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| Photo d'illustration : VNA/CVN |
Depuis votre arrivée au Vietnam en 2023, les relations franco-vietnamiennes ont franchi plusieurs étapes majeures, jusqu'à l'établissement du Partenariat stratégique global en octobre 2024. Quel bilan tirez-vous de ces trois années ?
Ces trois années sont passées très rapidement, tant le Vietnam affiche un dynamisme remarquable. Elles ont surtout confirmé la nécessité de porter la coopération franco-vietnamienne à la hauteur des ambitions du pays, de son potentiel et du rôle qu'il entend jouer dans la région comme sur la scène internationale.
Cette coopération s'appuie sur plus d'un demi-siècle de relations diplomatiques et sur des fondations particulièrement solides. Depuis le lancement du Dôi moi, la France accompagne les grandes transformations du Vietnam. Les projets développés ces dernières années prolongent cette relation de confiance et illustrent la richesse de nos partenariats.
C'est dans cet esprit que le secrétaire général et président de la République Tô Lâm, lors de sa visite à Paris en octobre 2024 à l'invitation du président Emmanuel Macron, a proposé d'élever notre relation au rang de Partenariat stratégique global.
Depuis, nous avons travaillé de manière très intensive à l'élaboration d'un plan d'action destiné à mettre en œuvre ce nouveau cadre de coopération. Ce document, validé récemment à l'occasion de la visite à Hanoï du secrétaire général du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, constitue désormais une feuille de route extrêmement précise pour les prochaines années.
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| Photo : Hà Quynh/CVN |
La visite d'État du président Emmanuel Macron au Vietnam en 2025 a également permis de définir les priorités qui structureront cette nouvelle étape de notre relation. Au-delà de l'accompagnement du développement économique du Vietnam, ce partenariat traduit une volonté commune de renforcer notre coopération politique face aux grands enjeux internationaux.
Dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations, la France et le Vietnam ont plus que jamais intérêt à agir ensemble. Nos deux pays partagent une même vision du multilatéralisme, du respect du droit international, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États. Ces principes constituent aujourd'hui le socle de notre partenariat.
Le Partenariat stratégique global ouvre de nouvelles perspectives. Quels sont, selon vous, les domaines les plus prometteurs pour approfondir encore la relation franco-vietnamienne ?
Le Vietnam s'est fixé des objectifs particulièrement ambitieux pour moderniser ses infrastructures stratégiques. La France souhaite accompagner cette dynamique dans plusieurs domaines où son expertise est largement reconnue.
La transition énergétique constitue un premier axe prioritaire. Nous voulons accompagner le Vietnam dans la décarbonation de sa production d'électricité grâce au développement des énergies renouvelables et, le moment venu, du nucléaire civil, un sujet sur lequel nos échanges progressent.
Les transports représentent un deuxième chantier majeur, avec une attention particulière portée au ferroviaire. Le Vietnam mène aujourd'hui des projets d'une ampleur exceptionnelle, qu'il s'agisse de la ligne ferroviaire à grande vitesse Nord-Sud ou des réseaux de métro urbains. La France est prête à partager son expérience dans ces domaines.
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| Au Vietnam, les projets de l'Agence française de développement (AFD) accompagnent la transition du pays et renforcent sa résilience face au changement climatique. |
| Photo : VNA/CVN |
Au-delà des infrastructures, notre ambition est également d'accompagner le Vietnam dans le renforcement de son autonomie stratégique. Il s'agit de lui permettre de développer ses capacités industrielles et technologiques afin de produire davantage sur son territoire et de maîtriser les choix qui engagent son avenir.
Cette approche se traduit déjà par des coopérations dans les domaines de la défense, de la sécurité, du spatial, ainsi que de la valorisation des minerais stratégiques et des terres rares. La France peut apporter son savoir-faire technologique afin d'aider le Vietnam à mieux exploiter ces ressources tout en contribuant à sécuriser les chaînes d'approvisionnement.
Le troisième pilier consiste à préparer l'avenir en investissant dans la jeunesse. Cela passe par le développement des campus franco-vietnamiens, des programmes de doubles diplômes et de la mobilité étudiante entre nos deux pays.
Nous souhaitons également renforcer les partenariats entre universités, centres de recherche et laboratoires français et vietnamiens dans les secteurs d'avenir : les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle, les technologies quantiques, le spatial, l'aéronautique et, plus largement, l'innovation. Autant de domaines dans lesquels nos deux pays ont vocation à bâtir des coopérations durables.
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| Photo : VNA/CVN |
Lesquels parmi les projets concrets déployés dans le cadre de ce Partenariat stratégique global illustrent-ils le mieux, selon vous, la contribution de la France au développement du Vietnam ?
Le transport ferroviaire est sans doute l'un des exemples les plus emblématiques de cette coopération. Le Vietnam prépare aujourd'hui plusieurs projets structurants qui ouvriront une nouvelle étape de son développement.
À l'occasion de la visite d'État du président Emmanuel Macron, un accord a été signé entre SNCF International, l'Agence française de développement (AFD) et Vietnam Railways afin d'accompagner le pays dans la conception du projet de train à grande vitesse.
L'apport de la France ne se limite pas à une expertise technique. Il repose avant tout sur la formation des ressources humaines et le transfert de technologies, afin de permettre au Vietnam de développer progressivement ses propres compétences et de conduire lui-même ces projets d'envergure.
Cette démarche est déjà engagée. Une première mission d'étude a ainsi été organisée au Maroc pour permettre aux responsables vietnamiens de bénéficier du retour d'expérience du partenariat franco-marocain dans le développement du TGV.
La transition énergétique constitue un deuxième axe majeur de notre coopération. Pour soutenir sa croissance, le Vietnam devra produire davantage d'énergie tout en accélérant la décarbonation de son économie. C'est tout l'enjeu du Just Energy Transition Partnership (JETP), auquel la France contribue à hauteur de 500 millions d'euros, dont plus de la moitié est déjà engagée.
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| Photo : VNA/CVN |
J'ai récemment visité, à Binh Duong, un premier projet financé par l'AFD. Cette infrastructure permettra d'intégrer une part plus importante d'électricité solaire et éolienne dans le réseau électrique du Sud du Vietnam. Elle illustre concrètement la manière dont notre coopération accompagne la transition énergétique du pays.
Le patrimoine constitue un troisième domaine de coopération auquel nous attachons une importance particulière. Au-delà de sa dimension culturelle, il représente un véritable levier de développement économique et touristique.
La France soutient notamment le projet de rénovation du pont Long Biên, pour lequel plus de 700.000 euros ont déjà été consacrés aux études préparatoires. Cette coopération s'étend également aux parcours patrimoniaux développés à Hanoï et à Diên Biên Phu, aux projets muséographiques ainsi qu'au futur Musée du Parti communiste vietnamien, dont la scénographie sera réalisée par une entreprise française.
Au-delà des grands projets, comment le Partenariat stratégique global peut-il améliorer concrètement la vie des citoyens et ouvrir de nouvelles perspectives à la jeunesse vietnamienne ?
Le citoyen vietnamien, et plus particulièrement la jeunesse, sont au cœur de la coopération franco-vietnamienne. Notre ambition est de développer des projets qui améliorent concrètement la qualité de vie tout en répondant aux grands défis de demain, notamment ceux liés au changement climatique.
Les transports urbains en offrent une illustration concrète. La future ligne 3 du métro de Hanoï, comme l'ensemble de l'expertise française mobilisée dans ce domaine, contribuera à faciliter les déplacements, à réduire la pollution et à rendre la ville plus agréable à vivre.
Notre contribution ne se limite toutefois pas aux infrastructures. Elle porte également sur la planification des transports, l'organisation des réseaux et le développement des nouvelles mobilités urbaines. C'est tout l'objet de la coopération engagée entre la Région Île-de-France et Hanoï dans le cadre du projet Moov'Hanoï.
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| Photo : VNA/CVN |
La santé demeure un autre pilier historique de notre partenariat. Depuis plus de trente ans, la coopération franco-vietnamienne a permis de former ou de spécialiser plus de 3.000 médecins vietnamiens en France. Cette dynamique se poursuit aujourd'hui grâce aux échanges entre établissements hospitaliers et aux programmes de formation destinés aux jeunes praticiens.
Face aux nouveaux défis sanitaires, notamment le vieillissement de la population et la progression des maladies chroniques, nous préparons un nouvel accord intergouvernemental qui ouvrira une nouvelle étape de cette coopération.
Le sport constitue enfin un domaine plus récent, né dans le prolongement des Jeux olympiques de Paris. En moins de deux ans, cette coopération a déjà produit des résultats encourageants : des équipes vietnamiennes viennent désormais s'entraîner en France et obtiennent de bons résultats lors des compétitions internationales.
Au-delà du sport de haut niveau, notre objectif est de promouvoir la pratique sportive auprès du plus grand nombre, en particulier des jeunes, car elle favorise à la fois l'éducation, la santé publique et la cohésion sociale.
À l'approche du Sommet de la Francophonie, qui marquera le retour de cette rencontre en Asie, quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes, aux entreprises et à tous ceux qui contribuent au développement de la Francophonie au Vietnam ?
La tenue de ce Sommet au Cambodge revêt une importance particulière. Il marque le retour d'un Sommet de l'Organisation internationale de la Francophonie en Asie, près de trente ans après celui de Hanoï en 1997, qui avait constitué une étape majeure dans l'histoire de la Francophonie.
Le message que nous souhaitons adresser à la jeunesse vietnamienne est simple : la Francophonie est une opportunité qu'il faut pleinement saisir.
Aujourd'hui encore, trop peu de jeunes Vietnamiens choisissent d'apprendre le français. Pourtant, cette langue ouvre l'accès à des formations universitaires d'excellence, non seulement en France, mais aussi au Canada, en Belgique ou en Suisse. Ces cursus sont souvent de très haut niveau et, dans bien des cas, plus accessibles financièrement que ceux proposés dans d'autres pays anglophones.
Le français constitue également un véritable atout économique. Les entreprises vietnamiennes auront besoin d'un nombre croissant de collaborateurs francophones pour développer leurs activités sur les marchés de l'espace francophone, qui rassemble aujourd'hui près de 350 millions d'habitants et offre un potentiel de croissance considérable. Le Vietnam y a pleinement sa place, non seulement en tant que membre, mais aussi comme acteur à part entière.
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| Le collège Lê Quy Dôn à Hanoï a officiellement rejoint, le 23 mars 2026, le réseau international des établissements labellisés LabelFrancEducation. |
| Photo : BTC/CVN |
Les évolutions observées ces dernières années sont d'ailleurs très encourageantes. Le nombre d'étudiants vietnamiens poursuivant leurs études en France repart à la hausse. Les établissements franco-vietnamiens, en particulier l'Université des sciences et des technologies de Hanoï (USTH), poursuivent leur développement, tout comme les programmes de doubles diplômes. Dans le même temps, de plus en plus d'étudiants français choisissent d'effectuer une partie de leur cursus au Vietnam.
Je me réjouis également du développement du réseau LabelFrancÉducation. En trois ans, le nombre d'établissements labellisés est passé de 17 à 44, faisant du Vietnam le premier réseau LabelFrancÉducation en Asie. C'est un signal particulièrement encourageant pour l'avenir de la Francophonie dans votre pays.
Dans un contexte géopolitique mondial marqué par de profondes mutations, comment le Partenariat stratégique global entre la France et le Vietnam peut-il contribuer à préserver la stabilité, la paix et la prospérité ?
La France et le Vietnam partagent des principes fondamentaux : le respect du droit international, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États, ainsi que la conviction que le multilatéralisme demeure le meilleur cadre pour répondre aux grands défis internationaux.
Ces convergences se traduisent déjà par une coopération étroite sur de nombreux dossiers. Au cours des trois dernières années, nos deux pays se sont retrouvés sur plusieurs grandes initiatives internationales.
Je pense notamment au Sommet des océans, à l'occasion duquel le Vietnam a rejoint la France pour la ratification de l'accord BBNJ sur la protection de la haute mer. Le Vietnam a également participé au Sommet sur l'intelligence artificielle, au Sommet One Health organisé à Lyon, ainsi qu'aux initiatives internationales consacrées à la lutte contre la cybercriminalité.
Nous nous réjouissons également de la participation du Vietnam au prochain Sommet international sur l'espace et apprécions son soutien aux initiatives françaises en faveur de la sécurité de la navigation internationale.
Notre coopération se développe aussi dans le domaine des opérations de maintien de la paix des Nations unies, notamment à travers la formation des personnels vietnamiens des ministères de la Défense et de la Police.
Le Partenariat stratégique global dépasse ainsi largement le cadre de la coopération bilatérale. Il constitue un véritable levier permettant à la France et au Vietnam de répondre ensemble aux grands défis internationaux. Je suis convaincu que cette dynamique continuera de se renforcer dans les années à venir.
Propos recueillis par Hông Anh/CVN









