des "500 jours et nuits" mobilise l’ADN, les archives et les données familiales pour identifier les restes de héros martyrs encore inconnus. Au Centre d’identification génétique, la technologie du séquençage de nouvelle génération ouvre de nouvelles perspectives face à des échantillons très dégradés.

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La guerre appartient au passé, mais pour des milliers de familles vietnamiennes, la blessure demeure ouverte. Environ 230.000 tombes de martyrs n’ont toujours pas été identifiées, tandis que quelque 175.000 restes n’ont pas encore été retrouvés. Dans ce contexte, le travail visant à rendre leur nom à ces héros relève à la fois du devoir, de la responsabilité et d’un véritable "commandement du cœur" pour chaque Vietnamien. La campagne des "500 jours et nuits" a été conçue pour accélérer cette mission de mémoire et d’identification à l’échelle nationale.

L'identification des restes des martyrs est au centre des priorités.
Photo : VNA/CVN

Officiellement lancée le 2 avril 2026 et déployée du 15 mars 2026 au 27 juillet 2027, cette opération constitue la plus vaste campagne jamais menée dans la recherche, la collecte et l’identification des restes de martyrs encore dépourvus d’informations. Ses objectifs sont ambitieux : retrouver et regrouper environ 7.000 restes de morts pour la Patrie, prélever des échantillons sur environ 230.000 tombes de soldats  demeurent non identifiées, réaliser des analyses ADN sur près de 18.000 échantillons et mettre en place une base de données génétiques des proches des martyrs.

Dans ce vaste chantier, les cadres, scientifiques et techniciens du Centre d’identification génétique, relevant de l’Institut de biologie de l’Académie vietnamienne des sciences et technologies, travaillent jour et nuit contre la montre afin de contribuer à cette "campagne visant à redonner un nom à ceux qui sont tombés pour la Patrie", explique le Professeur associé et Docteur Nguyên Trung Nam, vice-directeur de l’Institut de biologie.

Une avancée majeure

Le Professeur associé et Docteur Nguyên Trung Nam, vice-directeur de l’Institut de biologie.
Photo : ND/CVN

Selon Nguyên Trung Nam, les méthodes traditionnelles d’expertise ADN reposent principalement sur les marqueurs STR (Short Tandem Repeat - microsatellites) ou l’ADN mitochondrial. Ces techniques ont permis d’obtenir de nombreux résultats importants, mais leur efficacité chute nettement lorsqu’il s’agit de restes enterrés depuis longtemps, car l’ADN y est souvent fragmenté, dégradé ou présent en quantité trop faible. Dans ce type de dossier, la qualité de l’échantillon devient souvent le principal obstacle à l’identification.

C’est précisément là que la technologie NGS-SNP constitue une avancée majeure. Elle permet d’analyser simultanément des milliers de marqueurs SNP (polymorphismes d'un seul nucléotide) sur l’ensemble du génome à partir de quantités d’ADN très réduites et fortement altérées. En exploitant un volume plus important d’informations génétiques, cette méthode améliore nettement la capacité à établir des liens de parenté, y compris lorsque seuls des proches éloignés sont encore disponibles. Elle se distingue aussi par sa précision, son fort potentiel d’automatisation et sa compatibilité avec la construction d’une base de données ADN à l’échelle nationale.

Pour le Centre d’identification génétique, cet apport technologique change la manière d’aborder les dossiers les plus difficiles. Là où les méthodes classiques atteignent leurs limites, le séquençage de nouvelle génération ouvre de nouvelles possibilités d’interprétation, notamment pour les restes très dégradés. Cette évolution est d’autant plus importante que les échantillons liés aux martyrs ont souvent traversé plusieurs décennies d’inhumation dans des conditions climatiques et environnementales défavorables.

Des échantillons fragiles

Prélèvement des échantillons sur les restes de martyrs non identifiés au cimetière des martyrs de la commune de Son Duong, dans la province de Tuyên Quang. 
Photo : VNA/CVN

La principale difficulté reste la dégradation sévère de l’ADN dans les restes humains, sous l’effet du temps, du sol, de la température, de l’humidité et des micro-organismes. Beaucoup d’échantillons ne contiennent plus que de très courts fragments d’ADN, ou sont contaminés par des substances qui perturbent l’analyse. Dans ces conditions, il est impossible d’appliquer un protocole unique à tous les cas. Chaque échantillon doit être évalué séparément afin de déterminer la méthode d’extraction, d’enrichissement et d’analyse la plus adaptée.

Cette exigence technique suppose une expertise approfondie, des équipements modernes et des procédures de contrôle qualité strictes afin de garantir des résultats précis et objectifs. Elle impose aussi une organisation rigoureuse entre les étapes de collecte, de conservation et de traitement en laboratoire. La précision scientifique dépend en grande partie de la qualité de la chaîne de traitement, depuis le terrain jusqu’au résultat final.

À cette contrainte s’ajoute une autre difficulté, tout aussi déterminante : le recueil des échantillons des proches, rendu complexe par le passage des générations et la diminution du nombre de parents directs encore en vie. Dans de nombreux cas, il ne reste que des parents éloignés, ce qui complique l’évaluation des liens de parenté.

Le Docteur Nguyên Trung Nam souligne que la qualité des échantillons de restes dépend en grande partie du protocole de collecte dès le terrain. Si le prélèvement n’est pas effectué au bon endroit, ou si la conservation et le transport ne respectent pas les règles, l’ADN peut continuer à se dégrader, ce qui réduit les possibilités d’analyse. La phase de terrain conditionne donc directement les chances de succès en laboratoire.

Aujourd’hui, la principale difficulté tient aussi au fait que les prélèvements sont réalisés dans de nombreuses localités à petite échelle, dans le cadre d’une procédure nouvelle qui demande encore du temps pour être pleinement évaluée. Pour surmonter ces obstacles, il estime qu’il faut élargir la collecte d’ADN des proches sur tout le territoire, mettre à jour régulièrement la base de données, standardiser les informations généalogiques et garantir une gestion unifiée des données.

La combinaison des données ADN avec les dossiers des héros martyrs, les zones de regroupement des restes et d’autres informations pertinentes permettra d’améliorer nettement l’efficacité des recherches et des identifications. L’enjeu ne se limite donc pas à la technologie elle-même ; il s’agit aussi de relier correctement les preuves scientifiques, les archives et les données familiales.

Une base génétique

Concernant la Banque des données ADN, le vice-directeur rappelle qu’une telle structure ne peut être pleinement efficace que si les données sont suffisamment nombreuses, de bonne qualité et régulièrement mises à jour. Sa construction ne relève donc pas seulement de la technologie ; elle implique aussi des moyens financiers, des infrastructures techniques, des ressources humaines qualifiées et des mécanismes de coordination entre ministères, secteurs et collectivités.

Chaque identification réussie n’est pas seulement une réussite scientifique, mais aussi un geste de reconnaissance envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour la Patrie.
Photo : VNA - ND/CVN

En parallèle de l’investissement dans des systèmes d’analyse modernes, il faut établir des normes unifiées pour la collecte, la conservation, la sécurité et l’exploitation des données ADN. L’intelligence artificielle et les algorithmes de traitement des mégadonnées pourront également réduire le temps de rapprochement et améliorer l’efficacité des identifications à l’avenir. Toutefois, en raison de la forte probabilité de similitude aléatoire au sein de la population, il ne sera pas possible de conclure sur la seule base de l’ADN mitochondrial. Il faudra associer la technologie NGS-SNP à des éléments de preuve suffisamment solides.

La coopération avec le gouvernement américain et la Commission internationale des personnes disparues (ICMP) a permis au Centre d’identification génétique d’accéder progressivement à des technologies avancées et d’en maîtriser l’usage pour les adapter aux spécificités des restes de martyrs au Vietnam. Cela concerne notamment le traitement des restes très dégradés, le séquençage de nouvelle génération, la construction et la gestion de bases de données ADN à grande échelle, ainsi que les systèmes de gestion de la qualité des laboratoires conformes aux normes internationales.

L’expérience internationale montre qu’une identification efficace exige une combinaison cohérente entre technologie moderne, personnel bien formé, procédures standardisées, base de données ADN complète et coordination étroite entre les organismes concernés. Pour le professeur associé, il ne suffit pas de recevoir une technologie ; il faut la maîtriser, l’optimiser et l’adapter aux conditions vietnamiennes. Les restes de martyrs dans le pays sont souvent très dégradés en raison du climat tropical, de la durée prolongée d’inhumation et de conditions de conservation particulières. Les protocoles techniques doivent donc être étudiés, évalués et perfectionnés à partir des données réelles du Vietnam.

Des objets de soldats découverts dans la grotte de Da Sâp (ancienne grotte logistique K600), située dans la commune de Ha Nha, à Dà Nang (Centre).
Photo : VNA/CVN

Une mission mémorielle

À l’avenir, le Centre d’identification génétique poursuivra sa coopération internationale pour actualiser les avancées scientifiques, tout en renforçant les capacités de recherche nationales. L’objectif est de construire un système moderne d’expertise ADN et de transférer de nouvelles technologies vers les quatre centres d’expertise ADN désignés par le gouvernement. Cela doit permettre de répondre aux exigences de la campagne des "500 jours et nuits" et, à terme, d’identifier de plus en plus de restes de martyrs encore non documentés.

Chaque identification réussie n’est pas seulement une réussite scientifique, mais aussi un geste de reconnaissance envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour la Patrie. Derrière chaque échantillon se trouve une famille qui attend depuis des décennies de connaître le lieu de repos de son proche. C’est cette dimension humaine qui pousse les équipes impliquées à travailler sans relâche, jour après jour, pour améliorer les méthodes, surmonter les difficultés techniques et accomplir au mieux la mission confiée par le Parti, l’État et le peuple.

Chaque nom restitué contribue non seulement à éclairer l’histoire, mais aussi à apaiser la douleur des familles des héros martyrs, tout en perpétuant la tradition vietnamienne : "Quand on boit de l'eau, on pense à la source".

Thuy Hà - Hiêu Nga/CVN

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