>> Une personne sur quatre n'a pas d'accès sécurisé à l'eau potable, selon l'ONU
>> Plus de deux milliards de personnes n'ont pas accès à une eau potable sûre
>> Inauguration d'une usine d’eau potable de 5.000 milliards de dôngs à Phu Tho
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| Un point d’accès gratuit à l’eau potable à Cân Tho (Sud). |
| Photo : VNA/CVN |
Maintenir l’approvisionnement en eau potable dans les régions montagneuses demeure un défi critique, particulièrement en saison sèche. Pour ces populations, l’accès à l'eau est la clé de voûte de la santé, de l’hygiène, de la scolarisation des enfants et du bien-être au quotidien. Contraints de s'approvisionner auprès de sources éloignées ou insalubres, les habitants paient un lourd tribut : temps perdu, pénibilité extrême et risques sanitaires accrus - les femmes et les enfants se retrouvant en première ligne
Défi des normes
Le Vietnam a réalisé des progrès notables : 97,9% de la population rurale dispose d’une eau dite “hygiénique”. Cependant, seuls 54,4% des foyers (environ 8,9 millions de ménages) sont raccordés à un réseau collectif fournissant une eau conforme aux normes de potabilité. Le défi actuel n’est plus la disponibilité, mais la qualité et la durabilité.
Les disparités régionales sont flagrantes. Alors que les deltas du fleuve Rouge et du Mékong affichent des taux élevés, les montagnes du Nord stagnent à 25% et le Centre septentrionale à 34,9%. Ces zones combinent forte densité de minorités ethniques, relief accidenté, habitat dispersé, coûts d’investissement élevés et impacts climatiques sévères (sécheresse, intrusions salines). La stratégie 2026-2030 impose donc une approche territorialisée et flexible, adaptée à chaque écosystème.
Le principal goulet d’étranglement réside dans la gestion post-investissement. Sur les 17.588 stations rurales du pays, seules 27,04% fonctionnent de manière pérenne et 27,6% de façon relativement stable. À l’inverse, 29% sont précaires et 16,35% sont à l’arrêt. Près de la moitié du parc souffre de défaillances (lacunes techniques, manque de budget de maintenance, conflits de tarification).
Le succès ne se mesure pas au nombre de chantiers livrés. Une installation à sec en été ou privée de contrôle sanitaire n’est pas un service sûr. Il faut passer de la “construction d’ouvrages” à la “garantie de service” en évaluant le nombre de foyers réellement connectés, la continuité annuelle et la qualité de l’eau traitée.
Le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement évalue les besoins d’ici 2030 à 94.168 milliards de dôngs : 85.760 milliards pour moderniser les réseaux collectifs et 8.408 milliards pour subventionner le stockage et le traitement individuel de 336.330 foyers exclus. Cette ampleur impose un ciblage strict.
Gouvernance unifiée
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| Distribution d’eau potable à des habitants de Pà Co, province de Phu Tho (Nord), en pleine période de sécheresse. |
| Photo : VNA/CVN |
La gestion de l’eau implique une gouvernance intersectorielle complexe : ingénierie, santé publique, environnement, investissement et aide sociale. En l'absence d'une délimitation stricte des compétences, les dérives deviennent systématiques : stations abandonnées sans gestionnaire, défaut de budgets d’entretien ou manque de contrôles sanitaires.
Actuellement, le ministère de la Construction harmonise le cadre réglementaire global et commercial du réseau. Le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement pilote directement l’hydraulique rurale en liant la ressource aux impératifs climatiques. Le ministère de la Santé édicte les normes de potabilité. Enfin, les autorités locales portent la responsabilité opérationnelle : mobiliser les budgets, désigner les exploitants, superviser la maintenance et intervenir en cas de panne.
Pour la période 2026-2030, la gouvernance doit être unifiée et recentrée sur l'usager, en harmonisant normes, tarifs et contrats avec la réalité des investissements ruraux. Au sein des communautés autochtones, le niveau local constitue le véritable pilon central : sans réponse claire aux enjeux logistiques (gestion, contrôle, budget de maintenance), l'eau en milieu rural demeurera un simple coût budgétaire au lieu de devenir un service public durable.
L’objectif national vise 80% de foyers ruraux approvisionnés en eau potable aux normes d’ici 2030. Pour les minorités ethniques, cette cible doit être déclinée par village pour éviter que les moyennes statistiques ne masquent les poches de précarité, les écoles non raccordées ou les foyers vulnérables exclus.
Le Programme cible national sur la Nouvelle ruralité, la réduction durable de la pauvreté et le développement socio-économique des zones de minorités ethniques et montagneuses pour la période 2026-2030, doit se concentrer sur des actions concrètes : cartographier le stress hydrique jusqu’aux hameaux, réhabiliter le réseau existant, labelliser l’auto-approvisionnement familial, imposer des plans de sécurité sanitaire et optimiser les mécanismes de tarification et d’aides ciblées.
L’accès durable à une eau salubre transforme profondément la vie d’un village : la santé des enfants s’améliore, la charge domestique des femmes s’allège, les écoles fonctionnent, les revenus se stabilisent et la confiance envers l’action publique se renforce.
L’approvisionnement en eau des minorités ethniques est un impératif de justice sociale et un engagement pour un développement équitable. La période 2026-2030 doit sceller la transition définitive de l’infrastructure vers le service, de l’eau simplement “hygiénique” vers une eau potable aux normes, et du saupoudrage des investissements vers une sécurité hydrique garantie pour chaque citoyen, en toutes circonstances.
Viêt Quân - Huong Linh/CVN




