Vers un nouveau modèle de protection sociale des aînés

Face au vieillissement accéléré de sa population, le Vietnam déploie un écosystème solidaire innovant. En plaçant les clubs intergénérationnels au cœur de sa stratégie, le pays transforme ce défi démographique en un véritable levier de cohésion sociale.

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Personnes âgées participant à une démonstration de gymnastique douce (duong sinh).
Photo : VNA/CVN

Le Vietnam amorce une transition démographique sans précédent. Désormais, le vieillissement de la population devient un enjeu de société majeur, exigeant une réponse globale. Bien au-delà des simples soins médicaux, les politiques publiques et initiatives citoyennes privilégient aujourd’hui l’épanouissement des aînés, leur santé durable et, surtout, le maintien de leur contribution à la communauté.

Au centre de ce dispositif, le modèle des Clubs intergénérationnels d’entraide (CIE) s’impose comme une solution innovante. Portée par l’Association des personnes âgées du Vietnam avec l’appui technique de HelpAge International, cette initiative s’adapte parfaitement aux réalités socio-économiques locales.

Véritables réseaux de soutien, ces clubs intègrent une palette d’activités transversales : culture, sport, microcrédit et soins à domicile. Ce succès, salué à l’échelle mondiale, a été couronné par le prestigieux prix “Initiative pour une Asie vieillissante en bonne santé” en 2020, puis honoré par le Wall Street Journal en 2022. Consécration ultime : le modèle vient de décrocher le Human Act Prize 2025, la plus haute distinction récompensant l’engagement communautaire.

Une structure agile et solidaire

Chaque CIE repose sur le volontariat et rassemble entre 50 et 70 membres. Véritables écosystèmes locaux, ces clubs agissent sur tous les fronts : amélioration de la santé, génération de revenus, soutien aux plus vulnérables et valorisation des aînés. L’équilibre démographique y est scrupuleusement respecté, avec 60 à 70% de seniors et 30 à 40% de jeunes. Autre gage de succès : la totalité de ces structures dispose de fonds propres dédiés au fonctionnement et à l’autonomie financière, garantissant ainsi la pérennité du modèle.

D’après Nguyên Thi Tu, membre du Comité exécutif de l’Association des personnes âgées du Vietnam, le réseau s’est déployé avec force : plus de 9.000 clubs animent aujourd’hui 34 provinces et villes, fédérant près de 500.000 membres. Sous la présidence des seniors eux-mêmes, ces organisations fonctionnent sur les principes d’autogestion et de transparence totale.

La force de ce modèle réside dans sa réciprocité. Les aînés, “noyaux” de transmission, partagent leur expérience et guident les plus jeunes vers le développement économique et culturel. En retour, la jeunesse insuffle une énergie nouvelle aux activités locales. Cette cohésion bidirectionnelle forge un cadre de vie positif, où chacun, quel que soit son âge, retrouve un sentiment d’appartenance et de dignité.

Forts de vingt ans d’existence, les CIE se sont imposés comme des piliers de la protection sociale de proximité. Leur impact sur l’accompagnement et la valorisation des seniors est tel que le Premier ministre a déjà entériné, à trois reprises, des plans nationaux pour leur déploiement et leur montée en gamme.

L’ambition pour 2030 est claire : l’Association des personnes âgées du Vietnam, en synergie avec les ministères et les localités, prévoit de créer 12.000 nouveaux clubs, visant ainsi une couverture de 20% des zones résidentielles. À cet horizon, chaque commune devra compter au moins trois structures aux normes, gérées par des comités de direction formés aux meilleures pratiques de gouvernance.

Vers un écosystème de services 4.0

Consultations médicales gratuites pour des aînés à Hanoï.
Photo : VNA/CVN

Pour la Dr. Trinh Thu Nga (ministère de l’Intérieur), le Vietnam franchit une étape décisive dans la diversification et la “socialisation” des services aux seniors. Au-delà des CIE, l’offre se structure autour des soins à domicile, des accueils de jour et des établissements hybrides. L’objectif ? Bâtir un écosystème convivial, intégré et durable, où la technologie soutient l’humain et où chaque politique est pensée par et pour les aînés.

L’heure est à la modernisation. Le réseau doit désormais s’aligner sur les grandes transitions mondiales. Au programme : intégration de la transformation numérique (lutte contre la cyber-fraude, compétences technologiques) et de la transition verte. Ces nouveaux axes, portés par les investissements publics, visent à faire des clubs des espaces de vie modernes, résilients et parfaitement ancrés dans les enjeux environnementaux actuels.

En outre, il faut multiplier le modèle ICOPE (Soins intégrés pour les personnes âgées), promu par l’OMS, qui redéfinit le parcours de santé des aînés. Ce processus rigoureux en quatre étapes - de l’évaluation initiale au sein de la communauté jusqu’au suivi rigoureux d’un plan de soins personnalisé - remet les aidants et les réseaux locaux au centre du jeu médical. Cette approche s’accompagne de la création d’un réseau de services “à guichet unique”, véritable passerelle stratégique reliant les établissements de santé, la protection sociale et les familles pour offrir une prise en charge globale et sans couture.

L’efficacité de ce nouveau paradigme repose avant tout sur la professionnalisation accrue des ressources humaines. L’enjeu actuel consiste à former des infirmiers communautaires et des travailleurs sociaux aux standards gériatriques les plus pointus, en mettant l’accent sur la réadaptation et la santé mentale. Parallèlement, l’État encourage désormais l’investissement privé via des incitations fiscales pour favoriser l’émergence de “villages urbains”. Ces quartiers innovants intègrent logements, centres médicaux et espaces verts pour optimiser les infrastructures tout en renforçant les liens intergénérationnels. Dans ces espaces, l’intelligence artificielle devient un allié invisible mais essentiel, gérant aussi bien la sécurité que l’allocation des services énergétiques pour garantir un environnement serein.

Pour la période 2026-2035, la Dr. Trinh Thu Nga préconise une architecture de soins à trois niveaux dont les Clubs intergénérationnels d’entraide constitueraient le socle de proximité. Ce dispositif est complété par un niveau intermédiaire de services de jour, tandis que les structures hospitalières et de rééducation régionales assurent les soins spécialisés. Ce modèle, qui fusionne l’aspect médico-social avec la puissance du Big Data, garantit une viabilité financière et un respect strict des normes environnementales.

Huong Linh/CVN

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