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Aux premières lueurs du jour, sous le ciel bas de la saison des pluies, j’ai couru autour du Grand lac (Hồ Tây) et croisé d’autres âmes matinales qui s’exerçaient sur les machines de fitness en plein air qui parsèment les berges. La ligne d’un pêcheur frétillait de vie à ses pieds. Ses prises seraient dégustées plus tard par des visiteurs assis sur de petits tabourets en plastique. Sur les bancs voisins, touristes et habitants se mêlaient dans un petit brouhaha, les uns au téléphone, les autres en pleine méditation, et les enfants couraient autour, le sourire aux lèvres.
Un peu plus loin, deux poupées me souriaient depuis l’arrière d’un grand camion blanc. Grises de poussière, elles gigotaient au rythme de la circulation folle, mais tenaient bon, solidement accrochées au-dessus de la plaque d’immatriculation. Je les ai vues filer au loin, tandis qu’au bord d’une route bondée, j’attendais mon tour de traverser sans risquer de me faire renverser, un tour qui n’arriverait jamais.
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| Un coq dans la rue du train de Hanoï. |
En attendant, j’ai fait du lèche-vitrines, entre casques colorés, foulards suspendus et étals de nourriture. À côté d’une boutique Vinamilk, dont les boissons chocolatées font le bonheur de mes matinées, je me suis retrouvée face à un magasin de jouets. Dans la vitrine, un capybara en peluche rêvait de s’envoler de ses propres ailes. Il tirait la langue à la vitre qui l’en empêchait, perdu dans des songes plus grands que lui.
Ailleurs dans le quartier, un arbre s’obstinait à pousser à l’horizontale, abritant sous son tronc les passants qui fuyaient la pluie. Tout autour, lanternes, guirlandes et drapeaux décoraient l’espace comme à leur habitude. Ce n’est sûrement pas dans ces rues qu’on s’ennuie faute de couleurs ou de formes. Mon attention, constamment distraite, est peut-être même la raison de l’égratignure que j’ai sur le front, trace d’un combat perdu contre un panneau de la rue qui mène à l’université, près du lac de Láng.
Plus tard, j’ai bu un café entouré de chats aux yeux ronds de malice, curieux de goûter au lait concentré, et j’ai assisté, depuis ma chaise, au transport de deux fauteuils de bureau dans un chariot à bagages d’hôtel de luxe.
Dans la rue des livres, j’ai soupçonné les parapluies d’en avoir eu assez de leur individualisme et de s’être unis pour former une longue voûte colorée.
Hanoï s’allume
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| La DOJI Tower, au 5, rue Lê Duẩn, dans le quartier de Ba Đình, à Hanoï. |
À moitié plantée sur un passage piéton, je me suis arrêtée pour photographier un immeuble de verre bleu, soutenu par quelques colonnes à la romaine.
Dans un autre café, il a suffi de tourner la tête pour trouver, partout, de nouvelles étrangetés. Dans un coin, un tableau réunissait des chiens aux mille personnalités ; un peu plus loin, la couverture géante du Lotus bleu, de Tintin, trônait au-dessus du comptoir. Près de la machine à café, trois chaises miniatures en papier pendaient en équilibre précaire, comme dans l’attente que quelqu’un leur fabrique une vraie assise. Face à elles, quatre oisillons au crochet, accrochés à une structure de bois, partageaient le même déséquilibre.
Le soir venu, je me suis arrêtée devant une sculpture de tiges métalliques en pleine chorégraphie, surmontée de colombes blanches et de drapeaux. Non loin, je me suis surprise à sourire devant la chemise verte d’un homme, ornée de trois poissons colorés brodés sur le torse.
J’ai goûté des bánh bột lọc véganes, petits en-cas à la pâte de tapioca translucide, et j’ai cru devoir déplier des feuilles de bananier toute la soirée sans jamais trouver le mets qui s’y cachait.
Plus tard encore, verre à la main sur un rooftop qui méritait bien son nom, j’ai regardé la silhouette découpée de Hanoï s’allumer.
La ville, visiblement, ne dort jamais.
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| Le 88 Underground Bar, dans le quartier de Tây Hồ, à Hanoï. |
Devant une bière, j’ai écouté un karaoké de Carmen chanté en vietnamien. Et en levant les yeux, j’ai vu la lune me faire un clin d’œil, tout juste perchée au-dessus d’un câble téléphonique.
Sur le chemin du retour, j’ai aperçu une marmotte debout sur ses pattes au milieu d’un salon, le regard hagard braqué sur l’extérieur, la tête allant frénétiquement de droite à gauche, comme curieuse de l’espace. Je n’aurais pas imaginé voir à Hanoï ces petits êtres de la montagne que je n’avais fait qu’entendre siffler dans les massifs d’altitude européens.
De retour chez moi, j’ai trouvé la fenêtre ouverte et les rideaux gonflés par le vent, comme dans un vieux film d’amour, avec une volupté presque trop parfaite. Sur mon bureau, ma pile de livres ramenés de France m’a fait penser au Sapiens aperçu en vietnamien, plus tôt, dans un café. Je me suis enfin reposée d’une journée de flânerie et de cafés dans ce Hanoï dense en rencontres et en folies.
Texte et photos : Galliane Langsweirt/CVN







