La France soutient le Vietnam dans le renforcement de la gestion environnementale du secteur minier

À l'occasion du Salon international Mining & Construction Vietnam 2026, tenu à Hanoï du 21 au 23 avril, Le Courrier du Vietnam a interviewé l'ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet, l'expert en exploitation et fermeture de mines au sein du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), Dr. Gael Bellenfant, et le directeur adjoint de l'Agence française de développement (AFD) au Vietnam, Hugo Pierrel, pour explorer le potentiel de coopération entre les deux pays dans le domaine minier, notamment dans un contexte de demande mondiale croissante en minerais stratégiques.

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Quelle est la vision d’ensemble de la coopération France - Vietnam dans le secteur minier, notamment en matière d’innovation, de transferts de technologies, de l’exploration au raffinage, et de valorisation souveraine des ressources du sous-sol vietnamien ?

Olivier Brochet, ambassadeur de France au Vietnam : L’approfondissement de la coopération entre le Vietnam et la France en matière de minéraux critiques, tout comme dans les secteurs de l’innovation et des nouvelles technologies, fait partie des engagements du partenariat stratégique global établi entre la France et le Vietnam le 7 octobre 2024.

Cet engagement s’est concrétisé tout d’abord au travers d’un programme d’assistance technique mené par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM). Il contribue à développer et renforcer les capacités du Département de géologie et des minéraux du Vietnam (DGMV) sur des thématiques larges comme la régulation de l’activité minière, la gestion industrielle des mines et la réduction de l’impact environnemental dans un contexte d’économie circulaire. Au cours des différents séminaires, le BRGM a partagé avec les équipes vietnamiennes son expertise sur le secteur minier y compris en matière d’innovation et de technologies utilisées en France (sur la gestion et le traitement des données par exemple) pour favoriser le développement d’une gestion autonome par le Vietnam de ses ressources minérales et géologiques, dans le respect de l’environnement.

L'ambassadeur de France au Vietnam, Olivier Brochet. 
Photo : VNA/CVN

Comme mentionné dans le discours de lancement du programme d’assistance technique en septembre 2025, la France, longtemps grand territoire minier, a une expertise unique et ancienne en matière de gestion et exploitation des ressources géologiques et minérales, aussi bien dans le secteur public que privé, qu’elle est disposée à partager.

Le partenariat établi pose les bases d’une coopération stratégique entre la France et le Vietnam qui aura vocation à perdurer dans les années à venir et qui pourra aussi être créatrice d’opportunités pour le secteur privé. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Business France conduira en octobre 2026 une mission d’entreprises françaises au Vietnam et en Australie sur le thème de la gestion durable de la mine (French Sustainable Mining Days).

Sur quoi porte aujourd’hui la coopération France - Vietnam dans le domaine minier ?

Le Dr. Gaël Bellenfant : La coopération actuelle entre la France et le Vietnam se concrétise par un programme d’assistance technique qui porte sur plusieurs thématiques comme la régulation de l’activité minière, la gestion industrielle des mines et la réduction de l’impact environnemental dans un contexte d’économie circulaire.

Le séminaire que j’ai animé en avril porte principalement sur la gestion environnementale tout au long du cycle de vie d’une mine, et non uniquement sur l’exploitation de minerais stratégiques.

Le Dr. Gael Bellenfant, expert en exploitation et fermeture de mines au sein du Bureau de Recherche Geologiques et Minieres (BRGM).
Photo : Nguyên Tùng/CVN

L’expérience française montre que de nombreux risques environnementaux apparaissent après la fermeture des mines, notamment en ce qui concerne les eaux usées, les déchets miniers et l’aménagement des zones habitées autour des sites.

L’approche que nous mettons en avant consiste à prévenir les problèmes dès le départ, plutôt qu’à intervenir une fois que les incidents se sont produits.

Quelles sont, selon vous, les priorités pour améliorer la gestion environnementale des mines au Vietnam ?

Le Dr. Gaël Bellenfant : Quel que soit le pays, la gestion environnementale doit être intégrée dès la phase d’exploration et de planification de l’exploitation. Les plans d’occupation des sols et d’aménagement urbain doivent également être articulés avec la cartographie minière, afin d’éviter le développement de zones urbaines dans des secteurs exposés à des risques de pollution ou d’affaissement liés à d’anciennes mines.

Nous avons connu cette situation en France : certaines zones résidentielles ont été construites à proximité d’anciens sites miniers, ce qui engendre aujourd’hui des coûts très élevés pour assurer la sécurité et traiter les impacts environnementaux.

Quels sont aujourd’hui les principaux problèmes environnementaux du secteur minier vietnamien ?

Le Dr. Gaël Bellenfant : Les deux principaux enjeux sont la gestion des eaux usées minières et des déchets issus de l’exploitation.

Le BRGM partage avec le Vietnam des technologies de traitement des résidus miniers, notamment des procédés permettant de séparer l’eau des déchets afin d’augmenter le degré de sécheresse des boues. Cela réduit les risques de pollution et facilite leur stockage à long terme. L’eau extraite est ensuite traitée afin d’éliminer les polluants avant d’être rejetée dans l’environnement.

Le Vietnam met également en avant l’économie circulaire. Que pensez-vous de cette orientation ?

Le Dr. Gaël Bellenfant : C’est une orientation très positive. La réutilisation ou la valorisation des déchets miniers à d’autres fins constitue une approche pertinente, permettant à la fois de réduire la pression environnementale et d’accroître la valeur économique.

Qu’en est-il de la fermeture des mines ?

Le Dr. Gaël Bellenfant : Un plan de fermeture devrait être élaboré dès la délivrance du permis d’exploitation et faire l’objet d’un contrôle beaucoup plus strict. Il ne suffit pas que cette obligation existe sur le papier : la mise en œuvre et le contrôle des plans de fermeture doivent avoir une portée beaucoup plus contraignante.

Quels sont aujourd’hui les besoins exprimés par la partie vietnamienne ?

Le Dr. Gaël Bellenfant : Les échanges récents avec les autorités vietnamiennes ont mis en évidence un besoin important de renforcer les capacités d’audit, d’inspection et de contrôle environnemental dans le secteur minier. Aujourd’hui, les audits environnementaux au Vietnam concernent principalement les projets impliquant des investisseurs étrangers, tandis que les experts nationaux devraient être davantage formés afin de pouvoir suivre plus efficacement les activités minières.

Au Salon international Mining & Construction Vietnam 2026, tenu à Hanoï du 21 au 23 avril.
Photo : Nguyên Tùng/CVN

Par ailleurs, le Vietnam est actuellement dans une phase de transition concernant le mécanisme de dépôt de garantie pour la réhabilitation environnementale des entreprises minières. Il s’agit d’un instrument financier essentiel pour garantir que des ressources soient disponibles afin de traiter les impacts environnementaux après la fermeture des mines.

Les mines exploitées auparavant n’étaient pas soumises à ce mécanisme. Le Vietnam se trouve donc dans une période de transition et doit continuer à perfectionner ce dispositif. Il faut également intégrer davantage les effets du changement climatique, fortes pluies, tempêtes, phénomènes extrêmes, dans les procédures d’exploitation et de gestion après la fermeture des mines.

Quel rôle l’Agence française de développement (AFD) peut-elle jouer dans cette coopération ?

Pierrel Hugo, directeur adjoint de l’AFD : La coopération franco-vietnamienne dans le domaine minier s’inscrit dans le cadre du partenariat stratégique global renforcé entre les deux pays, élevé à ce niveau en octobre 2024.

L’AFD est présente au Vietnam depuis 1994 et finance de nombreux projets liés aux infrastructures, à l’adaptation au changement climatique, à la gestion de l’eau, à la transition énergétique et aux transports durables.

Le directeur adjoint de l’Agence française de développement (AFD) au Vietnam, Pierrel Hugo. 
Photo : Nguyên Tùng/CVN

Dans le secteur minier, nous privilégions l’assistance technique, le partage d’expérience et la diffusion de normes de gestion environnementale conformes aux standards européens. Le Vietnam dispose d’un fort potentiel en minerais stratégiques. Si ce secteur est développé de manière efficace et durable, il pourra contribuer de façon importante à la croissance économique ainsi qu’à la transition énergétique.

Nous souhaitons aider le Vietnam à intégrer les normes environnementales dès la phase d’exploration afin de réduire ultérieurement les coûts de remédiation.

L’AFD examine également la possibilité d’une coopération technique avec de grandes entreprises publiques du secteur minier, telles que Vinacomin, notamment dans des projets liés aux économies d’énergie et à la réduction des émissions de carbone.

L’industrie minière est un secteur fortement consommateur d’énergie ; améliorer son efficacité énergétique et réduire ses émissions contribuera à permettre au Vietnam d’atteindre son objectif de neutralité carbone.

Propos recueillis par Nguyên Tùng/CVN

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